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Parler de la mort… en français

Temps de lecture : 3 minutes

OTTAWA – Emmené par une quinzaine de bénévoles, l’organisme Compassion Ottawa tente de rendre ses services accessibles en français afin de « changer la culture entourant la mort » dans la communauté franco-ontarienne.

« On a un malaise à parler de la mort. On n’hésite jamais à parler de la naissance, mais ceux qui abordent la fin de vie sont souvent isolés, car c’est un sujet qui reste tabou », explique Jean-Pierre Soublière.

Ce Franco-Ontarien d’Ottawa fait partie de la quinzaine de bénévoles francophones qui se sont joints aux 80 volontaires que compte Compassion Ottawa. Fondé en 2017, mais devenu officiellement un organisme sans but lucratif en 2019, l’organisme, créé par l’ancienne mairesse d’Ottawa, de 1991 à 1997, Jackie Holzman et l’ancien président-directeur général du Conference Board du Canada, Jim Nininger, tente actuellement de rendre bilingues son site internet, ses communications et ses services, offerts gratuitement.

« Il y a un trou dans la communauté francophone. C’est un service qui n’existe pas. Pourtant, nous estimons qu’il est important de parler de la mort. »

Présidente du conseil d’administration de Montfort Renaissance, Michelle de Courville Nicol s’est récemment jointe à Compassion Ottawa. Elle insiste sur l’importance d’aborder cette question dans sa langue maternelle.

« Comme pour les soins de santé, c’est essentiel d’avoir accès à de l’information dans sa langue maternelle pour aborder un sujet aussi important. Ça rend les gens plus à l’aise pour en parler, car c’est une question délicate pour la plupart d’entre eux. »

Des ateliers de discussions

Déjà disponibles en anglais, Compassion Ottawa commence donc à mettre à disposition des ateliers de discussions en français, annoncés sur son site internet. Un premier, via visioconférence, a déjà eu lieu pour répondre aux questions, donner des conseils, aider les participants à réfléchir à tous les aspects à aborder quand on s’interroge sur la mort, afin d’être mieux préparé.

Des conseils pratiques, mais aussi psychologiques, donnés par des bénévoles qui ont reçu une formation pour aborder ces questions.

« Par exemple, les participants sont invités à réfléchir à la personne qui parlera en leur nom au moment où elles auraient besoin de recevoir des soins si elles étaient inaptes ou pas en mesure de le faire elles-mêmes, par exemple », illustre un des membres.

Deux des bénévoles francophones de Compassion Ottawa, Michelle de Courville Nicol et Jean-Pierre Soublière. Montage ONFR+

« La moitié des Canadiens n’ont pas leur testament à jour, beaucoup ne parlent pas de ce qu’ils souhaitent, au niveau des soins palliatifs, de funérailles… Il faut que les personnes fassent connaître leurs souhaits, pour elles, mais aussi pour leurs proches ! Mon père, un Franco-Ontarien, est mort dans un hôpital en anglais. Ça m’a beaucoup tracassé », raconte M. Soublière.

Raison pour laquelle mieux vaut en parler plus tôt que tard, souligne Mme de Courville Nicol.

« C’est vrai que ce n’est pas un sujet agréable à discuter et qu’on n’y pense pas quand on est dans la pleine force de l’âge. Mais il ne faut pas attendre d’être trop vieux ou malades pour en parler, car ça devient difficile à gérer pour les proches. Je pense que la COVID-19 a fait prendre conscience à certains qu’il faut penser à ces questions. »

Un programme dans les écoles francophones

En juin 2019, Compassion Ottawa a également aidé à développer des politiques de communication au sein du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) et du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO).

Objectif : donner les outils et le vocabulaire adéquat aux travailleurs sociaux en établissements pour savoir comment réagir quand un événement tragique, comme la disparition d’un parent d’élève, d’un élève ou d’un professeur, survient. Ensemble, ils ont également développé une présentation pour les élèves plus âgés.

« À titre d’exemples, l’organisme a offert aux membres du personnel une présentation portant sur l’accompagnement des élèves et des familles vivant un deuil. Aussi, certains de nos professionnels ont été appelés à valider des ressources développées par l’organisme », explique le CECCE, dans un échange de courriels avec ONFR+.

L’organisme pourrait offrir le même genre d’aide dans les entreprises, imagine M. Soublière, mais la composition uniquement bénévole de Compassion Ottawa demeure un défi pour réaliser tous les projets auxquels pense l’organisme, notamment pour traduire le site internet actuellement unilingue anglais.

« On réfléchit à assurer une viabilité financière, d’autant que je pense qu’au final, un service comme celui-ci fait économiser de l’argent à la communauté », indique-t-il.

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