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Orléans, une bataille électorale à saveur libérale

Temps de lecture : 6 minutes

L’ancienne députée provinciale d’Orléans et ex-ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Marie-France Lalonde, a décidé de tenter sa chance au niveau fédéral. Et comme c’est déjà arrivé par le passé, son principal adversaire dans la circonscription, le conservateur David Bertschi, est un transfuge du Parti libéral du Canada (PLC).

LE CONTEXTE

Elle n’était pas encore investie que, déjà, les projections du vote populaire dans la circonscription d’Orléans, dans la banlieue d’Ottawa, la donnaient en avance sur ses principaux concurrents. Après cinq ans de politique provinciale, Marie-France Lalonde ouvre un nouveau chapitre de sa carrière politique.

« J’ai reçu un appel fort de la communauté quand Andrew Leslie [député libéral sortant] a annoncé sa retraite. Ça m’a interpelé. Je veux continuer d’être une voix forte pour les gens d’Orléans et pour les francophones », explique Mme Lalonde qui veut mettre à profit l’expérience acquise au niveau provincial. « Cela me donne une longueur d’avance. J’ai déjà travaillé sur plusieurs enjeux avec le fédéral, comme la santé, les aînés, la jeunesse, sur les changements climatiques ou les transports publics. J’ai aussi constaté que parfois, il me manquait des outils, car les décisions se prenaient au niveau fédéral. »

Face à elle, le Parti conservateur du Canada (PCC) a misé sur un ancien libéral. Candidat pour le PLC défait en 2011 face au conservateur Royal Galipeau, l’avocat David Bertschi avait ensuite tenté, sans succès, de devenir le chef du parti face à Justin Trudeau. De nouveau candidat à l’investiture libérale aux élections de 2015, il avait été disqualifié, laissant place libre à Andrew Leslie, finalement élu député.

S’il tire de l’arrière dans les projections de vote, M. Bertschi espère bien imiter son ancien adversaire. Ancien libéral déçu, M. Galipeau a représenté la circonscription pour le PCC de 2006 à 2015.

La circonscription d'Orléans, dans la banlieue est d'Ottawa. Source: Élections Canada

Sauf surprise, la victoire devrait se disputer entre ces deux candidats. Mais la candidate du Parti vert du Canada (PVC), psychothérapeute de carrière, Michelle Petersen ne s’avoue pas vaincue pour autant.

« J’ai beaucoup de respect pour Mme Lalonde et M. Bertschi, mais je crois que l’absence de différence entre leurs deux partis rend les électeurs cyniques par rapport à la politique. Je veux que les gens votent selon leurs valeurs et non par stratégie », dit celle qui espère convaincre les nombreux indécis de voter pour un parti qui représente « la justice sociale et environnementale ».

Le candidat du Parti populaire du Canada (PPC), Roger Saint-Fleur, s’appuie sur la même analyse.

« Notre parti peut être une alternative pour les électeurs. Le jeu de chaises musicales entre les libéraux et les conservateurs ne profite pas à la population. Je vis à Orléans depuis longtemps et je regrette de voir ma circonscription se développer comme un ghetto, sans espaces verts, sans espaces de jeu, ni sans aucune idée pour en valoriser le caractère historique. Mme Lalonde abandonne le provincial au moment où il y a besoin d’une voix forte pour les Franco-Ontariens. Moi, je vais travailler pour les gens ! Et même si ce que dit notre parti choque parfois, c’est toujours mieux de dire la réalité. »

De son côté, le Nouveau Parti démocratique (NPD) sera représenté par l’activiste queer et organisatrice communautaire, Jacqui Wiens.

ENJEUX

La candidate libérale, Marie-France Lalonde, cite l’enjeu climatique en premier, quand vient le temps d’aborder les enjeux locaux. Selon elle, le sujet est régulièrement abordé quand elle fait son porte-à-porte.

« Les gens veulent des actions et des objectifs définis et je pense que nous avons un bon plan, réaliste, concret et solide pour améliorer les conditions de vie des gens et de notre environnement. »

Quand elle aborde la question du développement économique, l’ancienne députée provinciale met l’accent sur la création d’emplois dans des entreprises écologiques, elles-mêmes stimulées par des baisses de taxes ciblées.

