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L’environnement à Queen’s Park oublié, ou presque

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Dès son entrée à Queen’s Park, le gouvernement Ford n’avait pas fait montre d’une grande ouverture aux questions environnementales. Mais sous l’impulsion du seul député du Parti vert, Mike Schreiner, la thématique de l’environnement a progressé au cours des derniers mois.

Premier député vert de l’histoire de l’Ontario, le député de Guelph a arraché quelques menues victoires. La plus belle sans doute en décembre dernier : les députés ont adopté le projet de loi 123, lequel prévoyait une amende de 125 $ pour toute automobile bloquant une borne de recharge d’un véhicule électrique.

Avant cela, M. Schreiner avait contribué à l’abandon d’un projet de loi pour le développement industriel de la ceinture de verdure autour de Toronto et sa banlieue, ainsi que dans le Niagara. Un projet défendu par Doug Ford lors de la campagne électorale de 2018 et controversé.

Dernier épisode en date : M. Schreiner a salué la décision de l’Ontario d’accorder aux municipalités un droit de veto effectif sur les permis d’embouteillage d’eau. Concrètement, les sources d’eau seront davantage protégées.

« Une proposition qui incorpore mes recommandations après deux ans de démantèlement du gouvernement sur la protection de l’environnement », avait alors jugé M. Schreiner.

Bilan maigre de la part du gouvernement Ford

On ne peut pas lui donner tort. La vision écologiste de Doug Ford est associée à une dépense et non un investissement sur le long terme. Soucieux de s’attaquer au déficit budgétaire, le premier ministre a sacrifié l’environnement.

Retrait de la province du marché du carbone, suppression du commissaire à l’environnent, fin des subventions pour les voitures électriques, amputation de 36 % du montant consacré au ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs dans le budget 2019, le gouvernement n’y est pas allé avec le dos de la cuillère.

Les petites victoires de M. Schreiner restent faibles à l’aune des changements climatiques considérables et de l’épuisement progressif des ressources.

Et les temps sont à priori durs pour les militants écologistes. Un an après les manifestations pour le climat, sous l’impulsion de Greta Thunberg, la COVID-19 et ses effets ont repoussé le thème de l’environnement au second plan. Dans l’urgence de la pire crise mondiale depuis 1945, il a fallu d’abord protéger les Canadiens sans emploi, et investir dans un système de santé coupable de n’avoir pas su combattre la pandémie.

Aspiration à l’environnement avec la crise

Paradoxalement, la crise a confirmé les limites d’une mondialisation à tout crin où les déplacements sont légion. Pour beaucoup, il s’agit aujourd’hui de miser plus sur l’indépendance alimentaire et sanitaire et de favoriser la consommation locale.

Des analyses économiques tablent même sur une transition écologique accélérée dans les secteurs de l’aéronautique et de l’automobile en raison de la crise.

Ce n’est pas un hasard si les élections municipales en France, tenues au mois de juin, ont vu les écologistes l’emporter dans beaucoup de grandes villes. Dans le même temps, au Canada, le mode de sucrin uninominal majoritaire à un tour minimise les percées d’une formation comme le Parti vert.

Le gouvernement ontarien aurait tort de ne pas entendre les aspirations des résidents à une transition écologique. L’Ontario, comme les autres provinces et pays, a longtemps sous-évalué les besoins dans les hôpitaux et des foyers de soins de longue durée. La COVID-19 a provoqué un changement sensible de paradigme. Il serait dommage qu’une catastrophe environnementale doive provoquer le même réveil.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 8 août. 

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