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Les minorités raciales dénoncent l’AFO : « Ils ne nous écoutent pas »

Temps de lecture : 4 minutes

Des communautés ethniques de l’Ontario reprochent à l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (l’AFO) une absence de communication et dénoncent une sorte de « blocage » avec les minorités. Les manifestations antiracistes ont augmenté ces tensions, alors que plusieurs demandent des résultats à l’AFO.

« Il y a un blocage, c’est évident », lance Jean-Paul Idikay, président de la Communauté congolaise du Grand Toronto (COCOT).

Sa communauté représente près de 20 000 Congolais de langue française à Toronto. Pourtant, elle se dit ignorée par les dirigeants de l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens.

« Ils ne tiennent pas compte de nos besoins et de nos intérêts. Nous sommes une grande communauté francophone noire à Toronto et nous avons beaucoup de défis, surtout chez nos jeunes. L’AFO arrive avec des programmes déjà préétablis qui ne tiennent pas compte de nos intérêts. C’est une organisation que nous respectons, mais que nous regardons seulement de loin. »

Et d’ajouter : « Ils ne nous écoutent pas. Quand il y a des séminaires ou des rencontres, on vient, mais nos propositions ne sont pas prises en compte. »

Jean Paul Idikay, président de la Communauté congolaise du Grand Toronto (COCOT) Source : YouTube Université d’Ottawa.

Cette opinion revient aussi chez des membres ayant fait affaire avec l’organisation francophone par le passé. Pierre Dadjo, l’ancien président l’Union provinciale des minorités raciales et ethnoculturelles francophones (UP-MREF) ne mâche pas ses mots quand il parle de l’AFO.

« J’ai travaillé au sein de la francophonie de l’Ontario, et je peux dire que c’est un système raciste. Je ne sais si la haute direction est consciente de ça. Les traitements que subissent les immigrants francophones sont pires que ce que les anglophones font subir aux francophones. »

Ce dernier croit que le manque de diversité au sein de la direction nuit grandement aux communautés francophones minoritaires, car les actuelles têtes dirigeantes de l’AFO ne peuvent comprendre la réalité des immigrants.

« Pourquoi ils ne peuvent pas accepter que la francophonie soit diverse et que les immigrants ne soient pas des Franco-Ontariens, mais des francophones tout court ? Si vous voulez que tout le monde soit appelé Franco-Ontariens : c’est du racisme. C’est rejeter l’identité d’autrui. La francophonie n’est pas uniforme, ce n’est pas juste une couleur ou une culture. »

Un rôle mal compris ?

Dans d’autres cas, l’organisme n’aurait pas de contacts avec certains membres de sa communauté.

« J’entends beaucoup parler d’eux, mais mon organisation ne fait pas affaire actuellement avec l’AFO », affirme André Kadem, président de la Communauté camerounaise de la région de la capitale du Canada (COCACO).

La Coalition des Noirs francophones de l’Ontario (CNFO) indique, de son côté, que le rôle de l’organisme dirigé par le président Carol Jolin est mal compris.

« Elle est là pour toutes les communautés francophones de l’Ontario. Au niveau des minorités, il y a eu des tentatives pour mettre des mesures en place, mais qui n’ont pas marché. Alors, le comité de la Coalition a été créé, car il y avait un besoin pour une structure propre à nous. Je ne me vois pas critiquer l’AFO de ne pas se soucier de la structure des minorités, car ce n’est pas son rôle », croit Julie Lutete, présidente de la CNFO et elle-même une ancienne membre de l’AFO.

Julie Mbengi Lutete, présidente de la Coalition des Noirs Francophones de l’Ontario. Gracieuseté

La COCACO représente plus de 5 000 Camerounais dont certains vivent à Gatineau, mais dont la très grande majorité est à Ottawa. M. Kadem, qui est président depuis cinq ans, explique que son organisme faisait affaire avec l’AFO par le passé, mais rien depuis qu’il est en poste. Il aimerait toutefois collaborer avec ceux-ci, mais avoue qu’un « manque d’informations » nuit un peu à ce rapprochement.

« Je suis prêt à y aller et à les approcher pour voir qu’est ce qu’ils peuvent faire pour nous en tant que Franco-Ontariens. Moi et mon équipe sommes très intéressés à aller vers eux », souligne le président de l’organisme camerounais.

De son côté, Mme Lutete pense qu’un message contradictoire a été envoyé à la suite des consultations publiques avec les minorités raciales, commencées par l’AFO en 2018.

« Lors des consultations, il y avait un message clair de l’AFO que les communautés devaient s’organiser elles-mêmes. Ce n’est pas à l’AFO de le faire. »

Des explications à la fin de l’été

L’AFO a indiqué à ONFR+ qu’elle refusait de commenter, souhaitant plutôt se concentrer sur le travail réalisé entre le comité consultatif mis sur pied suite au rapport des consultations publiques.

Le travail du comité sera dévoilé à la fin de l’été. Ce comité a pour mandat d’identifier des pistes d’actions possibles pour les recommandations émises dans le rapport Pour, par et avec. Pour forger une cohésion dans la diversité.

Ce rapport indiquait notamment qu’un « dialogue ouvert et soutenu entre toutes les forces vives de la francophonie ontarienne » était un « besoin urgent ».

La présence de deux sièges de représentation spécifiques aux communautés des minorités raciales et ethnoculturelles francophones sur le conseil d’administration de l’AFO n’est pas suffisante pour certains.

« Ce n’est pas une très grande représentativité. Ceux qui sont là ne connaissent pas les besoins des minorités raciales. Les gens qui sont dans la haute direction ne connaissent pas les réalités des immigrants », déplore M. Idikay.

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