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Ottawa : le caucus des élus francophones inactif, une occasion perdue de se faire entendre

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Le caucus des élus francophones et francophiles d’Ottawa ne s’est plus réuni depuis janvier 2018. Une occasion en moins de mettre de l’avant les dossiers francophones au conseil municipal. Mais d’autres moyens existent, soulignent certains élus, alors que d’autres appellent les Franco-Ottaviens à revoir leur stratégie pour se faire entendre.

« Quels progrès ont été réalisés depuis « Ottawa, ville bilingue » ? Symboliquement, c’était important, mais il n’y a eu aucune modification dans notre façon de faire depuis », remarque le conseiller municipal de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, qui déplore de ne pas avoir pu développer la stratégie sur les services en français qu’il poussait lors de la dernière campagne électorale afin de mieux desservir les Franco-Ottaviens.

Paradoxalement, c’est même quelques semaines seulement après l’officialisation de la loi ontarienne reconnaissant « le caractère bilingue d’Ottawa », que le caucus des élus francophones et francophiles s’est réuni pour la dernière fois.

« En janvier 2018 », confirme Michèle Rochette, gestionnaire des élections municipales et des services en français.

M. Fleury se montre dubitatif quant à la pertinence de ces réunions, organisées une à deux fois par an.

« On a la perception que ça résout des problèmes, mais beaucoup ne sont pas considérés », dit-il.

Le conseiller Mathieu Fleury. Crédit image : Stéphane Bédard

Mais pour son collègue du quartier Alta Vista, Jean Cloutier, il serait bon de les reprendre.

« Cela permet de faire valoir les enjeux et d’en parler entre nous et avec les fonctionnaires municipaux. De plus, ça amplifie la voix des Franco-Ontariens auprès de tous les conseillers. »

Un avis que partage l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa), dont la directrice générale, Ajà Besler, se montre optimiste.

« Nous avons appris que le caucus a l’intention de se réunir de nouveau en 2021. Ça a été retardé par les élections partielles dans deux circonscriptions très francophones [Rideau-Rockcliffe en 2019, puis Cumberland en 2020]. »

Plusieurs alliés autour de la table

En coulisses, certains jugent pourtant que ce caucus est surtout un exercice de relations publiques. Mais l’ACFO le place comme un « morceau important du casse-tête pour parler des enjeux francophones », mais s’il n’est certainement pas le seul, estime Mme Besler.

Une autre pièce consiste à faire de la sensibilisation auprès des élus, ce que l’organisme porte-parole des Franco-Ottaviens a entrepris.

« Nous avons développé des rencontres individuelles pour sensibiliser les élus, surtout ceux qui ne nous connaissent pas. »

La directrice générale de l’ACFO Ottawa, Ajà Besler. Archives ONFR+

M. Cloutier insiste que nombreux sont ceux qui parlent le français et qui s’intéressent aux dossiers francophones, dont la nouvelle conseillère Catherine Kitts, qui représente le quartier le plus francophone de la municipalité, Cumberland.

« Ça ne prend pas forcément un francophone autour de la table pour faire avancer les dossiers », insiste l’ancien conseiller municipal franco-ontarien, de 1991 à 2010, Jacques Legendre. « À mon époque, je me situais plus à gauche du spectre politique et c’était surtout les personnes dans mon camp politique qui étaient mes alliés. Certains francophones, au contraire, n’aidaient pas vraiment, voire nuisaient parfois. »

Lui-même le reconnaît, ce n’est pas la francophonie qui l’avait amené à s’engager en politique municipale, mais la construction d’un stade de baseball dans son quartier pour lequel il estimait que les résidents n’avaient pas été assez consultés.

Pour autant, il s’est rapidement pris d’intérêt pour les dossiers de la francophonie, participant à l’élaboration de la politique de bilinguisme de la Ville d’Ottawa, adoptée en 1994, et qui a servi de base à celle votée plus difficilement après la fusion.

« Mais c’est surtout le travail du comité consultatif sur les services en français qui a été déterminant, ainsi que l’aide des employés de la ville qui y assistaient, dont un représentant des ressources humaines qui a fait un gros travail avec les syndicats pour faire admettre d’avoir des postes désignés bilingues. Je n’étais pas très fort avec les jeux de coulisses, mais cela a permis une adoption à l’unanimité au conseil municipal. »

L’ancien conseiller municipal d’Ottawa, Jacques Legendre. Gracieuseté : Étienne Ranger, Le Droit

Un tel comité existe encore aujourd’hui sur lequel siègent des citoyens d’horizons très divers. Il se réunit quatre fois par année. En 2013, Étienne Camirand en était le président. Il en garde un souvenir mitigé.

« Il y a des gens très compétents qui siègent sur ce comité, avec beaucoup d’expériences et venus de domaines très variés. Mais ce qui m’a déçu, c’est que je pensais que nous avions un vrai rôle de courroie pour faire connaître les préoccupations de notre communauté et de différents milieux, alors qu’en fait, le mandat est très limité. Par exemple, à mon époque, le bilinguisme officiel d’Ottawa, c’était l’éléphant dans la pièce, mais on ne pouvait pas en parler. »

S’impliquer hors du réseau francophone

Pour le conseiller Fleury, les moyens de se faire entendre et qui sont actuellement en place ne sauraient suffire.

« Ça prend un leadership francophone. Les élus, on s’occupe des plaintes, des problèmes chroniques… Mais si on veut aller au-delà et être plus stratégique, il faut que la communauté se fasse entendre. Et cela veut dire ne pas se limiter aux organismes francophones, mais aussi s’impliquer sur des conseils d’administration dans différents secteurs, dans les centres de santé, les clubs sportifs, les associations de quartier… »

Une analyse que partage M. Legendre.

« C’est la population qui doit exiger et bousculer le conseil municipal, c’est le seul moyen que ça ait un effet. Il faut faire des enjeux francophones des enjeux électoraux. Quand on voit à quel point la politique sur le bilinguisme, notamment sur les postes désignés bilingues, est mal appliquée, il faut se concentrer là-dessus ! »

L’ACFO Ottawa abonde dans le même sens et explique avoir travaillé avec Bénévoles Ottawa au développement d’un outil de formation en gouvernance afin d’aider celles et ceux qui voudraient s’engager.

« Plus on a d’individus outillés, plus ils sont en mesure d’intervenir. On sait, par exemple, que beaucoup de résidents francophones souhaitent plus de bilinguisme au Marché By. Ce qu’ils ne savent pas tous, c’est que c’est géré par un organisme sans but lucratif dans lequel ils pourraient s’impliquer. »

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