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Mobilisation à Earlton après la fermeture de l’épicerie

Le Grocery King à Earlton.

EARLTON – Vendredi dernier, suite à des problèmes financiers, le Grocery King a fermé ses portes dans la municipalité d’Earlton. Du fait, le village de 1 200 habitants à majorité francophone du canton d’Armstrong, le long de l’autoroute 11 entre North Bay et Timmins, s’est retrouvé sans marché alimentaire. 

DIDIER PILON
dpilon@tfo.org | @DidierPilonONFR

La municipalité considère se réapproprier l’édifice afin d’en faire une coopérative alimentaire à l’image de celle de Moonbeam, qui a connu un certain succès lors des dernières années. Une consultation publique sera organisée par le Conseil de la coopération de l’Ontario (CCO), l’Earlton Grocery King, le Canton d’Armstrong, la Coopérative de Moonbeam et la Caisse populaire Desjardins le 27 juin, au centre communautaire d’Earlton.

Le Walmart le plus près se trouve à Temiskaming Shores, à 25 km d’Earlton, soit à 20 minutes de route. L’Independant Grocer est encore plus loin, à 30 kilomètres. Toutefois, bien des gens de la petite municipalité sont bien habitués à voyager ces distances.

«Les gens d’Earlton travaillent principalement dans la région de Temiskaming Shores, donc ils font leur épicerie en rentrant à la maison», suggère Dènik Dorval, agent de développement du Nord du Conseil de la coopération de l’Ontario.

Robert Éthier, maire de la municipalité du canton d’Armstrong, nuance cependant cette position.

«Il y a certainement beaucoup de gens qui vont travailler à l’extérieur, mais qui se cherche un petit village pour y demeurer et se bâtir une famille. Mais nous avons aussi des entreprises ici à Earlton. Nous avons Nor-Arc, un fabricant d’acier qui embauche entre 125 et 200 employés. Nous avons aussi un très gros magasin de matériaux de construction, l’Earlton Timber Mart, qui attire des gens jusqu’à Kapuskasing. Donc il y a quand même bien des gens qui vivent ici et travaillent ici.»

 

Les personnes âgées absorbent le choc

Les personnes âgées se voient particulièrement affectées par cette fermeture.

«L’ancien propriétaire du Grocery King offrait la livraison à domicile pour les personnes qui n’ont pas d’automobile, surtout les personnes âgées qui ne peuvent plus conduire», explique le maire.

S’il existe un service de transport public d’Earlton à Temiskaming Shores, M. Éthier ne croit toutefois pas que ce soit une solution viable.

«Beaucoup de ces personnes ont bien de la difficulté à se mouvoir. Elles vivent habituellement seules, dans des appartements pour personnes âgées. J’imagine que pour bien des gens, leur famille ira faire leurs emplettes. Mais je sais aussi qu’il y a plusieurs personnes qui ont passé leur vie à Earlton, mais que leurs enfants ont quitté le village. Ce sera plus difficile pour ces gens.»

 

Le village tout entier est affecté

Ce n’est pas la première fois que la municipalité se retrouve sans magasin d’alimentation. Il y a près d’une dizaine d’années, le Foodland avait fermé ses portes pendant plusieurs mois.

«Un magasin d’aliments, c’est primordial pour garder les gens ici», souligne le maire. «Dans les six mois que le magasin était fermé, le marché immobilier a pris un coup. Il n’y avait presque pas de maisons qui se vendaient. Mais depuis, c’est tout le contraire. Alors que les personnes âgées délaissent leurs maisons pour emménager dans des appartements d’accueil, ce sont de jeunes couples maintenant qui les achètent. Le nombre d’enfants à nos écoles augmente. Juste dans les deux dernières années, j’ai coupé sept rubans pour des ouvertures de magasin. Il n’y a pas beaucoup d’édifices commerciaux vides à Earlton.»

Selon M. Dorval, le magasin d’aliment est essentiel à la vitalité de la municipalité.

«Aussitôt qu’on perd une épicerie dans une communauté, on commence à perdre tous les autres services essentiels. La valeur des maisons descend grandement et ça fait très mal à la communauté.»

Selon le témoignage du maire, le Grocery King avait une douzaine d’employés, ce qui représente 1 % de la population du village.

 

Vers une coopérative

«C’est l’occasion de commencer à nouveau avec un modèle d’opération qui est appartenu par et pour la communauté de Earlton», suggère Dènik Dorval. «Plutôt que d’avoir une personne qui prend le fardeau financier, si les gens d’Earlton deviennent copropriétaires, ils seront inspirés d’acheter là, et comprendront mieux que l’argent qui est investi dans la communauté revient à la communauté.»

Le maire appuie le projet et croit à son succès. Il demeure toutefois prudent.

«On a une plus grosse population que Moonbeam, donc on a le potentiel», souligne M. Éthier. «Mais avant la consultation du 27, c’est difficile à dire s’il y aura l’intérêt public nécessaire.»

Des démarches similaires avaient été entreprises à Val-Rita, mais n’ont su porter leurs fruits. M. Éthier souligne néanmoins que la situation d’Earlton est différente.

«Val-Rita est encore plus proche de Kapuskasing que nous sommes de Temiskaming Shores. Les gens là n’ont pas voulu participer au projet parce qu’ils se sont dit que ce n’était pas difficile se de rendre à Kapuskasing. Ici, il faudra voir.»

 

Un an à venir sans épicerie

Même si la communauté embarque dans le projet, Earlton risque de demeurer un désert alimentaire pour plusieurs mois.

«Il ne faut pas s’attendre à ce que ça se fasse immédiatement non plus», avertit le maire. «Ça peut prendre six mois à un an avant que ça se réalise.»

En attendant, la population devra compter sur leur voiture, leur famille, le transport collectif et le dépanneur local.

«Quand le magasin d’alimentation avait fermé pour la premièrement fois», explique M. Éthier, «le dépanneur avait alors stocké plus d’aliments sur ses tablettes. Il n’avait pas vraiment de fruits et légumes, à l’exception des patates, mais il y avait du pain, du lait et des aliments non périssables. Donc les gens pouvaient y trouver l’essentiel.»

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Didier Pilon
dpilon@tfo.org

Originaire de Rockland, Didier Pilon baigne depuis longtemps dans la vie culturelle et communautaire de l’Ontario français. Il est diplômé d’une maîtrise en philosophie politique de l’Université d’Ottawa, où il s’est initié au journalisme au journal indépendant La Rotonde. Il a aussi collaboré avec de nombreux journaux et blogues culturels avant de se joindre à l'équipe d'#ONfr en 2017 pour poursuivre sa passion, l’actualité politique.