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Les enjeux francophones peu présents dans la course à la chefferie libérale

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Ils sont désormais six à convoiter le fauteuil de patron du Parti libéral de l’Ontario. L’avocate Brenda Hollingsworth (seule bilingue), dont la candidature reste à être validée par le parti, a rejoint dans la course les ex-ministres Mitzie Hunter, Steven Del Duca et Michael Coteau, ainsi que la professeure Kate Graham et le communicant Alvin Tedjo. Pour l’instant, les déclarations en français et l’évocation des enjeux francophones sont quasi inexistantes.

Les candidats, qui seront départagés lors de la convention libérale de Mississauga, le 7 mars, ont trois mois pour convaincre, rassembler et démontrer une stature de potentiel futur premier ministre de l’Ontario.

Si par le passé, les premiers ministres libéraux se sont distingués par leurs aptitudes bilingues, aucun des prétendants en lice ne s’affiche comme tel, jusqu’à présent.

« Pour un parti qui avait un certain monopole sur les intentions de vote des francophones, l’idée que le chef soit capable de tenir un discours en français est devenue quelque chose qu’on attend », analyse Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster.

Les trois derniers premiers ministres Kathleen Wynne, Dalton McGuinty et David Peterson maîtrisaient en effet, à des degrés divers, la langue de Molière. Une corde de plus à leur arc qui leur conférait une certaine proximité avec la communauté et une légitimité accrue à se saisir les enjeux linguistiques dans les domaines de l’éducation, de la santé ou encore de la justice.

« Si les candidats ne communiquent pas dans les deux langues, ça signifie que ce n’est pas un réflexe chez eux », en déduit Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal du Canada.

« Si on regarde les plateformes internet, on en sait encore très peu sur le type de candidats auquel on aura affaire, sur la vision qu’ils auront pour l’Ontario et dans un éventuel gouvernement libéral », constate-t-elle. « C’est encore un peu tôt. Ce sera à la communauté de les interroger pour se faire une opinion. »

Une communication unilingue prédominante

De là à dire que, parce qu’ils sont unilingues, ils ne sont pas capables de faire des choix éclairés touchant la communauté, il y a un pas que l’on ne peut franchir.

« On a un premier ministre qui sait dire Bonjour, comment ça va ? mais ne semble pas maîtriser le français », fait remarquer M. Graefe. On a vu que ça n’affectait pas la « capacité d’avoir des débats et des échanges avec la communauté par l’intermédiaire d’une ministre ».

La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a ainsi mené à son terme, non sans péripéties, la signature d’une entente de financement de l’Université de l’Ontario français, une revendication communautaire de longue date.

Dès lors, la stratégie pour un leader unilingue semble être dans son habileté à s’entourer d’une garde rapprochée francophone.

« Lorsqu’on ne parle pas le français et qu’on a pas de connaissance des communautés franco-ontariennes, l’une des stratégies à préconiser est d’avoir des alliés qui comprennent les dossiers et qui soient en mesure de bâtir une communication qui s’adresse aux communautés », expose Mme Chouinard.

Les travers de la traduction Google

Pour compenser leur déficit de communication en français, deux candidats se sont dotés d’une plateforme de campagne internet bilingue : la députée de Scarborough-Guildwood, Mitzie Hunter, et l’ancien député de Vaughan, Steven Del Duca.

Elles offrent plus de visibilité et sont un moyen simple et rapide pour la population de cerner leur personnalité, leur parcours et leurs idées, dans les deux langues. 

Mais, mal maîtrisée, cette stratégie peut jouer bien des tours. Ainsi, le site web de M. Del Duca – qui a eu recours au traducteur Google – traduit la phrase « Steven’s commitment to Ontario Liberals is simple : visit as many communities and listen to as many Ontarians as possible » par « L’engagement de Steven à l’égard des Libéraux de l’Ontario est simple : visitez autant de communautés que possible et écoutez-le autant que possible. »

Le message d’écoute (« écouter un maximum d’Ontariens ») se transforme en message de communication (écoutez-le autant que possible).

Ces traductions approximatives, voire ici contradictoires, brouillent le message politique autant qu’elles montrent, d’une certaine manière, les limites d’un candidat à représenter la communauté de langue française.

Une vision pour la communauté encore floue

Au-delà de l’aptitude à communiquer en français, se joue en filigrane la capacité à développer une vision, une politique en faveur de la communauté.

Seul Alvin Tedjo liste des mesures concrètes sur son site internet. À condition de bien chercher le discret onglet Pour l’avenir en bas de la rubrique Vision de son site.

ONFR+ révélait, dès le mois d’octobre, l’existence de ce programme détaillé, unique pour le moment parmi les candidats.

Mais au jeu du bilinguisme, c’est la dernière venue, Brenda Hollingsworth qui pourrait rafler l’adhésion des Franco-Ontariens. La juriste d’Ottawa est la seule à s’exprimer dans un français fluide et clair.

M. Graefe explique que « les chefs en Ontario ne voient pas de nécessité dans le bilinguisme, quoique ça devient plus important que ça l’était dans le passé. »

« Ils ne voient pas un bassin de votes si important dans la communauté », précise-t-il. Dans ce contexte, « les promesses pour la communauté seront surtout de régler la question du commissaire aux services en français et de veiller au bon fonctionnement de l’Université de l’Ontario français, qui aura grandi d’ici les prochaines élections provinciales. »

Alors que les circonscriptions – à dominante francophone et traditionnellement libérales – d’Ottawa-Vanier et Ottawa-Orléans – n’ont toujours pas de députés à Queen’s Park depuis les départs de Nathalie Des Rosiers et Marie-France Lalonde, le politologue pointe « une absence de voix francophone forte parmi les libéraux actuellement élus qui rend les choses plus faciles pour les candidats qui ne veulent pas vraiment prendre position sur ces enjeux, car personne n’est là pour les questionner ».

Quant à savoir si les prochains débats entre candidats permettront d’y voir plus clair, on le saura bien assez tôt. Le premier a lieu demain, jeudi, à Toronto.

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Les Candidats à la chefferie libérale et leur plateforme

Michael Coteau, député de Don Valley-Est et ex-ministre des Services sociaux et communautaires : https://www.michaelcoteau.com/

Mitzie Hunter, députée de Scarborough-Guildwood et ex-ministre de l’Éducation : https://www.mitziehunter.ca/fr/

Kate Graham, enseignante en science politique à l’Université Western de London : https://www.kateforleader.ca/

Steven Del Duca, ancien député de Vaughan et ex-ministre du Développement économique et de la Croissance : https://www.stevendelduca.ca/ 

Alvin Tedjo, candidat défait dans la circonscription d’Oakville-Nord-Burlington : https://alvintedjo.ca/

Brenda Hollingsworth, avocate d’Ottawa : candidature en attente de validation.

 

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