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Mulroney a un «très faible» bilan jusqu’à maintenant, selon l’opposition

Caroline Mulroney a pris la parole à l'occasion du congrès du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

TORONTO – Alors que la session parlementaire se termine à Queen’s Park, c’est l’heure des premiers bilans pour cette première portion du mandat de Caroline Mulroney à titre de ministre des Affaires francophones. Refusant de répondre aux questions des médias, la ministre Mulroney a donné tout le plancher à l’opposition qui a torpillé le gouvernement en matière de francophonie.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Faible, très faible»: le critique néo-démocrate en matière de francophonie, Guy Bourgouin, affirme que Caroline Mulroney n’a pas joué son rôle de ministre des Affaires francophones au cours des derniers mois. «On s’attendait à ce qu’elle se tienne debout devant le premier ministre. Qu’elle dise, c’est pas correct, c’est pas la bonne chose», renchérit-il.

Pour le député de la circonscription à majorité francophone de Mushkegowuk-Baie James, le gouvernement se trompe s’il croit que la mobilisation va s’épuiser. «14 000 personnes qui se déplacent, il me semble que c’est un message clair. Si le gouvernement pense qu’en ajournant la chambre, ça va empêcher les francophones de crier sur toutes les tribunes, il se trompe. Moi, je ne m’en vais pas comme critique francophone. J’ai l’intention d’être encore plus agressif», affirme M. Bourgouin.

Des manifestantes franco-ontariennes devant le Collège français. Archives #ONfr

Marie-France Lalonde, députée libérale d’Orléans, affirme que l’automne a été très faible en annonces francophones, outre les coupures du 15 novembre. Pourtant, affirme-t-elle, les dossiers prioritaires sont nombreux. «Elle a le renouveau du processus de désignation qu’on lui a donné, elle a l’Organisation internationale de la Francophonie, elle a la refonte de la Loi sur les services en français qu’elle peut chapeauter, elle a l’Université de l’Ontario français, il y a l’éducation primaire et secondaire, l’immigration francophone,… la variable linguistique entre la santé et le ministère des services gouvernementaux, tout est là, prêt à être annoncé», affirme l’ancienne ministre des Affaires francophones, également critique en matière d’Affaires francophones pour son parti.

#ONfr souhaitait obtenir les commentaires de Caroline Mulroney sur ses six premiers mois comme responsable des dossiers francophones à Queen’s Park. Cependant, elle a quitté la chambre pour un rendez-vous privé. Son attachée de presse a refusé de dire si la ministre serait éventuellement disponible pour répondre aux questions des médias. La veille, les médias n’avaient pas pu non plus interroger la ministre.

 

Le directeur des communications de Caroline Mulroney réplique

Le directeur des communications de Caroline Mulroney, Jesse Robichaud, a fait parvenir une réponse aux questions d’#ONfr, en soirée jeudi.

«La ministre Mulroney entend continuer ses efforts pour appuyer le travail de ses ministres-collègues visant à protéger et à améliorer les services en français de première ligne en matière d’éducation, de santé, d’accès à la justice et d’immigration francophone», écrit-il d’entrée de jeu, après les attaques des partis d’opposition.

Suite au retrait du financement pour l’Université de l’Ontario français, Caroline Mulroney affirme vouloir mieux financer les programmes postsecondaires existants. «Au cours des prochains mois, la ministre travaillera en étroite collaboration avec ses collègues afin de: soutenir et améliorer les programmes d’enseignement postsecondaire en français existants afin de répondre aux besoins des étudiants francophones et du milieu des affaires de l’Ontario dans un marché du travail en pleine évolution», écrit Jesse Robichaud.

D’autres priorités sont évoquées: «la ministre a également demandé au ministère des Affaires francophones de poursuivre son travail afin de rendre le processus de désignation des organismes gouvernementaux plus simple et efficace.; augmenter le nombre de lits dans les hôpitaux et les établissements de soins de longue durée afin de répondre à la demande croissante de services de santé au sein d’une population plus âgée et plus nombreuse, incluant les francophones de la province», écrit-il, ajoutant également le sujet de l’immigration francophone.

Il affirme que la ministre poursuivra sa tournée des entrepreneurs francophones au printemps. «Mme Mulroney souhaite s’assurer que les collectivités francophones puissent s’appuyer sur de solides assises économiques nécessaires pour que les francophones de l’Ontario continuent de contribuer pleinement à la diversité et à la prospérité économique de la province», affirme-t-il.

Jesse Robichaud est Acadien, il a déjà été rédacteur en chef du journal étudiant de l’Université de Moncton, Le Front, après des études en journalisme. Puis, il a travaillé pour le gouvernement conservateur de David Alward au Nouveau-Brunswick, avant de faire le saut dans une firme de lobbying.

 

Le mandat de Caroline Mulroney en cinq temps

La journée des Franco-Ontariens

«C’est un nouveau jour pour les francophones de l’Ontario. Un jour prospère», a lancé Caroline Mulroney, à Queen’s Park, lors d’un discours le 25 septembre. Le même jour, elle dévoilait le monument des Franco-Ontariens sur les terrains de Queen’s Park assurant que le projet universitaire francophone irait de l’avant. Dans les rangs francophones, l’enthousiasme était palpable, la ministre semblait au diapason avec les demandes de la communauté.

 

Les coupes francophones

Le 15 novembre 2018 demeurera pour plusieurs le «Jeudi noir de l’Ontario français». Depuis cette date fatidique qui a provoqué une levée de boucliers dans toute la francophonie canadienne, la ministre Mulroney est demeurée ferme sur ses positions. «Malheureusement, pour l’instant nous ne pouvons pas aller de l’avant, car nous n’avons pas l’argent», dira-t-elle sur le cas de l’Université de l’Ontario français. Concernant le Commissariat aux services en français, elle défendra bec et ongle son intégration au sein du bureau de l’ombudsman et les changements proposés par le gouvernement Ford pour calmer la communauté, sans succès.

 

Nouveau campus pour Boréal

La seule annonce publique du gouvernement en matière de francophonie a concerné la construction des nouveaux locaux torontois du Collège Boréal.

L’annonce de la construction du nouveau campus du Collège Boréal. Archives #ONfr

Le gouvernement a alors annoncé 15 millions de dollars d’investissement pour le projet. Si les fonds avaient déjà été annoncés par le gouvernement libéral, ils ont cependant été reconduits par celui de Doug Ford.

 

Tournée des entrepreneurs: pas de nouvelles

Une tournée des entrepreneurs francophones a aussi eu lieu, mais les conclusions de ces consultations n’ont jamais été envoyées aux médias. Il n’est pas clair si un programme spécifique aux entreprises francophones est prévu ou si les mesures annoncées dans l’cnoncé économique de l’automne à l’intention de l’ensemble des entreprises ontariennes constituent l’aboutissement de cet exercice. Des consultations francophones devaient se dérouler à Toronto pendant l’automne. Elles n’ont semble-t-il jamais eu lieu.

 

Pas d’entrevues en profondeur depuis le 25 septembre

Depuis la journée des Franco-Ontariens, le 25 septembre, Caroline Mulroney n’a pas accordé de réelle entrevue en profondeur sur les enjeux francophones. La ministre n’aura donc jamais accepté d’expliquer en détail les coupes francophones, pas plus que son plan pour la francophonie. Ses présences médiatiques se sont limitées aux mêlées de presse quotidiennes de Queen’s Park, un contexte qui laisse peu de place à l’approfondissement des dossiers.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.