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Le français de nouveau majoritaire à l’Université Saint-Paul

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – L’institution ottavienne a réussi à inverser la tendance et compte désormais une majorité d’étudiants francophones. Mais la situation demeure fragile, selon la rectrice Chantal Beauvais.

Il y a quatre ans, les effectifs étudiants de l’Université Saint-Paul témoignaient d’une lente érosion du fait français au sein de l’institution catholique et bilingue des pères Oblats. À l’automne 2014, les francophones représentaient 38 % des 909 étudiants inscrits dans les programmes de l’Université.

« Cela s’expliquait par plusieurs facteurs. Nous avions moins de programmes de baccalauréat et notre clientèle pour les programmes d’études aux cycles supérieurs, très spécifiques, était plutôt anglophone », explique la rectrice.

Aujourd’hui, la situation s’est pourtant largement inversée. Et à l’automne 2018, ils étaient 54 % de francophones, sur 1055 étudiants, à avoir choisi d’étudier à Saint-Paul. Et ce pourcentage serait encore bien supérieur, en ne considérant que les programmes de premier cycle, selon Mme Beauvais.

Ce tableau présente l'évolution des effectifs francophones à l'Université Saint-Paul, qui sont passés de 38 % en 2014, à 42 % en 2015, puis 47 % en 2016, 52 % en 2017 et enfin, 54 % en 2018.
Source : Université Saint-Paul

« Nous sommes très contents de ces résultats, car nous nous étions fixé d’atteindre au moins 50 %. Depuis sa fondation, l’Université Saint-Paul a le projet d’offrir une formation bilingue et un mandat auprès de la communauté franco-ontarienne. On tirait de l’arrière et aujourd’hui, nous avons fait des progrès dans ce dossier. C’est peut-être plus facile d’intervenir quand on est une petite université comme nous », dit-elle modestement.

Stratégie de recrutement

Pour atteindre ses objectifs, l’institution a développé une stratégie afin de recruter davantage d’étudiants francophones. Parmi les mesures mises en place, la rectrice cite l’entente 2+2 avec les collèges francophones de la province, qui permet de transférer des crédits de collège pour les étudiants.

« Nous avons travaillé en collaboration avec les collèges La Cité et Boréal pour conclure une entente d’arrimage assez audacieuse. Ça encourage les étudiants à poursuivre leur formation postsecondaire en français à l’université, après leur diplôme collégial, car c’est plus motivant pour eux que de tout recommencer à zéro. Nous sommes les chefs de file dans le domaine et c’est une fierté, car nous restons une petite université. »

L’Université Saint-Paul s’est également montrée plus vigilante quant à sa politique d’embauche de personnel bilingue, afin d’éviter l’érosion.

« L’Université fonctionne en français, même si les services sont aussi disponibles en anglais », précise Mme Beauvais.

Tournée vers le local et l’international

Pour maintenir cet environnement francophone, l’Université a ouvert ses portes à plusieurs organismes. L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), la Société Santé en français (SSF) ou encore le Conseil de la coopération de l’Ontario (CCO) ont désormais leurs bureaux entre les murs de l’institution, sur la rue Main.

« On veut être à l’écoute de la communauté franco-ontarienne. Pour développer nos programmes, on essaie de répondre aux besoins orphelins en proposant des programmes qui ne sont pas disponibles ailleurs en français. Nous avons, par exemple, créé un diplôme d’études supérieures en accompagnement et spiritualité en soins palliatifs. »

La rectrice de l’Université Saint-Paul, Chantal Beauvais. Crédit image : Université Saint-Paul

L’institution s’est également tournée vers l’international en concluant des ententes avec des universités francophones internationales et en mettant en place une bourse « Étudier en français » pour les étudiants internationaux.

« Nous avons actuellement un projet avec une université en Martinique [France] qui nous a pris comme modèle. Ainsi, les étudiants de l’Institut Catholique Européen des Amériques viennent effectuer leur troisième année ici. L’été dernier, nous avions 26 étudiants de la Martinique. »

Une désignation à venir

Aujourd’hui, la tendance semble s’être donc inversée. Et pour pérenniser ces progrès, l’Université Saint-Paul travaille sur une désignation partielle en vertu de la Loi sur les services en français.

« On le souhaite depuis plusieurs années, mais ça a bloqué pendant un temps, du fait que nous sommes fédérés avec l’Université d’Ottawa [depuis 1965]. Mais nous avons tenu notre bout, en insistant que nous sommes une entité juridique distincte. Aujourd’hui, après six ans de travail, la désignation est en bonne voie. Nous en sommes à la dernière étape. »

La désignation concernera tous les programmes offerts actuellement en français, mais aussi ceux créés dans le futur. De quoi envisager l’avenir sereinement ? La rectrice se garde de tout triomphalisme.

« On ne crie pas encore victoire, car le poids démographique peut rapidement tout faire basculer. La volonté est là, mais tout reste très fragile. »

D’autant que l’incertitude qui règne actuellement dans le milieu postsecondaire quant aux intentions du nouveau gouvernement provincial, qui a récemment annoncé une baisse des droits de scolarité pour la rentrée 2019/2020, rend les perspectives difficiles à discerner.

« Pour appuyer le postsecondaire en français, chaque dollar compte. Une baisse de financement fragiliserait nos institutions et nos possibilités de développer des incitatifs. On a anticipé des compressions et avons préparé différents scénarios budgétaires. Ça ne nuira pas à notre volonté envers les francophones, mais cela nous demandera d’être encore plus créatifs, notamment en collaborant avec d’autres organismes et institutions pour ne pas laisser tomber les projets qui fonctionnent. »

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