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L’équation difficile d’Elliott pour réformer le système de santé

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – On en sait enfin un peu plus sur la grande transformation du système de santé de l’Ontario. Faire plus simple et plus efficace, voilà un peu le credo de la ministre de la Santé, Christine Elliott.

Le 2 décembre prochain, les réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS) n’existeront officiellement plus.

Symbole de la « bureaucratie » de l’époque libérale, selon le gouvernement actuel, les voilà remplacés par cinq organismes chargés eux de donner directement des soins de santé : Action Cancer Ontario, Qualité des services de santé Ontario, Cybersanté Ontario, Services communs pour la santé Ontario et l’Agence de promotion et de recrutement de ProfessionsSantéOntario.

Ces cinq organismes seront directement sous la gouverne de Santé Ontario. Les hôpitaux, les centres de soins de longue durée et les centres d’accès à des soins communautaires feront ainsi partie de ce réseau.

Les 14 RLISS, qui étaient cantonnés à des tâches administratives, sont donc maintenant regroupés en cinq régions géographiques.

Christine Elliott l’affirme : les économies générées par cette nouvelle organisation seront de 250 millions de dollars cette année, et 350 millions l’année prochaine, le tout réinvesti pour les patients. Une stratégie pour mettre fin à la médecine de corridor.

Reste que cette transformation n’est pas aussi simple qu’elle n’y paraît. Devant le vieillissement de la population, les investissements liés au budget du ministère de la Santé couplés à ceux des Soins de longue durée sont de plus en plus nécessaires.

Les gouvernements successifs n’ont pas vraiment la possibilité de couper le budget de ces deux ministères qui cumulent ensemble plus de 60 milliards de dollars de dépenses. Bien au contraire.

Polémique autour du nombre de lits

Dans ces conditions, les 15 000 nouveaux lits de soins de longue durée pour lesquels le gouvernement s’était récemment engagé apparaissent pour certains insuffisants. De plus, il faudra deux ans pour que toutes ces nouvelles places soient disponibles.

Selon un rapport du Bureau de la responsabilité financière (BRF) rendu public il y a quelques jours, près de 35 000 Ontariens sont en attente d’un lit. Un chiffre qui connaît une hausse vertigineuse d’année en année, créant une situation intenable sur le terrain.

La semaine dernière, le Nouveau Parti démocratique (NPD) est d’ailleurs monté aux barricades pour dénoncer cette dégradation, imputable selon sa chef Andrea Horwath tant aux conservateurs qu’au précédent gouvernement libéral.

Parallèlement aux soins de longue durée, d’autres problèmes de longue date persistent : les longs délais de déchargement des ambulances dans les services des urgences ou encore le manque de médecins.

Importance de la lentille linguistique

L’autre incertitude, c’est la grande étendue des régions géographiques administrées en termes de soins de santé. Un territoire immense comme le Nord possède une dynamique complexe avec la présence de peuples autochtones et bien sûr bon nombre de francophones.

À cet égard, on peut s’interroger si la répartition en cinq régions sera efficace pour répondre aux besoins des francophones éparpillés. Si les six entités de planification des services de santé en français ont bien été conservées par le gouvernement ontarien, ONFR+ faisait récemment observer des résultats inégaux quant à leur participation dans cette nouvelle structure.

L’équation de Christine Elliott n’est en somme pas simple : compiler la rigueur budgétaire avec une demande croissante de soins sur laquelle se greffe la lentille linguistique. Les prochains mois en tout cas donneront les premiers résultats d’une des plus grandes transformations de l’équipe Ford.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 18 novembre.

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