#Francophonie, #Ontario, #Opinion

Les premiers «vrais» mots de Caroline Mulroney

La ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney. Crédit image: Jackson Ho

[ANALYSE]

TORONTO – Depuis son assermentation à titre de ministre déléguée aux Affaires francophones le 29 juin dernier, on ne l’avait guère entendu sur les enjeux des Franco-Ontariens. Caroline Mulroney prenait son temps, dira-t-on, dans une nouvelle équipe gouvernementale plus «contrôlante» des messages de ses ministres dans les médias. 

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Depuis son discours en chambre lors de la Journée des Franco-Ontariens, on en sait un peu plus sur l’agenda de la ministre déléguée aux Affaires francophones. Montre en main, elle a rencontré tour à tour Le Droit, Radio-Canada ou encore #ONfr. «Efficacité», «innovation», «fardeau administratif», «trou de 15 milliards de dollars», Caroline Mulroney connaissait ses mots-clés.

Premier enseignement donc: la francophonie va devoir composer avec des pronostics budgétaires beaucoup plus sombres que ceux avancés par les libéraux. Mme Mulroney n’a pas écarté la possibilité de coupures. Mais pouvait-elle vraiment dire l’inverse?

Lentement, le gouvernement progressiste-conservateur prépare l’opinion publique à des sacrifices. Impossible pour le moment de dire quelle en sera la portée, mais l’idéologie marquée de Doug Ford pour l’austérité pourrait ne pas différencier les Franco-Ontariens des autres.

Les économies aussi passeront par plus de francophonie en Ontario, et moins à l’international, dit aussi Caroline Mulroney. Il y a fort à parier que les progressistes-conservateurs publiciseront moins que les libéraux la participation de la province à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il n’y aura d’ailleurs pas de délégation envoyée lors du sommet dans quelques jours en Arménie.

Chose certaine, le gouvernement Ford ne demandera pas une membriété de plein droit dans l’OIF. Un projet pourtant souhaité par la secrétaire générale de l’organisation, Michaëlle Jean. Le coût annuel de 2,5 millions de dollars peut s’avérer, il est vrai, un sérieux frein.

 

Une tournée des entrepreneurs

Troisième point: les progressistes-conservateurs veulent que l’économie et la francophonie fonctionnent davantage main dans la main. Un concept pas idiot, mais pas non plus nouveau de la part d’un parti qui fait du business son cheval de bataille. La tournée des entrepreneurs francophones et des entreprises qui font affaire en français proposée par Mme Mulroney représente là un projet intéressant. À voir maintenant comment cela se matérialisera sur le terrain.

Enfin, si Caroline Mulroney s’est engagée sur le projet de refonte de la Loi sur les services en français, on n’est encore pas plus avancé sur la manière dont elle compte l’effectuer. Les travaux du comité aviseur menés à ce sujet il y a un an par l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (AJEFO) attendent toujours dans les tiroirs…

Une absence de contenu qui se retrouve aussi dans le dossier de l’immigration francophone. En déclarant que la cible de 5 % mise en place par les libéraux ne fonctionne pas, Mme Mulroney fait sauter un tabou, sans offrir pour le moment une solution de rechange viable.

 

De la latitude pour Mulroney

Dernier détail et non des moindres: la répartition des tâches quant aux Affaires francophones. Là encore, il semble que Caroline Mulroney aura une plus grande latitude que ses prédécesseures libérales. Peu passionné par les dossiers francophones – il était d’ailleurs absent à la cérémonie de levée du drapeau franco-ontarien à Queen’s Park -, Doug Ford semble laisser carte blanche à sa ministre.

À défaut d’avoir pour le moment apporté quelque chose, Caroline Mulroney a tout de même réussi son premier examen de passage devant la communauté francophone.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 1er octobre.

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !
1+

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.