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Mélina Leroux, nouvelle tête d’affiche de la FESFO

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

OTTAWA – On connaissait la présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), Lydia Philippe. Dorénavant, il y aura un nouveau visage féminin en haut de l’organisme regroupant plus de 25 000 jeunes franco-ontariens. La nouvelle directrice générale nommée lundi, Mélina Leroux, et originaire de Rockland dans l’Est ontarien, entend bien donner une nouvelle impulsion à la FESFO. Une Fédération qu’elle connaît très bien pour l’avoir fréquentée, il y a dix ans…

« Vous avez fait le saut du Commissariat aux services en français où vous étiez employée depuis 2016 à titre d’agente de communication pour rejoindre la FESFO, pourquoi donc ?

Dans le fond, j’ai obtenu un poste de directrice générale adjointe en février juste avant d’être directrice générale [elle succède à Michel Menezes]. C’est un défi dans une différente branche des communications, et qui me permet de revenir proche de chez moi [les bureaux de la FESFO se situent à Ottawa]. J’habite à Ottawa, ma famille est proche, j’avais un réseau d’amis ici…

Qu’est-ce qui change dans ces deux travaux ?

Dans mon nouveau travail à la FESFO, ce sont beaucoup plus que les communications. Il y a aussi la gestion des ressources humaines, une vision stratégique avec les jeunes, un réseautage à faire pour que la Fédération soit visible.

Parmi les choses quotidiennes de ce travail, il faut appuyer l’équipe dans la préparation des Jeux franco-ontariens, faire des suivis de subventions et de partenariats. S’assurer qu’on ait des sous. Je dois aussi travailler avec notre conseil jeunesse provincial pour faire des suivis.

Les Jeux franco-ontariens auront lieu le mois prochain à lÉcole secondaire Hanmer, dans le Grand Sudbury. On suppose que vous êtes dans les derniers préparatifs.

C’est un projet que l’on travaille sur un an. On est présentement dans la période d’inscription. Ce ne sont pas toujours des choses nouvelles que l’on va proposer, mais c’est à saveur locale. L’école nous offre une ambiance différente à chaque année. La programmation est toujours semblable, mais chaque volet apporte toujours quelque chose de nouveau, que ce soit en musique ou en arts.

Les élèves défilent lors des Jeux franco-ontariens à Rockland en 2010. Gracieuseté : FESFO

Est-ce que les priorités des élèves du secondaire changent au fur et à mesure des années ?

Les priorités des jeunes évoluent avec le temps, bien que la FESFO ait toujours la même mission. Dans le fond, ça change selon les besoins. Avant, il y a quelques années, on parlait beaucoup de la création des radios étudiantes. Aujourd’hui, le défi serait plus l’inclusion des différents groupes.

Qu’est-ce que vous voulez apporter justement à titre de nouvelle directrice générale ?

D’abord, je veux m’asseoir avec les jeunes, revoir les ateliers, voir si c’est adapté aux besoins qui sont là. En d’autres mots, savoir ce qu’est la FESFO, et comment on va faire les choses. Il y a des projets comme un comité pour commencer une troupe d’improvisation, ou l’aide pour la création de forums en ligne, lesquels sont moins pertinents qu’il y a dix ans. Ça fait quelques années que nous n’avons pas consulté les jeunes sur ces enjeux. La technologie et les réalités sont différentes aujourd’hui.

On représente un groupe jeunesse, l’expertise appartient à la jeunesse. Tout ce qui est fait par la FESFO, c’est par et pour les jeunes, on est juste des gens qui exécutons cette vision-là. Nous ne laissons pas la place aux adultes ! On pense souvent que les élèves sont consultés, mais certains groupes ne considèrent pas leur expérience.

Quels sont les défis en 2019 pour un jeune franco-ontarien ?

Le défi par rapport à l’insécurité linguistique est grand. C’est un méga gros défi. Souvent, on sous-estime l’expertise que les jeunes ont sur le sujet. Souvent, des anglicismes à l’école sont utilisés, et leurs enseignants les reprennent. C’est en fait la façon dont on les reprend qui ne va pas. On devrait dire : « Si tu devais redire ce mot-là, comment tu le redirais ? ». Ça permettrait de travailler leur traduction. Ce n’est pas parce qu’on est dans un environnement américanisé qu’on doit oublier tout le reste !

On parle beaucoup plus de l’insécurité linguistique aujourd’hui qu’il y a dix ans par exemple, pourquoi ?

