Pendant les Fêtes, des aînés se dévouent pour leurs pairs
Pour beaucoup de résidents de maisons pour personnes âgées, la période des Fêtes peut accentuer la solitude. C’est pourquoi, en Ontario français, certains aînés font le choix de passer Noël et le Nouvel An à donner de leur temps comme bénévoles, offrant présence, réconfort et moments de joie à ceux qui en ont le plus besoin, parfois jusqu’aux derniers moments de leur vie.
À 67 ans, Gaétan Turenne est bénévole à la Maison pour aînés de Mattawa, un foyer de soins de longue durée offrant des soins complets pour environ 73 aînés. Originaire de la région, il y a grandi avant de partir pour une carrière dans les Forces armées.
Après le décès de son épouse en 2020, il revient s’installer dans sa ville natale et reprend une habitude qu’il partageait avec ses parents : offrir du temps aux résidents des maisons pour personnes âgées.
« On l’avait fait avec nos parents, et on savait à quel point la présence humaine est importante », explique M. Turenne.
Pendant l’année, et plus particulièrement pendant les Fêtes, il s’implique de multiples façons. Il anime le bingo trois fois par semaine, transporte les chaises roulantes lors des sorties, et accompagne les résidents lors d’activités organisées avec des bénévoles de l’école secondaire. Il participe aussi à des événements spéciaux comme l’Arbre de Lumière, où des musiciens viennent illuminer l’arbre de Noël.

« Juste d’être là, c’est une contribution. Il y a des gens qui n’ont pas de visite à la résidence. Moi, je suis comme un visiteur ami », dit Gaétan Turenne.
L’un de ses moments marquants est la relation avec une résidente dure de l’ouïe mais toujours joyeuse. « Malgré ses appareils auditifs, elle comprend mal, mais son caractère et sa joie de vivre me font toujours sourire. Parfois, elle est assise près de moi quand j’appelle le bingo. C’est un petit moment spécial de ma journée. »
Pour Gaétan Turenne, le plus difficile pendant le temps des Fêtes est de constater la solitude de certains résidents. « Quand il y a plus de familles et une ambiance plus réjouissante, ceux qui n’ont pas de visiteurs, ça doit leur faire mal au cœur. Il faut leur accorder encore plus d’attention », observe-t-il.
Être là pour les derniers moments
Toujours à Mattawa, Linda Minor, 70 ans, offre un type de bénévolat différent, mais tout aussi essentiel. Depuis deux ans, elle s’implique elle aussi auprès des résidents en soins palliatifs dans la même résidence, en plus de donner de son temps à la pastorale.
« J’ai toujours aimé le monde âgé. C’est dur pour eux, certains ont perdu leur maison. Un peu de tendresse pour eux, ça vaut beaucoup », confie celle qui, auparavant, travaillait dans les services communautaires auprès de personnes en situation de handicap.
Pendant le temps des Fêtes, elle choisit d’être présente auprès de résidents qu’elle ne connaît pas. « Ça vient du cœur. J’ai 70 ans moi-même, alors je sais ce qu’ils vivent. Ma famille comprend que s’il y a quelqu’un qui a besoin de moi, je suis là. »

Son rôle consiste surtout à offrir une présence rassurante : rester avec les résidents, lire, chanter, prier avec eux, et soutenir la famille lorsque celle-ci ne peut être présente.
Chaque année, Mme Minor dépense près de 200 $ pour préparer un grand panier de cadeaux à distribuer aux patients, parfois grâce à des dons de la communauté, pour chaque résident : « Ce n’est rien pour moi, mais ça représente beaucoup pour eux ».
Le plus dur pour elle est de se retrouver avec des aînés atteints d’Alzheimer. « Ils ne savent pas où ils sont ou pensent qu’ils ont fait du mal, puis ils se mettent à pleurer. Parfois, je m’assois avec cinq ou six d’entre eux et je trouve cela extrêmement éprouvant. »
Une période plus difficile
Elle observe que le temps des Fêtes rend certaines émotions plus vives. « Les gens seuls parlent de leurs parents, de leurs frères et sœurs. La solitude se fait sentir davantage. »
Même son de cloche à Hearst, où Huguette Laurin, 69 ans, est bénévole au Foyer des Pionniers depuis environ quatre ans.
Comme Gaétan Turenne et Linda Minor, elle note que le temps des Fêtes peut être une période difficile pour certains résidents. « Il y en a qui n’ont pas de famille ou pas beaucoup de visites. On le sent encore plus dans ce temps-là », dit-elle.
Son engagement est étroitement lié à sa vie personnelle : sa mère y réside. « J’ai commencé à faire du bénévolat quand ma mère est entrée ici », raconte Mme Laurin.
Retraitée après une carrière dans une pharmacie, elle passe plusieurs après-midis par semaine au foyer.
En plus des visites personnelles, elle aide lors des activités : le bingo deux fois par semaine, la messe hebdomadaire et les événements spéciaux du temps des Fêtes, dont le souper de Noël. Elle participe aussi à l’entretien des plantes et des fleurs pendant l’été.
Pour Mme Laurin, le bénévolat est avant tout un acte de présence et de lien humain : « Je sais que les résidents apprécient notre présence. Quand je peux, je fais mon possible. »
Pour elle, le bénévolat apporte un échange humain réciproque. « On apprend leurs histoires, on échange. C’est enrichissant, dans les deux sens », raconte-t-elle.
Avec l’aide à la recherche de Jacques-Normand Sauvé.