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« On a réalisé que des choses n’ont pas bien été faites » – Denis Laframboise

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Denis Laframboise est le président de la Société économique de l’Ontario (SÉO), une organisation qui s’est attachée les services de René C. Viau.

LE CONTEXTE :

La SÉO a démis de ses fonctions le directeur torontois, René C. Viau, sous le feu d’une enquête de Radio-Canada révélant son passif judiciaire et des activités d’entrepreneur exagérées.

L’ENJEU :

Subventionnée à près de 3,5 millions de dollars, la SÉO doit garder une image intègre auprès de ses bailleurs de fonds et de ses clients, alors que se profilent à l’horizon plusieurs projets économiques d’importance.

« Craigniez-vous que les relations de confiance instaurées auprès des bailleurs de fonds soient brisées ?

Non, je ne crois pas qu’il y ait d’impact majeur. On va rencontrer nos bailleurs de fonds dans les prochaines semaines. Ils nous ont renouvelé leur confiance. Notre bailleur de fonds principal, EDSC (Emploi et Développement social Canada), a bonifié son financement en début d’année après dix ans sans évolution.

Comment s’est faite la décision en interne ?

On s’est consulté au niveau de notre conseil exécutif, avec notre directeur général. On a vu que nos valeurs, notre code éthique et de déontologie n’avaient pas été respectés. La SÉO a pris la bonne décision dans ce contexte. 

Quelle erreur avez-vous commise dans ce recrutement ?

On a peut-être fait l’erreur de se fier trop à la notoriété de M. Viau. Il était membre de plusieurs conseils d’administration et très bien vu dans la communauté. On s’est dit à ce moment-là que c’était une personne qu’on voudrait à nos côtés, sans aller en profondeur pour vérifier ses antécédents.

Quels enseignements tirez-vous de cet épisode médiatique ?

On va modifier nos politiques et s’assurer que toutes les recherches – que ce soient sur les références, le juridique ou au niveau du bureau de crédit – démontrent que la personne qu’on embauche est intègre, sérieuse et a toutes les qualités pour la SÉO. Notre directeur général travaille là-dessus. Le conseil d’administration entérinera la nouvelle politique le 27 septembre.

Cela remet-il en cause la façon dont ont été recrutés les employés actuels ?

Ils ont été recrutés selon l’ancien modèle. Ces procédures sont périmées. Il faut les modifier en conséquences pour éviter ce genre de problème. Ceci dit, les employés en poste sont des employés de longue date dont on ne croit pas qu’ils soient « affectés », mais tout nouvel employé et membre du CA passera par ce processus.

Votre image dans la communauté est-elle ébréchée ?

Non, je ne pense pas. J’ai reçu beaucoup de messages d’appui de la part d’organismes avec lesquels on travaille. Ils nous disent qu’eux aussi ne sont pas l’abri de ce genre de choses, car ils n’ont pas les moyens de changer des politiques de recrutement désuètes.

Manquez-vous de moyens pour faire un bon recrutement ?

Les sociétés à but non lucratif n’ont pas toutes les ressources pour faire des recherches approfondies. À la SÉO, on a mis une certaine somme de côté pour modifier notre politique de manière permanente mais beaucoup d’organisations ne peuvent pas le faire. C’est aussi très difficile d’avoir des références, car les anciens employeurs ne veulent pas que les qualificatifs utilisés dans ces documents soient matière à poursuite judiciaire en cas de références défavorables.

Pourquoi les activités de la SÉO demeurent assez peu connues du grand public ?

Je dirais que c’est dû à un manque de promotion. Avec la venue d’un nouveau directeur général, on a complété notre équipe pour renforcer la communication et les relations gouvernementales. On accentue notre présence dans les communautés, on travaille avec les acteurs de l’immigration économique et on intensifie les contacts pour augmenter notre visibilité.

Votre proximité avec le Conseil de la coopération de l’Ontario (CCO) ne participe-t-elle pas à cette difficulté à vous identifier ?

Oui, jusqu’à un certain point, bien qu’on ait des mandats différents. Le CCO s’occupe d’économie sociale. Nous, c’est l’économie du privé. À ce sujet, on se prépare à une annonce importante, en octobre, par rapport à nos partenaires. On va signer de nouveaux partenariats pour s’assurer que le développement économique en Ontario passe par la SÉO et ses partenaires.

Sur quels projets précis travaillez-vous avec ces partenaires ?

Dans les mois à venir, la Chambre économique de l’Ontario fera partie des priorités, mais on a besoin de fonds pour faire une étude et mettre les choses en marche. D’autre part, un programme de 1,2 million de dollars va être annoncé pour développer l’économie au niveau de l’immigration et de l’emploi. On continue nos efforts pour aboutir à un incubateur-accélérateur d’entreprises. On est aussi en discussion avec la Caisse Desjardins pour mettre en place un système de micro-crédit afin de soutenir les entrepreneurs.

Avec un peu de recul, comment analysez-vous cette erreur de parcours avec le recrutement de M. Viau ?

Je ne vois pas ça comme un fardeau, mais plutôt comme une expérience de parcours. On n’est jamais infaillible. Il peut nous arriver des choses qu’on ne peut pas prévoir. Notre CA a confiance en notre direction générale. On apprend de ce qu’on fait. On a réalisé que des choses n’ont pas bien été faites. On va changer nos procédures, donc ça va nous servir pour l’avenir. »

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