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Mulroney absente de la Conférence ministérielle sur la francophonie

Temps de lecture : 4 minutes

IQALUIT – Pour la deuxième année consécutive, la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, sera absente de la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne qui se tient, cette année, à Iqaluit.

Les ministres responsables de la francophonie dans leurs provinces et territoires respectifs se retrouvent à partir de demain, et ce jusqu’à vendredi, pour participer au seul forum intergouvernemental consacré à la francophonie canadienne. Un forum, créé en 1994, pour « partager des pratiques exemplaires et des échanges relatifs aux champs d’action importants pour les francophones ». Mais comme l’an dernier à Whitehorse, ces échanges auront lieu sans la ministre ontarienne responsable du dossier.

« La ministre Mulroney s’est vu confier de nouvelles responsabilités en tant que nouvelle ministre des Transports de l’Ontario. À ce titre, elle doit être à Toronto pour des réunions imprévues et ne pourra malheureusement pas assister à la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne au Nunavut », explique le bureau de la ministre.

La politologue au Collège militaire royal du Canada, à Kingston, Stéphanie Chouinard, insiste sur l’importance de ce genre de rencontres.

« De l’extérieur, on peut penser qu’il ne s’y passe pas grand-chose, mais souvent le travail est fait en amont par les fonctionnaires et les ministres et la Conférence sert à entériner des décisions. Ça permet aussi de rencontrer ses homologues et de tisser des liens. »

Une insulte, pour la députée Lalonde

Jointe par ONFR+, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) n’a pas souhaité se prononcer sur l’absence de Mme Mulroney autour de la table. En revanche, l’ancienne ministre des Affaires francophones, aujourd’hui porte-parole pour le Parti libéral de l’Ontario dans ce dossier, Marie-France Lalonde, ne peut cacher sa déception.


« C’est une insulte et un affront à tous les francophones et francophiles de la province » – Marie-France Lalonde, députée libérale


« L’Ontario est la province qui compte le plus de francophones hors Québec. Quel message cela envoie ? Je pouvais admettre, l’an dernier, que Mme Mulroney ne se sente pas prête, car elle venait d’être nommée, mais pas cette fois. Ce n’est pas justifié ! Comme je le dis toujours, Mme Mulroney doit devenir ministre des Affaires francophones et commencer à s’affirmer pour défendre l’intérêt des Franco-Ontariens ! »

« L’an dernier, elle venait d’être nommée et le premier ministre Ford avait annoncé sa volonté de couper drastiquement dans le budget de déplacement. Cette année, la conférence tombe encore dans un moment difficile, tout juste après un grand remaniement qui a touché Mme Mulroney également [Mme Mulroney a perdu le portefeuille de la justice aux dépens du dossier des transports]. Le gouvernement est en gestion de crise depuis le départ de son chef de cabinet Dean French et doit se réunir en urgence. »

Délégation ontarienne

L’équipe de Mme Mulroney précise que l’Ontario sera représenté par une délégation, menée par la conseillère du premier ministre en matière d’affaires francophones, Marilissa Gosselin, « qui informera la ministre Mulroney tout au long de la conférence ».

« Mme Gosselin n’est pas une élue et il est certain que ce serait préférable que la ministre soit autour de la table, mais elle connaît bien les dossiers et on peut penser qu’elle saura bien représenter les enjeux et les intérêts de la francophonie ontarienne », estime la politologue du Collège militaire royal du Canada, à Kingston.

La députée libérale d’Orléans, Marie-France Lalonde. Archives ONFR+

Pour Mme Lalonde, qui a participé à deux éditions de cette conférence en 2016 et 2017, l’absence de la ministre aura de lourdes conséquences.

« Le matin, il y a un rendez-vous qui est prévu à huis clos auquel participent seulement les ministres. Ni Mme Gosselin ni les fonctionnaires ne pourront y assister. C’est un endroit où on peut discuter d’enjeux importants et de stratégies avec le gouvernement fédéral. Il y a quelques années, on avait notamment parlé de la pénurie des enseignants de langue française et ça s’est ensuite retrouvé dans le Plan d’action pour les langues officielles ! »

Les priorités de l’Ontario

Reste que l’occasion était belle alors que le gouvernement ontarien a ouvert la porte, plus tôt cette semaine, à des discussions avec le fédéral pour le financement de l’Université de l’Ontario français (UOF). La Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne aurait pu fournir une première tribune pour que Mme Mulroney puisse s’entretenir avec la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly. D’autant que les deux ministres ne se sont toujours pas rencontrées officiellement depuis la victoire progressiste-conservatrice de juin 2018, en Ontario.

« Mais je ne pense pas qu’il faille s’en inquiéter », tempère Mme Chouinard. « Maintenant que la porte est ouverte, il sera difficile de revenir en arrière et il est sans doute mieux que les deux ministres se rencontrent seules. »

Si le dossier de l’UOF n’est d’ailleurs pas évoqué par le bureau de la ministre Mulroney, celui-ci précise les points qu’apportera à la table la délégation ontarienne.

« Nous allons discuter avec le gouvernement fédéral au sujet de sa responsabilité d’investir davantage dans la francophonie ontarienne, que ce soit pour la prestation des services en français ou dans le domaine de l’éducation. Nous nous attendons à des conversations qui seront fructueuses pour les francophones de l’Ontario. »

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