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Mauvais temps pour le postsecondaire en français

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

La loi des séries stipule que les mauvaises nouvelles se rapprochent à un intervalle de temps rapproché. Bien qu’empirique, cette loi semble être tombée sur l’Ontario français au cours de la semaine. À quelques heures d’intervalle ce lundi, l’Université de l’Ontario français (UOF) et l’Université Laurentienne ont encaissé chacune un coup dur.

À sept mois de son ouverture, la première accumule les pépins. Deux semaines après les révélations indiquant que seulement 19 étudiants des écoles secondaires étaient inscrits pour la rentrée de septembre, l’UOF a perdu son recteur. André Roy a démissionné, six mois après son entrée en fonction. De quoi alimenter les rumeurs sur un hypothétique climat calamiteux régnant dans les couloirs de la future institution.

Dans le même temps, les Franco-Ontariens ont réalisé la fragilité de l’Université Laurentienne à Sudbury. Arguant des « défis financiers sans précédent », elle entamait une procédure de restructuration sous supervision judiciaire en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

Évidemment, la concordance de ces deux annonces n’est que pure coïncidence. Mais elle témoigne dans les deux cas de la fragilité de ces deux institutions, frappées comme toutes les universités par les restrictions dues à la pandémie.

Pour ne rien arranger, ONFR+ apprenait récemment l’inquiétude de plusieurs enseignants à l’Université d’Ottawa concernant la récente réforme des bourses d’admission pour les programmes de maitrise et de doctorat. Un changement de cap vers l’international pour l’institution bilingue lequel pourrait contribuer à affaiblir à court et moyen terme la présence francophone sur le campus.

Entre les lignes, on comprend toutefois que cet enjeu reste secondaire pour beaucoup de professeurs, tant la polémique de l’automne sur l’utilisation du « mot en n », est révélatrice d’une crise idéologique plus profonde sur les thèmes du racisme et de la liberté académique, laquelle continue de diviser le corps enseignant.

Le rôle (ou pas) de la pandémie

Mais toutes les institutions universitaires n’ont pas les mêmes armes contre la pandémie, et les nouvelles réalités qu’elle impose.

Disposant pour la promotion et le recrutement de ressources financières et d’un prestige inférieurs aux gros mastodontes universitaires comme les Universités de Toronto ou McMaster, les campus de taille moyenne comme la Laurentienne, ou nouveaux comme l’UOF, sont désavantagés pour cibler cette nouvelle « clientèle  virtuelle », éparpillée derrière des écrans, et non sur un territoire géographique délimité.

Les inscriptions pour 2020-2021 ont baissé de 2,5 % à l’Université Laurentienne, alors que celles-ci sont restées stables pour l’Université d’Ottawa.

Cette diminution des revenus ne parvient pas à compenser les dépenses induites par le soutien additionnel aux étudiants, les technologies d’enseignement à distance et de télétravail, ou encore les mesures de santé et de sécurité.

Mais toutes les difficultés ne peuvent s’expliquer par la pandémie. Dans le cas de l’UOF, comme de la Laurentienne, certains défis structurels sont antérieurs à l’arrivée du coronavirus.

L’idée de fédérer les programmes en français

Toujours est-il que les difficultés des institutions postsecondaires ont relancé cette semaine le débat sur la possibilité de fédérer tous les programmes en français existants dans la province.

L’idée avait certes été balayée d’un revers de bras par le précédent gouvernement libéral provincial au moment de mettre sur pied l’UOF. Si on ne peut souhaiter que le succès de l’université franco-torontoise, cette union des différents programmes dans un futur proche ou lointain n’a rien d’une utopie.

En garantissant dans un premier temps la pérennité des programmes en français existants en Ontario, les directions des universités feraient un grand pas.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 6 février 

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