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Les conservateurs dans le Nord: Ford ne s’inspirerait pas de Hudak

Doug Ford prononce un discours au Collège Boréal. Archives #ONfr

Lors des élections provinciales de 2014, les conservateurs n’ont su s’ancrer dans le Nord ontarien. Au Nord de Nipissing, la carte électorale est alors peinte en orange et rouge, sans une trace de bleu. Les organisateurs de campagne du chef progressiste-conservateur, Doug Ford, disent toutefois avoir appris des erreurs de son prédecesseur, Tim Hudak. Les changements dans l’économie du Nord et une nouvelle carte électorale joueront-ils en leur faveur? 

DIDIER PILON
dpilon@tfo.org | @DidierPilonONFR

«En 2014, la stratégie conservatrice s’est concentrée sur une certaine démographie qui a exclu le Nord de la province», confie Kelly Mitchell, organisateur bénévole de la campagne de M. Ford dans le Nord. Lors de sa campagne, l’ancien chef de Parti progressiste-conservateur n’a pas fait campagne au Nord de Barrie. Il a aussi refusé de participer au débat sur les enjeux du Nord.

«Ces décisions ont eu un impact important sur nos candidats du Nord, et les a empêchés de remporter leur élection. Les électeurs du Nord ont perçu les décisions de M. Hudak comme un manque d’égards.»

Doug Ford serre la main d’un partisan au Collège Cambrian à Sudbury. Crédit: Didier Pilon

M. Ford mise toutefois sur une stratégie différente. Avant même que la période électorale ne soit déclarée, le nouveau chef conservateur avait déjà complété deux grandes tournées du Nord, et s’est engagé à participer au débat du vendredi 11 mai, portant sur les enjeux du Nord.

«Il y a des défis logistiques à faire campagne dans le Nord», souligne Paul Thomas, stagiaire postdoctoral du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSHC) à l’Université Carleton. «Dans la région de Toronto, c’est possible de visiter dix circonscriptions en une journée, mais visiter le Nord prend beaucoup de temps et de ressources. Cependant, c’est important pour les gens qui vivent là.»

 

Une démographie en évolution

Selon le politologue, le Nord serait une ressource non-exploitée pour les conservateurs. «Démographiquement, on peut s’attendre à ce que le Nord de l’Ontario ait du potentiel pour les conservateurs. Ce sont des régions rurales où les gens travaillent avec leurs mains.»

«Doug Ford est certainement connu pour son travail à Toronto», ajoute-t-il. «Toutefois, aucun des autres partis ne s’est particulièrement distingué par son engagement dans le Nord.»

Selon M. Mitchell, les changements récents dans l’économie du Nord seraient une bonne nouvelle pour les conservateurs.

«L’économie du Nord est en changement », argumente-t-il, «et avec l’économie, on perçoit un changement d’attitude. À Sudbury, par exemple, ce n’est plus que des mines. Lorsque l’économie n’était que l’industrie minière et forestière, la grande majorité des gens étaient syndiqués. Les gens syndiqués ont tendance à voter pour les néo-démocrates. Mais lorsqu’on regarde tous les programmes offerts au Collège Boréal, ou Cambrian, ou à l’Université Laurentienne et à Lakehead, on remarque que l’économie se diversifie. Cette diversité change les tendances électorales.»

M. Thomas partage cette intuition. «À des endroits comme Sudbury, on voit de plus en plus d’entrepreneurs et de petites entreprises. Le recul des industries traditionnelles – des moulins et des mines – est compensé par d’autres secteurs comme le tourisme. Cette transition d’une économie d’extraction à une économie d’entrepreneuriat est certes de bon augure pour les conservateurs.»

Toutefois, il nuance quand même la notion qu’un changement d’industrie est nécessaire pour faire place aux conservateurs.

«Politiquement, le Nord de l’Ontario est une région très polarisée. Oui, le Nord est historiquement une forteresse néo-démocrate en grande partie parce que les gens sont des employés syndiqués qui dépendent plus des transferts provinciaux que bien d’autres régions de la province. Mais ils sont aussi socialement plus conservateurs que la moyenne et ont souvent des valeurs plus traditionnelles. C’est une question de savoir quelle identité sera mise de l’avant au moment du vote. Voteront-ils en tant qu’employés syndiqués ou en tant que chasseurs ruraux?»

 

Une nouvelle carte

«Le redécoupage de la carte électorale est sûrement le facteur le plus important de la prochaine élection», affirme M. Thomas. «En plus d’avoir une circonscription majoritairement autochtone et une nouvelle circonscription majoritairement francophone, on voit maintenant une distinction plus marquée entre les régions urbaines ou suburbaines, et les régions rurales.»

Cette nouvelle carte aura un impact particulier à Timmins où la municipalité s’est maintenant détachée des régions environnantes. En 2014, le néo-démocrate Gilles Bisson a remporté cette circonscription avec près de 30 points d’avance sur le candidat conservateur anglophone Steve Black. Toutefois, les citoyens de Timmins ont témoigné leur appui de M. Black dès l’automne suivant, lorsqu’il fut élu plus jeune maire de l’histoire de Timmins avec 65 % des votes.

M. Thomas indique toutefois qu’on ne peut témoigner si facilement d’un décalage entre Timmins et les municipalités de Mushkegowuk-Baie James. «C’est toujours difficile d’essayer de faire des parallèles entre les élections municipales et les élections provinciales. Les élections municipales n’ont pas de parti. Mais ça pourrait quand même être un très bon signe pour les conservateurs à Timmins. Il sera intéressant de voir si une circonscription indépendante à Timmins aura des tendances électorales différentes.»

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Didier Pilon
dpilon@tfo.org

Originaire de Rockland, Didier Pilon baigne depuis longtemps dans la vie culturelle et communautaire de l’Ontario français. Il est diplômé d’une maîtrise en philosophie politique de l’Université d’Ottawa, où il s’est initié au journalisme au journal indépendant La Rotonde. Il a aussi collaboré avec de nombreux journaux et blogues culturels avant de se joindre à l'équipe d'#ONfr en 2017 pour poursuivre sa passion, l’actualité politique.