Passer au contenu Passer au pied de page

Les minorités, un enjeu de recherche à l’Université de Waterloo

Temps de lecture : 3 minutes

WATERLOO – L’Université de Waterloo ouvre une chaire de recherche du Canada en études des minorités. Un fait assez rare dans une université anglophone qui marque la reconnaissance d’une expertise, celle du département d’études françaises.

Le Programme des chaires de recherche du Canada investit chaque année 265 millions de dollars afin d’attirer les meilleurs chercheurs dans des domaines aussi variés que les sciences naturelles, le génie, la santé ou encore les sciences humaines.

Bien positionnée dans les biotechnologies, l’informatique et l’intelligence artificielle, l’Université de Waterloo a surpris beaucoup de monde en demandant l’ouverture d’une chaire d’études des minorités, habituellement chasse-gardée des universités francophones.

25 ans d’expertise

« Ça a l’air de sortir de nulle part », convient François Paré, « mais, en réalité, le département s’intéresse depuis près de 25 ans aux minorités. Cette chaire est donc enracinée dans les pratiques de recherche du département d’études françaises. C’est une reconnaissance de notre expertise de l’Université. »

Auteur de plusieurs ouvrages et coordonnateur du projet L’Ontario français et ses premier textes, ce professeur voue une passion pour la notion de minorité. Il pense que cette chaire va permettre de rassembler des intérêts de recherche jusqu’alors plutôt individuels.

François Paré, professeur au département des Études françaises. Gracieuseté

« Beaucoup de travaux ont déjà été réalisés sur la francophonie du Manitoba, de la Colombie-Britannique, de l’Ontario, sur la poésie et la traduction », détaille M. Paré. « Avec cette chaire, on a une sorte de focus pour mieux faire connaître nos activités et nos résultats. »

Il reviendra à la titulaire de la chaire, la Franco-Albertaine Nicole Nolette, de coordonner et développer ces différents travaux, tout d’abord en attirant des étudiants. « On va donner une bourse à la maîtrise et une autre au doctorat pour les inciter à se diriger vers l’étude des minorités », dit l’ancienne professeur de l’Université Acadia (Nouvelle-Écosse).

Se développer et se démarquer

Il s’agira ensuite d’ouvrir des thématiques inexplorées pour se démarquer des autres chaires existantes dans ce domaine. L’université Saint-Anne (Nouvelle-Écosse) détient une chaire en études acadiennes et francophones ; l’Université de Moncton (Nouveau-Brunswick) une chaire en études acadiennes et milieux minoritaires ; et l’Université de Saint-Boniface (Manitoba) une chaire sur les migrations, les transferts et les communautés francophones.

A ces trois institutions francophones, il faut ajouter l’Université d’Ottawa qui abrite une chaire sur la francophonie canadienne en droits et enjeux linguistiques.

Nicole Nolette a orienté son premier programme de recherche sur la traduction et étudié comment une minorité parle aux autres dans le monde du théâtre. C’est en soi un positionnement original.

« C’est mon plus gros projet », confirme-t-elle. « Il porte sur la transmission des connaissances dans le domaine du sous-titrage. J’étudie le cas du Théâtre français de Toronto qui a été l’un des premiers au Canada à développer une expertise dans le sous-titrage. Ils sont en train de former une nouvelle équipe. Je regarde de près ce qu’il y a dans les processus de traduction, comment se fait sa transmission et avec quelle capacité numérique. »

Nicole Nolette, titulaire de la chaire du Canada en études des minorités. Gracieuseté

Mme Nolette s’intéresse également au lien entre les différentes littératures francophones au Canada. « Historiquement, les littératures québécoise, acadienne, franco-ontarienne ou de l’ouest sont étudiées à part. Mais elles sont de plus en plus en train de se parler entre elles », analyse-t-elle, en référence aux groupes d’auteurs de milieu minoritaire qui tentent de percer le marché québécois.

« Il y a aussi un nouveau sentiment de solidarité du Québec envers les francophones du Canada », ajoute-t-elle. « C’est une des choses que j’aimerais explorer. »

Minorités, un écosystème des marges

« La notion de minorités est une sorte de panier qui englobe les études francophones mais aussi autochtones », explique François Paré. « Ça fait partie du même écosystème des marges dans lequel on retrouve des solidarités et des préoccupations communes telles que la disparition de la langue. »

Les chercheurs du départements des études françaises de l’Université de Waterloo focalisent notamment leur attention sur la notion de contact. « Les minorités ne peuvent pas vivre en isolement mais évoluent au contact des autres groupes et de la majorité. Elles doivent négocier leur place. En terme de langue, cette zone de contact est le bilinguisme. »

Les champs de recherche sont donc infinis et participent de la compréhension globale d’une société avec deux langues officielles. Pour les faire connaître, la publication est un outil majeur, comme le rappelle Mme Nolette.

« Publier en français est important car on a une responsabilité à communiquer et à avoir un impact sur les populations qu’on étudie et qui peuvent se retrouver dans nos recherches », explique la chercheuse qui souligne, dans le même temps, l’importance de l’anglais pour rejoindre des chercheurs à l’international et aiguiller des politiques publiques.

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !
1+