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Les francophones désormais moins de 30 % à l’Université d’Ottawa

OTTAWA – La représentation des étudiants francophones à l’Université d’Ottawa est passée sous la barre symbolique des 30 %, en 2018. Une situation contre laquelle l’institution bilingue dit vouloir lutter grâce à un plan d’action présenté ce jeudi.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Le nombre est symbolique, mais il ne rassurera pas ceux qui s’inquiètent de l’érosion du français dans la plus vieille institution bilingue d’Amérique du Nord. Jusqu’ici toujours supérieure à 30 %, la représentation des francophones au sein de l’Université d’Ottawa est passée à 29,9 %, en 2018. Ce pourcentage oscillait au-delà des 30 % ces dernières années, connaissant un pic en 2011, avec 31,2 %. Ils sont désormais 12 723 étudiants francophones sur un effectif total de 42 526 étudiants, le nombre le plus bas depuis 2010.

«Nous avons pris des mesures concrètes pour maintenir et augmenter cette proportion, mais deux éléments jouent contre nous: la démographie franco-ontarienne qui fait que nous avons moins de candidats, et les droits de scolarité qui sont beaucoup moins élevés au Québec», explique le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont.

Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont. Crédit image: Benjamin Vachet

Mandatée par le recteur en juillet dernier, la politologue de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal, spécialiste de la francophonie canadienne, a fait un état des lieux du français au sein de l’institution pour trouver des pistes de solution.

«Par le passé, il y a eu des choses de faites, mais il y a aussi eu un certain laisser-aller. Mais quand M. Frémont est arrivé, la francophonie faisait partie de ses priorités et on a vu un changement de ton», dit-elle.

 

Des gestes pour la francophonie

Parmi les gestes posés, la désignation partielle des services et programmes de premier cycle en vertu de la Loi sur les services en français (LSF) en septembre 2015. L’année suivante, elle a adopté un règlement sur le bilinguisme, confirmant le français et l’anglais comme les langues officielles de l’université ottavienne.

«Mais l’Université d’Ottawa paie aussi encore le prix des anciennes formules de financement. Dans les années 80-90, on finançait les étudiants par tête, ce qui a encouragé à attirer le plus possible d’étudiants anglophones, plus nombreux. Ça a créé un déséquilibre linguistique», analyse Mme Cardinal.

Plusieurs de ces mesures mises en place n’ont pas eu les effets escomptés. L’objectif d’avoir 85 % de cours de premier cycle offerts en français et en anglais d’ici 2020 risque d’être difficile à atteindre. En 2016-2017, ils étaient en baisse, de 3 % par rapport en 2010, avec seulement 68 % de cours disponibles dans les deux langues officielles.

La mise en place d’un Carrefour francophone, en 2011, n’a pas permis de créer autant d’activités en français qu’espéré, hors du Jour des Franco-Ontariens, le 25 septembre, ou dans le cadre du mois de la francophonie en mars.

Quant à la baisse partielle des frais de scolarité des étudiants internationaux depuis 2014, si elle a permis des progrès en matière de recrutement d’étudiants francophones au premier cycle, elle n’a pas connu le même succès au cycle supérieur, où le taux d’étudiants francophones est encore plus bas, soit 24,8 % des effectifs en 2018.

 

Des pistes de solution

Pour remédier à la situation, Mme Cardinal propose plusieurs solutions, dans un plan d’action pour la francophonie à l’Université d’Ottawa rendu public ce jeudi.

Elle recommande des améliorations au sein de la gouvernance de l’université, notamment en nommant un dirigeant principal à la francophonie et aux services en français et en mettant en place un comité consultatif du recteur pour la francophonie.

La politologue de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal. Crédit image: Benjamin Vachet

Elle souhaite également une amélioration des communications de l’Université pour mettre plus en avant le fait français à l’Université et hors de ses murs et prône la mise en place d’une «lentille francophone».

«Les services de l’université ne sont pas toujours planifiés avec le souci de voir comment ça répond aux besoins des francophones», explique-t-elle.

La politologue recommande également d’améliorer la présence et le rayonnement du français sur le campus en augmentant les activités, en consultant les étudiants sur la qualité de l’offre de cours, les horaires, par exemple, ou encore, en revoyant la stratégie de bourses pour le recrutement des étudiants francophones.

Mme Cardinal suggère également que l’Université d’Ottawa étudie la possibilité d’une désignation totale en vertu de la Loi sur les services en français.

«C’est ambitieux et il faut d’abord évaluer l’impact qu’a eu la désignation partielle de 2015. Mais si on se donne le temps, c’est faisable!», pense-t-elle.

«Nous faisons nôtre ce rapport et nous allons rapidement nommer un dirigeant principal à la francophonie et aux services en français, comme recommandé dans le rapport», promet le recteur. «Peut-être que l’université a été moins sensible à la francophonie à un moment donné, mais je peux vous assurer que c’est au cœur de mes priorités! »

 

Des progrès ailleurs

Le plan présenté par Mme Cardinal prévoit un échéancier de trois à cinq ans pour mettre en place les actions proposées.

«C’est très ambitieux, mais il y a une grosse partie des recommandations qui peuvent se faire dès demain matin.»

Le recteur Frémont assure que la volonté est là.

Si la route semble encore longue, plusieurs exemples récents pourraient inspirer en partie l’Université d’Ottawa. Récemment, #ONfr rapportait notamment que l’Université Saint-Paul, par exemple, a réussi à inverser le déclin de son pourcentage d’étudiants francophones, passé de 38 % en 2014 à 54 % en 2018.

À l’Université Laurentienne, le pourcentage d’étudiants francophones a également progressé passant de 23 % en 2014 à 26 % en 2018. Le nombre total d’étudiants a toutefois diminué à l’Université Laurentienne depuis deux ans, ce qui pourrait expliquer cette augmentation.

 


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