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Victoire conservatrice à l’Île-du-Prince-Édouard: les francophones confiants, mais vigilants

CHARLOTTETOWN – Les électeurs de l’Île-du-Prince-Édouard ont montré la porte au premier ministre Wade MacLauchlan et au Parti libéral, mardi, ouvrant la voie à un gouvernement progressiste-conservateur minoritaire. Au lendemain des élections, les francophones et Acadiens de la province demeurent confiants des opportunités de collaboration avec le premier ministre élu, Dennis King.

«Ce que nous retenons de cette soirée électorale et des discours qui ont été prononcés, ce sont surtout les messages d’ouverture et les appels à la collaboration plus que la couleur des partis. On sent cette volonté et même s’il faut toujours rester vigilant, nous sommes confiants», explique la directrice générale de la Société Saint-Thomas-d’Aquin (SSTA), Isabelle Dasylva-Gill.

L’organisme porte-parole des francophones et Acadiens de la province dresse un bilan plutôt positif des quatre années au pouvoir de M. MacLauchlan.

«Quand il a décidé, comme premier ministre, de garder la responsabilité du portefeuille des Affaires acadiennes et francophones, cela a démontré l’importance qu’il accordait au dossier. Lui-même est bilingue et a une bonne compréhension des enjeux de la communauté.»

La directrice générale de la SSTA, Isabelle Dasylva-Gill. Gracieuseté: FCFA

Et même si les relations entre le gouvernement et la Commission scolaire de langue française de l’Île-du-Prince-Édouard n’ont pas toujours été au beau fixe, notamment dans le dossier du centre communautaire et de l’école Évangéline – aucun fonds n’ayant été prévu dans le dernier budget d’immobilisation -, Mme Dasylva-Gill insiste sur l’ouverture du premier ministre à la discussion.  

Un premier ministre unilingue

La page libérale désormais tournée, après 12 ans au pouvoir, la SSTA va devoir sensibiliser le nouveau gouvernement progressiste-conservateur et adapter son message. Le premier ministre tout juste élu, l’ancien journaliste Dennis King, s’est engagé à apprendre le français au cours de la soirée électorale.


«Ce n’est pas la première fois que nous avons un premier ministre unilingue, on a de l’expérience!» – Isabelle Dasylva-Gill, directrice générale SSTA


«Ce qui compte, c’est surtout son attitude par rapport à la francophonie et aux enjeux  de la communauté.»

Le politologue de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, Peter McKenna, doute d’un recul pour les francophones de l’Île-du-Prince-Édouard.

«Je pense que ce sera plutôt le statu quo, d’autant que le gouvernement est minoritaire et que le Parti vert, qui a la balance du pouvoir, ne laisserait jamais prendre des décisions comme celles qu’on a pu voir en Ontario.»

Les priorités des francophones

Si aucun contact n’a encore eu lieu durant la campagne avec M. King, la SSTA a plusieurs attentes envers le gouvernement fraîchement élu.

«On ne veut pas tout demander en même temps, donc on se concentre sur ce qui est le plus pressant et qui a le plus d’impact sur la communauté», précise la directrice générale.

Parmi ces priorités, la SSTA demande le développement d’une offre active et pertinente des services en français et un accès à l’information en français dans tous les secteurs. L’organisme souhaite également que l’emphase soit mise sur la petite enfance afin d’attirer et de retenir du personnel qualifié. Enfin, elle recommande de ne pas oublier les organismes francophones lors du développement des programmes de subventions provinciales.

La fin du bipartisme

Élu sur des promesses de baisses d’impôt pour les entreprises et les particuliers, le Parti progressiste-conservateur de M. King a remporté 12 des 26 sièges en jeu. Une élection partielle doit encore avoir lieu après le décès tragique du candidat du Parti vert dans Charlottetown-Hillsborough Park, Josh Underhay, le 20 avril.

Le Parti libéral a été rétrogradé en troisième position, avec cinq sièges, perdant du même coup son chef, défait dans sa circonscription de Stanhope-Marshfield. Le parti de Peter Bevan-Baker a quant à lui marqué l’histoire politique du pays en devenant le premier Parti vert à former l’opposition officielle dans un parlement canadien.

«Je ne suis pas surpris par la défaite du Parti libéral, car il était presque impossible de les voir gagner un nouveau mandat. Par contre, je n’aurais jamais pensé que les Verts obtiendraient neuf sièges. Le parti doit cette performance à son chef, Peter Bevan-Baker, et cela envoie le message aux deux partis traditionnels qu’ils vont devoir aussi tenir compte de cette formation, alors qu’on avait jusqu’ici une tradition de stricte alternance entre les libéraux et les progressistes-conservateurs», analyse M. McKenna.

Au centre, le chef du Parti vert de l’Île-du-Prince-Édouard, Peter Bevan-Baker. Source: Facebook

Le politologue envisage une collaboration possible entre le Parti vert et le Parti progressiste-conservateur au pouvoir, notamment du fait de l’amitié entre les deux chefs.

«Certains enjeux pourraient les opposer, notamment sur les questions environnementales comme la taxe carbone, mais il n’y a pas ici de partis très marqués idéologiquement comme ça peut être le cas ailleurs au Canada. Ils ne sont pas si éloignés les uns des autres, ce qui permet une collaboration.»

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