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Mulroney et Ford devront faire plus que l’UOF, estiment des politologues

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Si le dossier de l’Université de l’Ontario français (UOF) est désormais réglé, avec la signature de l’entente fédérale-provinciale sur le financement de démarrage de l’institution mercredi, la partie n’est pas gagnée pour le gouvernement Ford et sa ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, pour regagner la confiance des Franco-Ontariens, soutiennent des politologues interrogés par ONFR+.

Qui sort gagnant de cette partie de ping-pong entamée après la crise de l’automne 2018 en Ontario français au sujet de l’UOF ? Pour Geneviève Tellier, politologue de l’Université d’Ottawa, c’est avant tout à la communauté franco-ontarienne.

« En se mobilisant sur le plan politique et en ne lâchant pas le morceau, la communauté franco-ontarienne a réussi à voir le dossier de l’université aboutir beaucoup plus rapidement qu’on aurait pu le craindre. »

Un avis que partage Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal du Canada.

« La persistance de la communauté franco-ontarienne a porté ses fruits. Là où, ces dernières années, il avait fallu en passer par les tribunaux dans plusieurs dossiers, la voie politique a permis de débloquer celui de l’université. »

Et c’est d’ailleurs cette mobilisation qui restera selon Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster.

« Les gens retiendront que la mobilisation a permis de réparer les dégâts. »

Avantage Joly

Le dossier de l’UOF a aussi permis à la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, de reprendre des couleurs sur le plan politique. Rétrogradée en juillet 2018, entre autres à cause de sa gestion du dossier Netflix lorsqu’elle était ministre du Patrimoine canadien, Mme Joly a su saisir l’opportunité.

« La palme lui revient, car si le fédéral n’avait pas embarqué, on en serait sans doute encore à la case départ. Mme Joly a longtemps tendu la main à l’Ontario, elle a pris des risques dans un dossier devenu très partisan. Elle aurait pu se contenter de faire pression, sans promettre du financement, en rappelant que l’éducation est une compétence provinciale. »

La ministre du Développement économique et des Langues officielles Mélanie Joly. Archives ONFR+

Si certains lui ont justement reproché d’avoir trop politisé le dossier, Mme Joly en est sortie gagnante, juge Mme Tellier.

« Elle a très bien géré ce dossier, alors qu’elle avait été assez laborieuse sur d’autres auparavant. Elle a adopté le bon ton, combatif, ce que les gens espéraient. Elle a forcé le gouvernement ontarien à agir et a gagné des points politiques. »  

Mais la politologue de l’Université d’Ottawa comme sa collègue du Collège militaire royal du Canada abondent dans le même sens : l’UOF seule ne suffira pas.

« L’UOF est un enjeu localisé », rappelle Mme Chouinard. « Si elle veut vraiment marquer le dossier des langues officielles, sa fenêtre d’opportunité, c’est sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles, une Loi quasi constitutionnelle qui concerne tout le pays. »

Mulroney encore en probation

Mme Tellier se montre, en revanche, beaucoup plus critique quant au leadership de la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

« Elle n’a pas été proactive. On l’a sentie à la remorque, réagissant à la pression. Mais la conclusion de l’entente lui permet de limiter les dégâts, car ce dossier aurait pu la marquer si elle aspire à plus politiquement… »

Son silence lors des premiers jours de la crise de l’automne pèse encore lourd, juge Mme Chouinard.

« Elle a donné l’impression de manquer d’intérêt pour le dossier franco-ontarien. »

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney. Archives ONFR+

La déception suscitée par Mme Mulroney mettra du temps à se dissiper, estime M. Graefe.

« Les Franco-Ontariens se sont demandé et se demandent encore si elle est la bonne personne pour les défendre. Et de manière générale, cela a montré, comme sur d’autres sujets, son manque de maîtrise des dossiers. »

ONFR+ a voulu prendre le pouls des internautes en demandant hier, sur les médias sociaux, si la conclusion d’une entente sur l’UOF leur donnait davantage confiance en Mme Mulroney comme ministre des Affaires francophones. Au moment de publier cet article, sur 271 répondants, 74 % avaient répondu négativement sur Facebook, mais sur Twitter, ils étaient 73 % à avoir plus confiance en la ministre, sur 117 votes.

Un gain relatif pour le gouvernement Ford

Pour Mme Mulroney comme pour M. Ford, la partie ne fait que commencer s’ils veulent regagner le cœur des électeurs franco-ontariens, estime Mme Tellier.

« Les dommages sont faits et le Parti progressiste-conservateur a démontré qu’il n’est pas un allié naturel des Franco-Ontariens. Je pense que cela va prendre des années pour regagner la confiance de la communauté. »

À l’échelle provinciale, l’impact demeure toutefois minime, analyse M. Graefe.

« Ce dossier n’est pas très important pour les électeurs de M. Ford, mais la mobilisation renvoyait une mauvaise image de son gouvernement. Là, il pourra toujours dire, lors des prochaines élections, lorsqu’il sera attaqué par les libéraux et les néo-démocrates, qu’il n’a pas fait que couper au niveau postsecondaire, mais qu’il a créé une université. »

Quant à l’électorat franco-ontarien, le gouvernement Ford va devoir faire plus s’il veut le séduire, selon Mme Tellier.

« Le Parti libéral de l’Ontario a l’avantage dans ce dossier. M. Ford peut se servir de l’UOF pour adoucir son image, mais il va falloir qu’il soit à l’écoute, par exemple des demandes formulées par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario pour le prochain budget. »

Mme Chouinard rappelle que le dossier du Commissariat aux services en français indépendant n’est pas réglé et que les propos de la nouvelle ombudsman adjointe, Kelly Burke, inquiètent.

« Et même si le gouvernement parvient à recoller les morceaux, les brèches resteront apparentes. »

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