Actrice et auteure-compositrice-interprète canadienne d’ascendance péruvienne, Patricia Cano est née et a grandi à Sudbury. Crédit image : Red Works Photography.

SUDBURY – Patricia Cano est une chanteuse et comédienne primée qui s’est emparée des scènes internationales. De Paris à Rio de Janeiro, en passant par Toronto, cette artiste polyglotte à la voix envoûtante a conquis les cœurs de ses spectateurs en français, espagnol, portugais et même en cri. De retour à sa ville natale de Sudbury, un nouveau chapitre s’écrit pour Patricia Cano. Bien que toujours dévouée à son art, la mère de deux enfants décide aujourd’hui de vivre sa vie d’artiste à son propre rythme. 

« Vous êtes originaire de Sudbury et née de parents péruviens. Parlez-nous de vos débuts. Comment en êtes-vous venu à bâtir des liens avec la francophonie ontarienne?

Je me suis vraiment retrouvée ici par grand hasard. Mes parents sont deux médecins qui ont fait leurs études au Canada et aux États-Unis. Leur but était toujours de retourner au Pérou, mais à l’époque, ce n’était vraiment pas le moment à cause de l’instabilité politique. Mon père s’est donc dit : « Tiens, je vais choisir une ville qui a besoin de mes capacités. » Il est allé à Thunder Bay et Sudbury qui l’ont sollicité. Éventuellement, il a dû faire le choix entre les deux et a finalement choisi Sudbury, car il a senti un grand besoin dans la ville.

Il n’y avait ni rhumatologues ni oncologues à Sudbury pour une population de 200 000 personnes. Et comme l’industrie des mines primait, c’était logique pour lui de rester et soutenir cette communauté. Au fil du temps, son amour pour la ville s’est accru et il n’a jamais voulu la quitter. 

En plus de parler espagnol, mon père a également appris à parler français quand il étudiait au Lycée français de Lima au Pérou. Il s’était dit que nous aussi on allait apprendre le français. On est une famille qui adore les langues. Sachant que Sudbury était une ville bilingue avec une forte présence francophone, il était encore plus logique qu’il s’y installe et qu’il nous élève, mes frères et moi.

Plus jeune, l’artiste s’imaginait infirmière ou médecin comme ses parents. Crédit image : Red Works Photography.

Vous êtes diplômée de l’Université de Toronto en littérature et théâtre hispanophone. Avez-vous toujours su que vous alliez faire carrière dans la musique et le théâtre?

J’allais être infirmière ou médecin qui chantait et dansait les fins de semaine. C’était mon grand plan de fille de 17 ans. J’étais partout dans mes rêves et nulle part dans la réalité. Mais mon père m’avait dit : « Non, ma fille. Tu ne vas pas gaspiller tes talents entre les quatre murs d’un hôpital. Tu dois faire les arts et le théâtre, car c’est le cadeau avec lequel tu es née ».

Quand il m’a dit ça, c’était vraiment un moment charnière pour moi. Sans ses mots d’encouragement, je ne pense pas que j’aurais visé cette porte, car je n’étais pas une fille de grande ville. Mais une fois que j’ai eu l’occasion de voir le campus, de visiter Toronto avec lui et d’être finalement acceptée dans le programme, j’ai découvert un tout nouveau monde qui m’a permis de saisir de nombreuses opportunités qui ont façonné ma carrière. 

Vous avez vécu à Paris, Toronto, Séoul et Rio de Janeiro. De nombreux artistes ont tendance à quitter leur ville natale pour saisir les opportunités offertes par les grandes métropoles. Pourquoi êtes-vous revenue à Sudbury?

Durant et après la pandémie, j’ai réalisé que je ne pouvais pas tout faire. Je n’avais plus l’énergie que j’avais quand j’étais une jeune artiste. Je ne voulais plus être Patricia Cano accompagnée de son groupe de musiciens, la comédienne à faire des auditions et voyager sans arrêt. Au bout du chapitre Je peux tout faire avec deux enfants, je n’en pouvais plus. Je ralentis. Je mets un pied à terre pour tout simplement me reposer. Je voyageais beaucoup avec mon plus âgé tout en jonglant les demandes de subventions, à continuellement lancer mes idées créatives en plus d’être une maman super dévouée. C’était ma réalité pour un bout de temps.

Patricia Cano a remporté en 2019 le prix Northern Ontario Music & Film pour la meilleure performance vocale enregistrée, pour son interprétation de Gracias a la Vida de Violeta Parra. Crédit image : Rachel Crustin.

