Société

Michel Dignard (UFCO) : « Des prix trop bas, des récoltes trop faibles »

Michel Dignard est vice-président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UFCO) et producteur agricole à Embun dans l’Est ontarien.

La rareté des précipitations a affecté les agriculteurs de l’Est ontarien, entraînant une chute de près de 50 % des récoltes de soya et accentuant la fragilité économique des fermes franco-ontariennes.

Faute de revenus suffisants, cette conjoncture met en péril la capacité des fermes à investir et à planifier l’avenir.

«  Comment se portent les agriculteurs dans l’Est ontarien?

Les producteurs sont déçus. La récolte de soya est environ 45 % plus basse que d’habitude, faute de pluie en août. Ce n’est pas bon signe. Pour le maïs, on garde encore un certain optimisme, mais du côté laitier, il y a beaucoup d’inquiétudes.

Quelles sont ces inquiétudes du côté laitier?

C’est lié aux négociations commerciales. Le gouvernement canadien a déjà accordé une part de marché supplémentaire aux États-Unis dans le cadre de l’ACEUM. Mais là, on entend dire qu’Ottawa pourrait rouvrir la porte à encore plus de produits laitiers américains sur nos tablettes. Offrir de nouvelles concessions alors qu’une loi protège la gestion de l’offre n’a pas d’allure. Même si rien n’est encore décidé, le simple fait d’en discuter inquiète fortement nos producteurs.

Malgré tout, l’automne se déroule bien?

Oui, l’automne est très beau. Les conditions sont idéales pour la récolte du soya, qui est en cours. Mais globalement, c’est une saison difficile. Le manque de pluie en août a réduit les rendements, et cela aura un impact direct : les projets d’investissement des fermes seront reportés, faute de revenus suffisants.

Michel Dignard, vice-président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, déplore une saison marquée par la sécheresse et la baisse des prix agricoles. Photo : Mickaël Laviolle/ONFR

Qu’en est-il des prix du maïs et du soya?

Ils sont plus bas que d’habitude. Même si nos récoltes sont faibles, les prix se fixent à Chicago, et aux États-Unis, les récoltes de maïs et de soya sont excellentes. Ça fait pression sur les prix. Résultat : on récolte moins, et l’on vend moins cher. Ce n’est vraiment pas un bon mélange.

Est-ce que les tarifs douaniers vous affectent aussi?

Oui, énormément. Les tarifs sur l’acier ont fait doubler le prix des pièces de machineries agricoles en un an. Avant, on envoyait du fer aux États-Unis et l’on recevait des pièces; maintenant, il y a des tarifs dans les deux sens. Ça complique la vie des agriculteurs. On achète le strict minimum de pièces et l’on espère que les gouvernements vont régler ce problème, car aujourd’hui, il n’y a rien de bon pour les producteurs canadiens.

Existe-t-il un soutien gouvernemental?

Non. Du côté du gouvernement (fédéral), c’est 0 % d’aide pour l’Est ontarien actuellement. La seule option, c’est l’assurance récolte, qui compense un peu quand les rendements sont trop bas. Mais ça couvre seulement les dépenses de l’année; ça n’apporte pas de marge pour investir.

Quel rôle joue l’UFCO dans ce contexte?

Nous n’avons pas de programmes financiers directs, mais nous orientons les producteurs vers les ressources disponibles, que ce soit en matière d’assurance ou de soutien psychologique. Nous venons aussi d’organiser une soirée de la relève agricole : 4 bourses de 1000 $ et une bourse de 6000 $ ont été attribuées à de jeunes agriculteurs. Plus de 90 personnes étaient présentes. Par ailleurs, l’Union est en bonne santé et continue de représenter les agriculteurs francophones partout en Ontario. »