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Nouveau confinement : un sentiment de déjà-vu

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Le bout du tunnel est encore loin. Doug Ford l’a rappelé aux Ontariens ce jeudi en annonçant un nouveau confinement général. Une situation qui donne des airs de déjà-vu avec la «  mise sous cloche  » de l’ensemble de la province au printemps 2020, puis les restrictions de quelques semaines avec l’état d’urgence décrété début janvier.

Mais ce confinement sera plus light que les deux précédents  : les écoles sur l’ensemble du territoire restent ouvertes. Si les bars et restaurants sont fermés depuis samedi 0h01, les services religieux se feront pour Pâques, mais à seulement 15 % de leur capacité.

En d’autres mots, c’est l’ensemble des 14,5 millions d’Ontariens qui se voit maintenant en «  zone grise  », le niveau de couleurs le plus élevé parmi les cinq utilisées par le gouvernement pour matérialiser les restrictions en place.

La décision du gouvernement Ford va dans le bon sens. Elle est même inévitable au regard de la hausse vertigineuse des cas de variants. Jeudi, on en dénombrait 84 % parmi les nouvelles contaminations.

Pour ne rien arranger, la campagne de vaccination n’agit pas encore comme un bouclier face aux nouvelles contaminations. En dépit de 15 % de personnes vaccinées, la grande majorité des travailleurs de première ligne et les personnes à faibles revenus attendent.

Devant une situation se dégradant de jour ou jour, il fallait agir. D’autant que les congés de Pâques et ceux de la semaine de relâche offrent une possibilité de réunions familiales, synonymes d’accroissement des cas. Jeudi, l’Ontario a de nouveau franchi la barre des 2 500 nouvelles contaminations quotidiennes. Deux fois et demie plus que début mars.

Le momentum en question

Au-delà de la logique du confinement, une question persiste. Pourquoi seulement maintenant ? Beaucoup d’observateurs s’étaient étonnés de la rapidité du pouvoir ontarien à lever l’état d’urgence dès la mi-février, au moment même où les variants commençaient à débarquer en Ontario.

Ces nouvelles mesures sont un coup dur pour des milliers de restaurateurs et commerçants dont l’ouverture reste tributaire d’un dédale des restrictions sémantiques (les niveaux de couleurs, état d’urgence, lockdown, shutdown). Malgré l’empathie affichée, l’homme d’affaires Doug Ford peine à convaincre les forces économiques de ces multiples rebondissements.

Enfin, l’annonce deux jours avant la longue fin de semaine de Pâques donne coup de massue à plusieurs ontariens qui, éprouvés par 13 mois de pandémie, étaient galvanisés par le retour des beaux jours et la possibilité de profiter de ces congés de printemps à l’extérieur de leurs murs. L’annonce aurait pu être davantage anticipée.

Un confinement efficace ?

Les restrictions seront-elles suffisantes pour combattre la pandémie ? Beaucoup d’observateurs dénoncent des demi-mesures. D’autant que pour les régions les plus touchées comme Toronto et Peel (la moitié des infections dans la province), ce confinement ne change rien, hormis la fermeture des terrasses extérieures.

En ne sacrifiant pas les écoles, Doug Ford a choisi par ailleurs de ne pas se ranger derrière les experts de la Table scientifique provinciale prônant un strict confinement à la maison. Jusqu’à maintenant, la baisse des cas a toujours eu pour corrélation la fermeture des établissements.

Cette troisième vague contraint Doug Ford à une marge de manœuvre plus ténue que lors des deux précédentes. Au défi de trouver une ligne de crête entre les forces économiques et scientifiques, il y a dorénavant la fatigue psychologique, et des Ontariens de plus en déroutés. Il y a urgence que cela se termine.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 3 avril.

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