Pendant la pandémie, vous vous êtes également découvert une passion pour l’enseignement. Comment cela s’est-il produit? 

J’ai passé beaucoup de temps avec mes parents à Sudbury. Mes enfants étaient bien et je me suis dit que quelque chose devait changer dans les cinq prochaines années. Durant cette période, mon plus jeune est resté à la maison et j’ai enseigné sa troisième année. J’ai absolument adoré. En fait, j’ai été assez surprise, car je n’aurais jamais pensé à le faire. Je me voyais mieux faire autre chose avec mes langues, mais cette expérience m’a prouvé autrement. Une certaine vision m’est venue dans ma quête de vivre le rythme d’artiste moins intensément.

Je cherchais à faire quelque chose qui donnait une valeur humaine et l’échange avec les jeunes pour moi, c’était l’idéal. Je me suis donc lancée à faire de la suppléance dans les écoles anglophones et francophones tout en continuant de vivre ma vie d’artiste.

Luis Orbegoso, Carlos Bernardo, Kevin Barrett, Patricia Cano et Paco Luviano. Crédit image : Red Works Photography.

En quoi le fait d’évoluer dans ces différents univers vous a-t-il rapprochée de ces communautés?

Ça m’a rapprochée de tout. De la nourriture, des différents sens d’humour. C’est dans les grandes villes que j’ai senti le cœur d’une culture, j’adore les petites villes, mais aussi les grandes. Elles m’ont aidée à être plus connectée au monde autour de moi.

Pour de nombreux artistes, il est tentant de s’orienter vers le marché anglophone. Qu’est-ce qui vous permet de rester dans votre voie polyglotte?

C’est quelque chose que j’ai souvent entendu dans ma carrière artistique quand je suis retournée au Canada. On m’a fait savoir très clairement que si tu veux arriver à un tel niveau, il faudra faire des choix. J’avais vite compris le jeu. Je savais qu’il fallait se conformer pour être plus commercialisable.

Quand tu chantes en plusieurs langues, c’est difficile de rentrer dans des cases. Dans les demandes de subventions, on te demande quel pourcentage de la langue sera sur ton album. Je voulais plus répondre aux exigences qui me divisaient en partie. Je me trahirais moi-même. Je ressens l’amour dans plusieurs langues. Je serais damnée si à mon âge je me plie pour me vendre.

Patricia Cano sur la scène de la Nuit sur l’étang en 2022. Crédit image : Leo Duquette.

Vous avez collaboré avec de nombreux artistes. Avec qui d’autre aimeriez-vous collaborer?

Ce serait un rêve de chanter aux côtés de Jackie Richardson. Pour moi, c’est la meilleure chanteuse au Canada, en ce moment. Je suis sa plus grande fan. Si je pouvais chanter pour les musiciennes canado-cubaines OKAN, ce serait aussi génial. Ou encore faire un duo complet avec mon ami Stéphane Paquette. Je l’adore et il est d’ici, en plus. Y’en a tellement.

À quoi ressemble la suite des choses pour vous?

J’élargis l’album numérique Love and Resistance Sessions que j’ai fait avec l’auteur-compositeur, Luis Simão durant la pandémie. On souhaite aussi se lancer dans le cinéma. Il y a beaucoup de films qui sont tournés dans le nord de l’Ontario, donc on essaye de voir comment on pourrait contribuer sur le plan musical du cinéma. J’aimerais aussi faire du doublage. Mais surtout, je m’amuse avec ma vie et ma voix. Je ne vis plus avec cette frénésie de faire parce qu’il le faut.

À Sudbury, je peux être moi-même. Je suis Patricia Cano : Péruvienne, Franco-Ontarienne, humaine et j’en passe. On ne me pose pas de questions ici. Je suis chez moi. »


2001 : Invitée sur scène par Tomson Highway, le plus grand dramaturge, romancier et compositeur cri du Canada pour produire à ses côtés un cabaret de ses chansons

2002 : Acceptée dans la compagnie du Théâtre de Soleil

2011 : Récipiendaire du Prix du meilleur album d’un artiste solo aux Northern Ontario Music and Film Awards 2011 pour son album This is The New World

2017 : Remporte le prix Toronto Theatre Critics pour la meilleure actrice dans une comédie musicale pour sa prestation en cri, en anglais et en français dans la comédie musicale solo du dramaturge Tomson Highway.

Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.