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Mariette Carrier-Fraser : décès d’une géante du système scolaire franco-ontarien

Temps de lecture : 4 minutes

L’ancienne présidente de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et véritable pionnière du monde de l’éducation en français en Ontario Mariette Carrier-Fraser est décédée jeudi, à l’âge de 78 ans.

Née à Hearst, elle a travaillé pendant plus de 36 ans au sein du système d’éducation de l’Ontario. Elle a commencé sa carrière comme enseignante en 1961 à Hearst à l’âge de 18 ans. Pendant 14 ans (1983-1997), elle a été sous-ministre adjointe à l’éducation en langue française au ministère de l’Éducation. On lui doit notamment la création du Collège Boréal, du Collège des Grands Lacs, mais surtout celle des 12 conseils scolaires de langue française en Ontario.

En entrevue avec ONFR+ dans la foulée des compressions du gouvernement Ford en 2018, elle se disait fière de voir l’allure des conseils scolaires de langue française dans la province.

« Ils sont de plus en plus solides ! Si on regarde les résultats des tests provinciaux, nos jeunes dans les écoles francophones se portent bien. Il y a des choses qui ont peut-être besoin d’être améliorées, comme la coopération inter-conseils. Nous sommes trop petits, il faut une compétition, mais saine, pour mieux coopérer. Entre les publics et les catholiques, pourquoi ne pas mieux partager les ressources, ça ne nuirait à personne et profiterait aux élèves. »

Mariette Carrier-Fraser, ancienne présidente de l'AFO
Mariette Carrier-Fraser, ancienne présidente de l’AFO. Archives ONFR+

Dans une autre entrevue en mai 2017, elle expliquait que c’est son déménagement dans le Sud de la province qui l’a conduite à se battre pour l’éducation de langue française.

« Je suis originaire de Hearst et là-bas, je tenais pour acquis qu’en Ontario tout le monde parlait français. Quand je suis arrivée dans le Sud de la province, je me suis rendu compte que les francophones n’avaient aucun droit. J’ai alors travaillé en anglais, mais rapidement j’ai réalisé que je commençais à perdre ma propre langue maternelle. Je me suis dit : “Mes deux filles ne passeront pas leur vie sans avoir une éducation de langue française !” Et c’est de là qu’est parti mon engagement. »

Elle faisait ces commentaires alors qu’elle venait de recevoir l’Ordre du Canada, honneur qui lui avait été décerné pour sa contribution à la francophonie au cours de sa carrière.

L’ancienne présidente de l’AFO, Mariette Carrier-Fraser avec l’ancien gouverneur général du Canada, David Johnson. Archives ONFR+

Dans les dernières années, elle s’est notamment impliquée dans l’accès aux soins de santé en français en Ontario. Présidente du Conseil consultatif des services de santé en français du ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario, elle a aussi siégé au conseil d’administration de l’Hôpital Montfort en plus d’être membre de celui du Centre psychosocial d’Ottawa.

En 2015, le gouvernement lui a décerné le Prix de la francophonie de l’Ontario.

À la tête de l’AFO

En 2006, quelques années après avoir pris sa retraite en 1997, elle devient la première présidente de l’AFO, rôle qu’elle occupera pendant quatre ans.

« Au nom de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, je tiens à offrir mes sincères condoléances à la famille et aux proches de Mariette Carrier-Fraser », a réagi le président Carol Jolin. « Sa longue feuille de route a amené une crédibilité automatique à l’AFO. C’est une lourde perte pour notre communauté. Son impact sur la communauté franco-ontarienne va continuer à se faire sentir pour plusieurs années à venir. Si nous sommes toujours là et toujours fort, c’est à cause de gens comme Mariette. »

Autres réactions

La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney a salué une « figure de proue de la communauté franco-ontarienne. Que son dévouement soit une source d’inspiration pour les générations présentes et à venir ».

« Une grande dame nous a quittés », s’est exprimée Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles. « Mariette Carrier-Fraser a fortement contribué au rayonnement de la communauté franco-ontarienne. Elle était une force rassembleuse qui a grandement fait progresser l’éducation en français dans la province. »

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a rendu hommage à celle qui siégeait au sein de son organisation alors qu’elle était à la tête de l’AFO. « La francophonie canadienne perd une voix de sagesse et d’expérience. »

« Une grande dame de l’Ontario français qui a lutté toute sa vie pour une éducation de qualité en français nous a quittés », a souligné de son côté le Collège Boréal.

L’Hôpital Montfort est en deuil a commenté son président Bernard Leduc. « Sa bonne humeur et sa détermination vont me manquer. La Francophonie ontarienne perd un de ses piliers », a-t-il écrit dans un message sur Twitter.

« Merci Mme Carrier-Fraser pour votre engagement exemplaire », a réagi pour sa part Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontarien (AEFO), qualifiant la militante franco-ontarienne de « femme de cœur et visionnaire, (qui) aura consacré sa vie dans le domaine de l’éducation et y aura laissé un leg important ».

Cet article a été mis à jour le vendredi 16 septembre à 8h30.

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