« Ça peut être une niche pour nous à Orléans et je veux travailler avec tous les partenaires pour créer un plan stratégique », dit-elle.

Dans une circonscription qui compte de nombreux fonctionnaires fédéraux, Mme Lalonde surveille également de près la question du transport en commun.

« L’arrivée du train léger au chemin Trim, en 2024, va changer beaucoup de choses et on doit s’y préparer pour en voir les débouchés », dit-elle.

La revitalisation de la rue St-Joseph, le développement du logement abordable et la reconstruction du centre d’interprétation de la nature des Amis de l’île Pétrie, qui a été considérablement endommagé par les inondations de 2017, sont également dans la mire de la candidate libérale.

De gauche à droite, Michelle Petersen, Marie-France Lalonde, David Bertschi, Jacqui Wiens et Roger Saint-Fleur. Montage ONFR+

Pour son adversaire du Parti vert, il s’agit de mettre en valeur le potentiel sous-exploité d’Orléans.

« On manque d’infrastructures ! Les phases 2 et 3 du train léger, c’est très bien, mais c’est pour le long terme. Nous avons besoin de solutions pour nous déplacer vers le centre-ville et dans la communauté. »

La perte de plusieurs emplois fédéraux dans la circonscription inquiète les résidents, explique Mme Petersen qui, au niveau national, milite pour une réforme du mode de scrutin, telle que promise par les libéraux en 2015, sans jamais aboutir.

Le candidat du PPC, Roger Saint-Fleur, misera lui aussi sur le développement des infrastructures, s’il est élu le 21 octobre prochain.

« Orléans est un lieu où il fait bon vivre, mais la beauté de notre ville s’effrite. On doit améliorer nos infrastructures routières. Le développement immobilier a amené beaucoup de circulation, mais nos routes ne sont pas adaptées. Le train léger, ce n’est pas pour tout de suite et beaucoup de nos résidents auront encore besoin de prendre la voiture. »

La francophonie vue par les candidats

Les trois candidats qui ont accepté de répondre à ONFR+ sont tous franco-ontariens. Dans une circonscription qui compte plus d’un tiers de francophones, cet électorat ne peut être négligé.

Mme Lalonde rappelle que son parti s’est engagé à moderniser la Loi sur les langues officielles, ce qui aura un impact important pour les fonctionnaires fédéraux qui vivent à Orléans. Elle promet aussi de se battre pour que les Franco-Ontariens d’Orléans obtiennent leur juste part de l’argent du Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023.

« Je veux travailler sur le projet de rénovation du MIFO [Mouvement d’implication francophone d’Orléans] dont on parle depuis plusieurs années et pour lequel la province tarde à agir. Je veux être sûr que le fédéral y contribue. »

Mme Petersen estime que les Franco-Ontariens sont chanceux d’avoir des organismes comme le MIFO et une programmation en français au Centre des arts Shenkman. Pour elle, l’important est d’accroître cette communauté.

« Orléans est un bijou dans la Ville d’Ottawa pour promouvoir la culture franco-ontarienne. On doit s’en servir pour attirer du tourisme d’ailleurs en Ontario et au Canada. »

Le candidat populaire, M. Saint-Fleur, fait de la francophonie une de ses deux priorités.

« Nous devons accélérer le développement du MIFO qui a trop tardé, alors que nous avions une députée provinciale qui était ministre des Affaires francophones ! Je veux aussi faire en sorte de faire connaître le caractère francophone d’Orléans et sa riche histoire patrimoniale. »

LES PRINCIPAUX CANDIDATS

Marie-France Lalonde, Parti libéral du Canada

David Bertschi*, Parti conservateur du Canada

 Jacqui Wiens*, Nouveau Parti démocratique

Michelle Petersen, Parti vert du Canada

Roger Saint-Fleur, Parti populaire du Canada


LA CIRCONSCRIPTION EN BREF

Nom : Orléans

Population (2016) : 128 281

Électeurs inscrits : 97 144

Revenu médian des ménages : 106 391 $

Proportion de francophones (selon la première langue officielle parlée, déclarée au recensement de 2016) : 35,2 %

Député sortant : Andrew Leslie, Parti libéral du Canada, depuis 2015

*Les candidats du Parti conservateur du Canada et du Nouveau Parti démocratique n’avaient pas répondu à nos demandes d’entrevue au moment de publier cet article.

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