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Les Français presque prêts à tout pour rester en Ontario

Temps de lecture : 6 minutes

Le 14 juillet, les Français célèbrent leur Fête nationale. S’ils demeurent une importante communauté en terme d’immigration au Canada, leur intégration en Ontario suit des chemins très divers, faits de hauts, de bas et, par-dessus tout, d’une adaptation à toute épreuve. ONFR+ est allé à leur rencontre, de Thunder Bay à Toronto.

Marine, définitivement torontoise

Marine Frackowiak : « Il y a tellement d’accents qu’on parle sans peur d’être jugé ». Crédit image : Gracieuseté Marine Frackowiak

Gentillesse, multiculturalisme, opportunités, conjoint… En arrivant à Toronto à l’automne 2012, Marine Frackowiak a déniché tout ce dont elle rêvait. Loin des forêts de Compiègne et des rues parisiennes, elle a trouvé à Toronto un équilibre au-delà de ses espérances. À 31 ans, cette gestionnaire de droit et de licenciement musical envisage de vivre dans la Ville reine définitivement.

« J’ai étudié en France, en Australie et à New York, puis je me suis tournée vers le Canada et l’Ontario ».

Permis vacances-travail (PVT), visa Jeune professionnel, Avantage francophone… La Nordiste a surfé, non sans stress, sur les différents programmes d’immigration pour rester dans la province.

Avec seulement trois mois de loyer en poche, les débuts ont été difficiles, faits de petits boulots en vente et marketing dans lesquels la langue française lui a servie. « J’ai eu la chance d’avoir une amie française qui est arrivée au même moment. »

La transition vers le bilinguisme a donc été plus douce, mais aussi décomplexée : « Il y a tellement d’accents qu’on parle sans peur d’être jugé. »

Après moult péripéties, Marine est parvenue à trouver un travail stable dans son domaine. « C’était quelque chose d’impossible en France. Tout était bouché. »

Elle savoure aussi le confort du soutien de la famille de son conjoint, installée à Etobicoke. « Je suis en contact tous les jours avec ma famille restée en France. Grâce aux réseaux sociaux, on voit défiler nos journées entières. C’est un rapport à distance mais plus intense à la fois. »

Marine dit qu’elle est retombée amoureuse de la France après l’avoir quittée : « Je mesure plus qu’avant sa beauté, son histoire, sa culture. »

Consciente des étapes difficiles que représente l’immigration, elle donne à son tour des conseils , notamment sur les forums internet, après avoir eu elle aussi la chance d’en recevoir. Un juste retour, selon elle.

Steven, une expérience passagère

Steven Monto : « Les entreprises sont réticentes à s’engager sur le long terme ». Crédit image : Gracieuseté Steven Monto

Steven Monto est rentré en France en avril dernier. Il a retrouvé la grisaille de la région parisienne, après une expérience en Ontario débutée un an et demi plus tôt.

« Mon idée était de trouver un emploi dans la communication et le marketing. Je suis venu à Toronto, attiré par la dimension internationale que pouvait prendre mon parcours et les stéréotypes de l’Amérique du Nord. »

Mais très vite, la surprise est de taille.

« J’ai découvert avec étonnement une vie francophone, de la proximité et de l’entraide. Une ouverture sur les autres, plus développée qu’en France. Comparé à Paris, Toronto est un paradis social. J’ai vécu dans trois quartiers différents et fait beaucoup de rencontres. »

Steven a choisi l’Ontario pour améliorer son anglais et profiter de la liberté que lui offrait son visa, de travailler tout en voyageant dans d’autres provinces : au Québec et au Nouveau-Brunswick. Il est en revanche beaucoup plus nuancé sur le plan professionnel.

« Trouver dans ton secteur n’est jamais chose facile. J’ai commencé par du bénévolat et des petits contrats comme indépendant avec mes propres clients, avant de trouver un poste de six mois correspondant à mes compétences dans une grande entreprises de téléphonie. La culture d’entreprise était incroyable, mais les tâches peu intéressantes. »

Il évoque plusieurs facteurs qui l’on conduit à rentrer en France : « Le PVT est clairement un frein à l’embauche. Les entreprises sont réticentes à s’engager sur le long terme. On sent une forme de discrimination par le visa, même si les recruteurs évitent le sujet. »

C’est aussi une question d’âge selon lui : « Vient le moment de faire un choix de vie, de se demander si on continue ou pas. Tu vois aussi partir tes amis au fur et à mesure et une forme de lassitude s’installe. »

Christelle, la persévérance payante

Christelle Yigan : « Les Français ont une carte à jouer hors Québec ». Crédit image : Gracieuseté Christelle Yigan

« Je me suis contentée au départ de petits jobs en essayant de rester dans mon domaine de compétence, l’événementiel, avant de trouver un travail plus qualifié et de prétendre à une résidence permanente », raconte Christelle Yigan.

