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Les anciens présidents de l’AFO jugent l’entente avec les Anglo-Québécois

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Les trois derniers présidents élus de l’Assemblée des communautés franco-ontariennes (ACFO provinciale), puis de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO)* ont des avis partagés sur l’entente controversée signée par l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens avec le Quebec Community Groups Network (QCGN).

Dans une lettre envoyée au président de l’AFO, Carol Jolin, l’ancien président de l’ACFO provinciale de 2004 à 2005, qui a coprésidé la transition de l’ACFO vers l’AFO, Jean Poirier, ne cache pas sa surprise.

« Quels ne furent pas mon grand étonnement et ma profonde déception de prendre note de cette entente que l’AFO a signé récemment. Avec tout le respect que je, et nous, devons aux Canadiens de langue anglaise, je ne comprends tout simplement pas la logique et la raison d’être de cette alliance. (…)


« De toute évidence, je suis loin d’être le seul à être déçu et à n’y rien comprendre » – Jean Poirier, ancien président de l’ACFO


S’il ne doute pas de « la bonne foi de tous autour de cette entente », l’ancien député provincial franco-ontarien de Prescott-Russell presse l’actuel président de l’AFO d’annuler cette entente, « une regrettable erreur à corriger dans les plus brefs délais ».

Mais ses deux successeurs, Mariette Carrier-Fraser et Denis Vaillancourt, joints par ONFR+, se montrent moins véhéments.

« Ça ne m’excite pas ni ne me dérange, mais il va falloir voir si ça fait une différence », lance Mme Carrier-Fraser, présidente de l’AFO de 2006 à 2010. « Je pense que ce qui fait réagir autant, c’est le moment où l’entente a été signée, juste après la participation de la délégation franco-ontarienne au défilé de la Saint-Jean Baptiste à Montréal. »

M. Vaillancourt souligne pour sa part que les discussions entre l’AFO et QCGN ne sont pas nouvelles et rappelle que l’AFO avait déjà signé, sous sa présidence, une entente avec Canadian Parents for French.

« Quand j’étais président, nous avions déjà des échanges avec QCGN. Dans le contexte des élections, et sachant que l’objectif est de sensibiliser le fédéral à l’importance des langues officielles et de moderniser la Loi, c’est intéressant. Ça peut permettre de sensibiliser les deux groupes linguistiques. »

Mme Carrier-Fraser s’interroge toutefois sur la pertinence de formaliser ces discussions autour d’une entente.

Analyse commune

Mais pour M. Poirier, le risque est de donner l’impression que les francophones en contexte minoritaire sont sur un pied d’égalité avec les Anglo-Québécois.

« Un anglophone naît, son avenir linguistique et culturel est acquis dès son premier jour de vie (…).  Absolument rien à faire pour assurer sa vie et survie d’anglophone. Tant mieux pour lui. Mais un francophone naît, et le pronostic vital de sa langue et sa culture est engagé dès sa première journée dans ce pays… et ailleurs. Le francophone doit lutter toute sa vie pour assurer le maintien de sa langue et sa culture. C’est un combat perpétuel qui l’attend dès sa première journée sur cette terre, aux niveaux personnel et collectif.  Un monde de différence entre nos deux groupes linguistiques. »

Sur cet aspect-là, les trois présidents se rejoignent.

« Il y a un peu de similitudes, mais les Anglo-Québécois ont beaucoup d’acquis que nous pouvons leur envier. Je me suis toujours dit : si on pouvait être aussi bien traités… », commente Mme Carrier-Fraser.

Denis Vaillancourt, ancien président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Crédit image : Patrick Imbeau

Même son de cloche pour M. Vaillancourt.

« La similarité s’arrête à la pérennité de la langue, car le maintien de l’anglais n’est pas un enjeu. Ce qui l’est pour eux, c’est l’accès aux services dans certaines régions éloignées du Québec, même si globalement ils en ont plus qu’on n’en aura jamais. »

Ne pas oublier les communautés francophones

Si elle salue l’entente de façon mesurée, Mme Carrier-Fraser invite toutefois l’AFO à ne pas laisser de côté les autres communautés francophones minoritaires, qui semblent éprouver, pour certaines d’entre elles, un certain malaise, comme le rapportait ONFR+.

« Les autres communautés ont pu se sentir mises de côté. Les Franco-Ontariens ont fait les manchettes ces derniers temps, et ça a pu donner l’impression que l’AFO ignore les autres désormais. Il va donc falloir travailler avec tous les organismes des provinces et territoires pour rassurer les gens. Il ne faudrait pas que cela crée des conflits avec les autres membres de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, car c’est trop important. »

L’importance des relations avec le Québec

L’ancienne présidente souligne aussi l’importance de maintenir les bonnes relations avec le Québec.

« On ne peut pas négliger la communauté francophone du Québec, même si on doit aussi appuyer les Anglo-Québécois quand leurs droits sont lésés. La relation avec le Québec est fragile et peut-être qu’il va y avoir un inconfort pendant un temps. Mais nous avons besoin que le Québec reconnaisse notre existence, même si les Québécois ne sentent pas toujours qu’ils ont besoin de nous. »

Car comme le rappelle M. Vaillancourt, le Québec partage avec la communauté franco-ontarienne le même objectif de pérenniser le français.

Jean Poirier en compagnie de son épouse. Gracieuseté Jean Poirier

Dans sa lettre à M. Jolin, M. Poirier insiste sur la relation à développer avec toute la francophonie.

« Notre avenir doit se vivre plutôt en collaboration étroite avec tous les autres collectivités de la Francophonie d’ici et d’ailleurs (…). Ne trouves-tu pas que nous avons été trop souvent divisés dans le passé entre francophones, ayant payé le fort prix pour ce manque de solidarité, en dépit de nos différences ? Et que ces écarts entre nous ont fortement encouragé d’autres, dont, fort malheureusement parfois même des nôtres, à soustraire, retarder, refuser, diluer, ignorer nos droits et acquis ? »

Article mis à jour le lundi 15 juillet 2019, à 9h43.

 

* De 2005 à 2006, André Thibert occupe le poste de président par intérim de l’ACFO provinciale sans être élu jusqu’à la création de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, où Simon Lalande est le président du comité transitoire avant l’élection de Mme Carrier-Fraser.

 

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