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Les jeunes francophones jugent le gouvernement Trudeau  

Crédit image: Courtoisie Mathieu Girard, Studio Versa

OTTAWA – En marge du Parlement jeunesse pancanadien 2018, #ONfr a rencontré plusieurs jeunes francophones de l’extérieur du Québec pour les interroger sur leur vision du gouvernement de Justin Trudeau. Témoignages.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Ils ont entre 16 et 25 ans, viennent de partout au Canada et pour certains, il s’agit de leur premier Parlement jeunesse pancanadien (PJP). L’événement, organisé tous les deux ans par la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), leur permet de se glisser dans la peau d’un député ou d’un journaliste parlementaire. Autant dire que ces jeunes francophones ont un intérêt marqué pour la politique.

Lors de son élection en 2015, le premier ministre Justin Trudeau avait fait de la jeunesse une de ses priorités, s’octroyant le poste de ministre de la Jeunesse et instaurant un conseil consultatif de 26 Canadiens âgés de 16 à 24 ans.

Le président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), Pablo Mhanna-Sandoval. (Crédit photo: Sénat du Canada)

Mais ces beaux gestes ne parviennent pas à convaincre le Franco-Ontarien, Pablo Mhanna-Sandoval.

«C’est bien plus que n’importe quel autre gouvernement, mais cela dit, c’est surtout un symbole! Et c’est dommage, car c’est un gaspillage du potentiel de ces jeunes qui sont excellents.»

Également président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), il remarque que le premier ministre n’a jamais pris une question, en chambre, en tant que ministre de la Jeunesse, laissant ce soin à son secrétaire parlementaire, Peter Schiefke.

 

Une voix pour les jeunes

La Néo-Brunswickoise, présidente de la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick (FJFNB), Sue Duguay, se montre plus indulgente.

«Je connais certains jeunes sur le conseil qui me disent qu’ils se sentent écoutés. Pour la jeunesse canadienne, ça nous fait réaliser qu’on a une voix qui vaut la peine d’être entendue!»

Benjamin Doudard. Crédit image: Benjamin Vachet

Malgré cette apparente volonté d’écoute, le premier ministre n’a pas répondu à l’invitation de la FJCF, déplore Benjamin Doudard, même s’il a fait lire un message aux participants.

«Nous l’avions déjà invité en 2016 et aussi cette année. On sait qu’il est déjà allé à plusieurs reprises aux simulations parlementaires de l’Université Queen. Nous aimerions qu’il vienne, car nous représentons la jeunesse de toute la francophonie canadienne.»

 

Vote à 16 ans

Parmi les mesures que M. Trudeau pourrait prendre pour la jeunesse, il y a celle d’abaisser l’âge légal du vote à 16 ans, estime Mme Duguay.

La présidente de la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick (FJFNB), Sue Duguay. Crédit image: Benjamin Vachet

«Dans le contexte du PJP, on a la preuve que les jeunes sont capables de prendre des décisions. Si on pouvait réussir à apporter l’éducation qu’on reçoit au PJP dans les salles de classe, avec de l’éducation civique obligatoire, on aurait, dans quelques générations, une citoyenneté beaucoup plus impliquée et un taux de participation aux élections plus élevé.»

 

Faire plus pour les langues officielles

En matière de langues officielles, les jeunes interrogés par #ONfr disent rester sur leur faim.

«Le gouvernement a entrepris de mettre à jour la Feuille de route pour les langues officielles, mais ça traîne… Depuis le temps qu’on attend, il vaudrait mieux que ce soit satisfaisant, car on a vraiment besoin de support dans nos communautés», juge M. Doudard.


«Le gouvernement doit nous démonter concrètement qu’il est un allié de la francophonie. Les mots c’est beau, mais l’argent c’est mieux!» – Pablo Mhanna-Sandoval


Seth Fraser, de la Nouvelle-Écosse, espère beaucoup de la révision de la Loi sur les langues officielles.

«Je suis un fier Canadien bilingue, je viens d’une communauté très anglophone, et je voudrais avoir plus d’occasions de parler en français.»

Le Néo-Écossais, Seth Fraser. Crédit image: Benjamin Vachet

Étudiante en droit à l’Université de Moncton, la Franco-Manitobaine, Chloé Freynet-Gagné, est déçue du refus du gouvernement de rendre obligatoire le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada.

«C’est vraiment essentiel de pouvoir se faire comprendre dans sa langue devant les tribunaux. J’ai peur que les gens soient tentés de plaider leur cause en anglais pour être sûrs d’être bien compris.»

La Franco-Manitobaine, Chloé Freynet-Gagné. Crédit image: Benjamin Vachet

Elle demande au gouvernement d’en faire aussi davantage pour appuyer l’éducation postsecondaire en français.

«Il a fallu que je déménage de Winnipeg à l’autre bout du pays pour pouvoir poursuivre mon éducation en français. Le gouvernement devrait donner davantage de ressources pour développer des programmes postsecondaires dans chaque province.»

 

Critique internationale

Les dossiers «jeunesse» et «langues officielles» ne sont toutefois pas les seuls qui préoccupent M. Mhanna-Sandoval.

«En ce moment, on a une politique étrangère plus à droite que sous le gouvernement de Stephen Harper. L’abstention sur Jérusalem, la vente d’armes à l’Arabie Saoudite, la validation de l’élection présidentielle controversée au Honduras… On sait que le gouvernement est en négociation avec les États-Unis pour le renouvellement de l’ALENA et ne veut pas les offusquer, mais je trouve dommage ce manque de valeur et de courage sur la scène internationale.»

Jamais mieux servis que par soi-même, certains participants au PJP se voient bien, dans le futur, venir défendre eux-mêmes les dossiers.

«Je pensais déjà vouloir entrer au parlement et avoir mon nom sur un de ces pupitres-là. Le PJP me confirme que c’est ce que je veux faire.»

 


POUR EN SAVOIR PLUS:

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.