La Normande de 29 ans a dû toutefois faire des concessions et accepter de travailler à Mississauga, en périphérie de Toronto. La vie ontarienne lui plaît même si elle regrette que les diplômes étrangers ne soient pas assez pris en considération.

« En France, je n’aurais pas eu l’opportunité de devenir chef de projet événementiel aussi rapidement. C’est un des grands avantages de l’Ontario : laisser sa chance à des gens motivés et qualifiés. Mais passer par le bas de l’échelle est parfois frustrant. »

Être Française a été un atout dans son parcours professionnel.

« Venir d’ailleurs, ça colle au caractère multiculturel revendiqué par Toronto. Sans compter que les Français ont une carte à jouer hors Québec, car les critères d’immigration sont plus souples. »

L’anglais a toutefois été un nécessaire apprentissage : « J’ai passé deux ans à apprendre l’anglais que je maîtrise aussi bien que l’espagnol. Plein de raisons me retiennent ici aujourd’hui : les gens que j’ai rencontrés, l’effervescence de la ville l’été, la vie professionnelle… Une fois que tu passes un cap, tu te dis : « c’est bon je reste ». »

Audrey, le Nord au cœur

Audrey Debruyne : « Je me suis servi de la culture comme un moyen de revendiquer le français ». Crédit image : Gracieuseté Audrey Debruyne

Éprise de culture, l’aventure d’Audrey Debruyne a débuté au Québec, à Rimouski, en 2012. Immergée dans un lieu d’art contemporain, Audrey y a vécu et travaillé durant six mois avant de mettre les voiles sur l’Ontario. Cap au Nord, à Thunder Bay.

Malgré ses diplômes, cette native de Cergy-Pontoise dit avoir eu beaucoup de mal à s’intégrer au Québec.

« Si tu n’es pas dans le bon réseau, tu passes à côté des opportunités », dit-elle.

Arrivée à Thunder Bay, son réflexe francophone l’a conduite à défendre les droits des Franco-Ontariens dans toute leur diversité.

« Je me suis servi de la culture comme un moyen de revendiquer le français de manière subtile », explique celle qui s’est beaucoup investie dans le Club culturel francophone et l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario. « Être Française a facilité ma démarche, car les gens ici trouve ça exotique. Ça facilite le dialogue, car c’est déconnecté du rapport aux Franco-Ontariens dans la revendication. »

Audrey encourage d’ailleurs ses compatriotes à ne pas s’entasser dans les grandes villes de la province et à saisir leur chance dans le Nord.

« 98 % de la population est anglophone à Thunder Bay, mais les Français font tout de suite la différence dans les postes clés en enseignement, en santé ou encore dans le milieu de la culture », affirme-t-elle.

« Les Franco-Ontariens m’ont apporté plus d’ouverture et la diversité de la francophonie en Ontario m’a fait réaliser l’importance du français. Je me suis retrouvée à le défendre, non pas dans le combat mais dans l’écoute et la compréhension réciproque. »

Lisa, fraîchement citoyenne

Lisa Figuccio : « Obtenir la nationalité canadienne a été très important ». Crédit image : Gracieuseté Lisa Figuccio

Lisa Figuccio vit en Ontario depuis onze ans. Elle a rejoint le Canada après ses études en école de commerce à Aix-en-Provence, dans le Sud de la France.

« Je n’étais pas du tout bilingue, mais j’ai tout de suite trouvé du travail dans les grandes enseignes de luxe et de cosmétique françaises. Ces emplois sont inaccessibles en France, car trop compétitifs. »

La jeune femme a dû se résoudre aux hivers trop longs, se montrer flexible, ne pas sombrer dans la comparaison avec la France et prouver sans cesse sa valeur.

« Sans réseau, on te donne une chance plus facilement en Ontario. »

Elle vient d’être recrutée à Toronto par le leader français et mondial des produits cosmétiques. Elle n’exclut néanmoins pas de rentrer, à terme, en France.

« J’arrive aussi au bout d’un cycle », confie-t-elle. « Professionnellement, je me sens à un carrefour. Je me donne deux ans pour y réfléchir. Je me sens avant tout Française, mais obtenir la nationalité canadienne, l’année dernière, a chamboulé un peu ma vision. Çà a été très important pour moi. Au fur et à mesure qu’on franchit les étapes, on s’imprègne de l’histoire du Canada, on comprend que ce sont des gens comme nous, venus chercher une nouvelle vie, qui ont bâti ce pays. »

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