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Marcel Dion, un designer aux idées lumineuses

Temps de lecture : 4 minutes

WELLAND – À l’occasion de la Journée internationale de la francophonie, l’emblématique Pont 13 de Welland sera illuminé de vert et de blanc, ce vendredi. Coup de projecteur sur le concepteur de son système d’éclairage, un Franco-Ontarien natif de la ville dont le savoir-faire a fait le tour du monde.

Quel est le point commun entre le Pont 13 de Welland, la galerie Allen Lambert de la place Brookfield à Toronto et le Centre des congrès d’Halifax ? On doit la conception de leur éclairage à Marcel Dion.

Depuis plusieurs années, ce passionné de lumière met en valeur les espaces de bureaux, de restaurants, d’hôtels mais aussi les parcs, les façades d’immeubles, de musées et d’édifices historiques.

« J’ai toujours été sensible à la lumière », confie-t-il à ONFR+. « Elle est capable de souligner la perspective d’une structure, mais aussi de changer la perception qu’on en a. Elle provoque des émotions. »

Cet ancien élève de l’École secondaire Confédération a étudié le design au Collège Algonquin avant d’être recruté par une compagnie new-yorkaise. Il s’est notamment investi durant quatre ans sur un chantier colossal : le Burj Khalifa. Ce building de 528 mètres construit à Dubaï, aux Émirats arabes unis, est la plus haute tour du monde.

Les projets de Burj Khalifa (Dubaï), de la place Brookfield (Toronto) et du Centre des congrès (Halifax). Gracieuseté

« Avant, je travaillais sur l’éclairage de bureau. C’est vraiment à New York que je me suis rendu compte qu’il existait tout un autre monde. »

Installé à Toronto depuis dix ans, M. Dion mène de front une dizaine de projets actuellement, mais Welland reste, pour lui, une réalisation unique.

« C’était un challenge passionnant avec un côté affectif, car c’était mon premier pont et, de surcroît, dans la ville où je suis né. »

Un repère historique et iconique de la ville

Construit à la fin des années 1920, ce monstre d’acier laissait passer les navires qui empruntaient le canal par un mécanisme d’élévation de son tablier. Mais dans les années 1970, la construction d’un nouveau canal plus à l’est l’a rendu obsolète. Idéalement situé dans le centre-ville, il est devenu par la force des choses un repère historique et iconique de la ville.

Après avoir frôlé plusieurs fois la destruction, il a finalement été repeint et réhabilité, il y a cinq ans, et sert toujours à la circulation automobile.

« J’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un à la ville. J’étais prêt à donner mon temps pour ce projet. Je me suis documenté sur son rôle et son fonctionnement. »

Marcel Dion voulait apporter sa pierre à l’histoire, ancrer ce pont du passé dans le présent et l’avenir.

Le Pont 13 de Welland s’illumine au grès des thèmes : Jour du Canada, Journée internationale de la francophonie, etc. Gracieuseté

Le designer a joué sur un élément fondamental : l’eau du canal qui, par un jeu de reflet, offre chaque nuit un spectacle féerique. Il a mis en valeur les deux piliers, la cabine centrale, le tablier et a poussé son obsession du détail jusqu’à reproduire les câbles qui servaient à lever le tablier.

« Ils avaient été retirés. J’ai voulu les faire renaître en les interprétant par la lumière, comme s’ils existaient toujours. »

Inauguré à l’été 2015 pour le jour du Canada, le pont continue d’émerveiller résidents et touristes chaque soir, les couleurs variant au gré du thème retenu par un comité local de bénévoles. Ce vendredi, ce sont celles des Franco-Ontariens qui habilleront l’immense toile métallique de plusieurs tonnes.

« Ce pont reste une réalisation très spéciale pour moi » – Marcel Dion

« Ça reste une réalisation très spéciale pour moi. Quand je reviens à Welland pour voir mes parents, je le fais régulièrement visiter à des amis. Mon fils de 4 ans me dit toujours : « C’est ton pont, papa ! » Ça montre ce que je fais à mes grands-parents qui vivent toujours à Welland. Ils peuvent l’apercevoir depuis leur fenêtre et s’imaginer ce que je peux réaliser ailleurs. »

À travers ses projets très différents les uns des autres, Marcel Dion a une constante exigence : faire en sorte qu’on ne voit jamais la lumière directe.

« La réflexion du matériau doit faire oublier le dispositif d’éclairage. On doit donc le dissimuler, le rendre invisible. »

Pour cela, il peut compter sur des équipements de plus en plus petits, performants et sophistiqués.

Une technologie en constante évolution

« On doit aussi être capable de célébrer, mais sans trop en faire. Il faut aussi tenir compte de la pollution lumineuse », cette tendance à éclairer massivement et mal. « Beaucoup de lumières inutiles se perdent dans le ciel, mais avec les LED (diodes électroluminescentes), on parvient à éclairer moins et mieux. »

Cette technologie de précision, moins énergivore, évolue rapidement et lui permet de jouer sur des gammes et des nuances de lumières subtiles.

« C’est important quand tu travailles avec des outils modernes dans des endroits qui ont une histoire. On ne peut pas faire n’importe quoi. »

Ces innovations se retrouvent dans les bureaux des grandes compagnies où la lumière imite le cycle du soleil pour influencer le bien-être et la productivité des employés.

« On utilise cette méthode dans les hôpitaux aussi en jouant sur un blanc chaud, incandescent, qui simule une atmosphère de chaleur. »

Marcel Dion lors de l’inauguration du Pont 13, le 1er juillet 2015. Gracieuseté

Un test d’échantillons au préalable dans ses bureaux permet à Marcel Dion de déterminer pour chaque projet le type d’éclairage, son volume et sa disposition. Il collabore ensuite de concert avec les développeurs, des designers et des architectes, puis ajuste sur place, lors d’un test grandeur nature destiné à donner un aperçu au client.

Longtemps sous-estimé, le pouvoir de la lumière à l’intérieur comme à l’extérieur d’un bâtiment est aujourd’hui de plus en plus reconnu, même si, nuance M. Dion, « l’éducation est continue ».

« Il faut convaincre en permanence pour démontrer que le succès final d’un projet repose aussi sur son éclairage et sa minutieuse mise en scène. »

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