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L’éternelle bisbille sur les chiffres du déficit budgétaire

Bonnie Lysyk, Vérificatrice générale de l'Ontario. Crédit photo: Jean-François Morissette

[ANALYSE]

TORONTO – La vérificatrice générale de l’Ontario et le gouvernement ont décidemment du mal à accorder leurs violons. Dernier accrochage: les chiffres de Bonnie Lysyk dévoilés la semaine dernière parlent d’un déficit budgétaire de 11,7 milliards de dollars. Pratiquement deux fois plus que la somme de 6,7 milliards de dollars annoncée dans le budget du ministre des Finances, Charles Sousa.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

La querelle est éternelle entre l’agente parlementaire et les libéraux. En 2016, la vérificatrice parlait d’un déficit de 5 milliards quand les libéraux ne voyaient que 3,5 milliards. Bis repetita en décembre dernier, la première parlant d’un budget déficitaire de 2,4 milliards de dollars, Charles Sousa affirmant alors avoir ramené celui-ci à moins de 1 milliard de dollars.

Bien difficile de savoir qui dit vrai. Le gouvernement a certes accès aux feuilles de compte pour lesquelles Mme Lysyk ne peut pas en obtenir les données si facilement. Mais de par sa fonction, la vérificatrice incarne une neutralité et la ligne non-partisane.

L’histoire pourrait presque lui donner raison. En 2003, le vérificateur général de l’époque avait mis la main sur un «déficit caché» de 5,6 milliards de dollars, hérité des progressistes-conservateurs d’Ernie Eves. Preuve que les gouvernements ne seraient pas tout blanc.

Dans les coulisses, on murmure que la détermination de Mme Lysyk n’est pas anodine. Le parti a modifié la loi sur la publicité gouvernementale qui conférait au vérificateur général un pouvoir discrétionnaire de déterminer ce qui constitue une publicité partisane. L’agente parlementaire n’aurait pas digéré la capacité de diffuser, selon elle, de la publicité partisane payée à même les fonds publics, sans qu’elle ne puisse intervenir.

 

Les progressistes-conservateurs en profitent

L’occasion était en tout cas trop belle pour les néo-démocrates et les progressistes-conservateurs de tirer à boulets rouges sur le gouvernement Wynne. À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale, les résultats de Mme Lysyk ne sont pas une bonne nouvelle.

Le chef du Parti progressiste-conservateur, Doug Ford, ne cesse de le répéter. «La fête est bientôt finie pour les libéraux». La formule est déjà réutilisée à foison par les candidats du parti. Le message est clair: le gouvernement Wynne est dépensier et peu scrupuleux de l’argent public.

À tort ou à raison, ces épithètes poursuivent les libéraux depuis leur arrivée au pouvoir en 2003. La crise financière avait même fait bondir le déficit budgétaire à presque 25 milliards de dollars en 2009. Un peu après, l’affaire de la vente hasardeuse des centrales au gaz avait miné une grande partie du capital-sérieux du gouvernement en termes de gestion financière. L’arrivée au pouvoir de Mme Wynne n’avait pas ranimé la confiance.

À l’inverse, on voit que les libéraux fédéraux avaient choisi une politique de relance pour stimuler l’économie. Le budget 2016 et les plus de 20 milliards de déficit public n’avaient pas déchaîné tant d’oppositions.

 

Accalmie entre les leaders

En 2014, Kathleen Wynne avait bénéficié des maladresses du leader progressiste-conservateur Tim Hudak pour l’emporter facilement. Quatre ans plus tard, l’usure du pouvoir aidant, et malgré le côté clivant de Doug Ford, les électeurs auront beaucoup moins de retenues à s’éloigner du parti au pouvoir.

Plus fin politicien qu’on le croit, l’aîné de la «Ford Nation» n’en dit pas trop pour le moment sur sa méthode pour économiser. L’attaque meurtrière de Toronto a freiné les oppositions entre leaders. Une dernière accalmie avant la grande explication.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 30 avril. 

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Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.