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Omission du français aux municipales de Calgary : un déni du poids des francophones selon l’ACFA

Temps de lecture : 4 minutes

CALGARY – L’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) a déposé une plainte, le 27 septembre, auprès d’Élections Calgary concernant la place accordée à la langue française dans le cadre des élections municipales de 2021. Selon l’organisme, la traduction du guide électoral dans dix langues différentes sauf le français, représente un déni du poids démographique des francophones au sein de la municipalité.

« Étant moi-même résidente de Calgary, j’ai été extrêmement surprise de recevoir un guide de l’élection dans lequel on retrouve une section traduite en dix langues différentes, mais pas en français. Plusieurs membres de notre communauté nous ont aussi contactés afin de se plaindre de cette situation. Nous tenons à saluer le fait qu’Élections Calgary ait voulu rejoindre diverses communautés culturelles dans le cadre de cet important exercice de citoyenneté. Cependant, nous déplorons le fait qu’Élections Calgary ait choisi de ne pas utiliser le français, qui est l’une des deux langues officielles du Canada », déclare la présidente de l’ACFA, Sheila Risbud.

D’après Élections Calgary, la Loi sur les élections des collectivités locales ne prescrit pas d’exigences linguistiques pour la conduite des élections municipales. Dès lors, la traduction du guide électoral est une initiative qui émane des efforts de la ville de mettre sur pied des processus électoraux inclusifs et équitables pour tous ces citoyens.

« Il s’agit de la première élection municipale dans laquelle Élections Calgary offre des traductions du guide électoral », explique le porte-parole d’Élections Calgary.

« La ville de Calgary travaille continuellement à rendre nos processus et pratiques plus inclusifs, justes, équitables et accessibles à tous. Les traductions du guide électoral ont commencé avec les dix (10) premières langues sur la base de la carte linguistique de Calgary qui montre le pourcentage de la population dans les quartiers, les communautés et les aires de diffusion de Calgary qui parlent une langue autre que l’anglais le plus souvent à la maison. »

La présidente de l’ACFA, Sheila Risbud. Gracieuseté

« L’omission de la langue française par Élections Calgary est choquante » – Sheila Risbud

Pour l’ACFA, la communauté francophone albertaine est une société plurielle qui reflète la nature multiculturelle du Canada. Ainsi, tout comme l’anglais, le français est une langue qui permet à de nombreuses personnes de s’intégrer à la société canadienne. La communauté francophone de l’Alberta est donc un partenaire de choix pour quiconque souhaite la pleine participation de tous les citoyens et citoyennes.

« L’omission de la langue française par Élections Calgary est choquante pour la francophonie albertaine, et particulièrement pour les Calgariens et Calgariennes d’expression française », souligne Sheila Risbud.

Un poids démographique à prendre en considération

D’après l’ACFA, si la ville de Calgary voulait créer des procédés électoraux plus inclusifs pour tous, il aurait fallu qu’elle prenne en compte le poids démographique des francophones dans la ville.

Selon le recensement de 2016, 23 050 résidents de Calgary ont le français comme langue maternelle et 90 575 ont la capacité de soutenir une conversation dans cette langue officielle. Parmi les Albertains ayant le français comme langue maternelle, notons que seulement 25  % d’entre eux sont nés en Alberta, alors que 50  % proviennent d’ailleurs au Canada et 24  % d’ailleurs dans le monde, principalement d’Afrique.

« C’est faux de penser que tous les francophones à Calgary parlent anglais. Compte tenu du nombre élevé de nouveaux arrivants qui, lors de leur arrivée, ne parle pas forcément l’anglais. À cela s’ajoute, les personnes qui nous viennent et qui ne maitrisent pas forcément l’anglais. Alors, tenir pour acquis que tout le monde est bilingue, c’est faux », ajoute Mme Risbud.

Près de 21 000 résidents de Calgary parlent français. Source : Calgary Economic Development

Pour l’organisme, il est nécessaire d’accentuer la collaboration entre Élections Calgary et les partenaires communautaires francophones. Cela va permettre de faciliter le processus électoral pour les votants francophones.

« Nous sommes ouverts à une collaboration avec la ville de Calgary pour les aider à mieux répondre aux besoins de notre communauté. Cela permettrait de donner de bons résultats, mais ultimement, peut-être qu’il faudrait repenser la loi sur les élections des collectivités locales », s’interroge-t-elle.

De son côté, Élection Calgary a réitéré son engagement à améliorer son processus électoral.

« Nous nous engageons à évaluer et à évaluer nos ressources électorales municipales afin d’assurer la tenue d’élections accessibles. Nous continuerons d’ajouter des traductions du Guide électoral dans d’autres langues, dont le français. Au fur et à mesure que des traductions supplémentaires seront disponibles dans les prochains jours, elles seront publiées sur electionscalgary.ca », assure Élections Calgary.

Les implications sur le vote francophone

« L’anglais pourrait représenter une barrière. Les gens ne sont pas très motivés à participer aux élections municipales alors c’est peut-être une chose supplémentaire qui va enlever le goût aux gens de s’engager », explique la présidente de l’ACFA.

Selon elle, la barrière linguistique risquerait de compliquer le processus d’intégration des immigrants et immigrantes au sein de la ville.

Pour pallier la situation, son organisation et le Conseil de développement économique de l’Alberta avaient lancé, en septembre, une campagne afin d’engager les Albertains et Albertaines d’expression française dans le cadre des élections municipales qui se tiendront le 18 octobre prochain.

« On a fait un partenariat avec le conseil de développement économique de l’Alberta pour donner l’information aux francophones en Alberta sur l’élection municipale, comment s’engager et comment poser des questions aux candidats pour connaître leur position vis-à-vis des enjeux francophones. Avec cela, on espère que cela va motiver les gens à vouloir participer », conclut-elle.

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