Beaucoup de choses se passent sur les médias sociaux. Les communautés francophones ont beaucoup plus d’influence. Il y a un mélange de plein de choses qui sont arrivées en même temps ! Beaucoup de jeunes ne se sentent pas inclus dans leur école. C’est moins tabou de parler de l’insécurité linguistique aujourd’hui qu’il y a dix ans !

Le projet de l’Université de l’Ontario français (UOF), on y pense toujours ?

Ça reste un sujet de discussion et de préoccupation. Il y a des choses qui peuvent être inquiétantes, par rapport à l’UOF, comme modifier et adapter les cours. Cela demeure super important pour nous la FESFO de pousser le dossier !

Vous êtes diplômée de l’Université d’Ottawa avec un baccalauréat en Sciences sociales. Comment était l’expérience de vivre en français sur le campus de l’Université d’Ottawa ?

(Hésitation). Je ne sais pas si je trouvais ça moins pire que les autres. J’ai trouvé tous mes cours en français, mais à d’autres moments, l’offre de cours était plus limitée. Je n’ai pas vécu ce que d’autres ont vécu dans d’autres campus. Pour moi, l’enjeu était plus concernant l’environnement universitaire en français. C’était là beaucoup plus difficile, car il n’y avait qu’un seul club francophone par exemple, et ça ne correspondait pas à mon horaire.

Vous avez quitté le Commissariat aux services en français trois mois après la suppression du poste de François Boileau et les tourments dus à cette décision, est-ce un hasard ?

Oui et non. Il y avait une belle opportunité qui se présentait à la FESFO, à Ottawa. Disons que ce qui est arrivé au Commissariat a pris 2 à 3 % dans ma décision.

Quelle expérience allez-vous conserver de ces deux ans et demi de travail au Commissariat aux services en français ?

(Rires). J’ai développé un professionnalisme au-dessus de ce que je pouvais. Me Boileau est exceptionnel, et prend le temps de bien faire avec les choses. Il n’y avait pas de choses rushées et pas bien faites.

Être un tiers parti dans la vie politique, de voir le tout avec un recul, ça m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Par exemple, juste toute la question du déploiement pendant les dernières élections provinciales, c’était extraordinaire. Nous avions une entente avec Elections Ontario pour que les gens puissent faire des plaintes, concernant les services. J’ai aimé connaître ce jeu de coulisses, auquel le public n’a pas accès.

Racontez-nous un peu la journée du 15 novembre dans les bureaux du Commissariat, celle du fameux énoncé économique pendant lequel a été annoncée l’abolition du poste de François Boileau ?

C’était une journée très lourde en émotion. On était tous en forme, puis on a commencé à voir ce qui se passait sur les médias sociaux, et on a appris le plus gros de la nouvelle. On a de là perdu nos souffles, nos voix… Après, on a lu que tous les employés allaient être transférés, personne n’allait perdre son emploi. Ça nous avait tous rassurés. Pour François Boileau, c’était un poids de moins.

En 2009, alors que vous n’aviez que 18 ans, Denis Gratton du journal Le Droit écrivait une chronique à votre sujet intitulée Mélina Leroux, un jour première ministre ? « Retenez ce nom. Parce que cette fille de 18 ans de Rockland pourrait bien devenir un jour la première femme (après Kim Campbell) à être élue première ministre du Canada ». Avait-il raison ? Allez-vous vous lancer en politique ?

(Rires). Peut-être un jour. J’apprécie vraiment le communautaire. Peut être dans 20 ou 30 ans, je vais me rendre en politique. Mais avant tout, j’ai des choses à accomplir à la Fédération.

Dernière question, vous considérez-vous plus francophone ou bilingue ?

Cette fierté francophone, je la continue ! Le bilinguisme vient avec. C’est important de se définir comme une fière francophone. Parfois ça arrive qu’il y ait une conversation en anglais, je le fais, ça ne me dérange pas. J’ai élevé mon chien en français, et je l’entraînerai toujours en français ! »


LES DATES-CLÉS DE MÉLINA LEROUX :

1991 : Naissance à Ottawa

2009 : Dernière année à l’École secondaire catholique L’Escale de Rockland

2013 : Diplômée de l’Université d’Ottawa (Baccalauréat en Sciences sociales)

2016 : Commence à travailler au Commissariat aux services en français

2019 : Nommée directrice générale de la FESFO

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