Vive l’Ontario libre!
Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.
Il y a une quinzaine d’années, lors d’une conférence sur la place de l’Ontario dans la fédération canadienne organisée par le défunt Centre Mowat, mon collègue Daniel Béland avait fait rire le parterre en scandant « Vive l’Ontario libre! ». Il y avait en effet quelque chose de surréaliste, pour ne pas dire loufoque, à imaginer l’existence même d’un mouvement indépendantiste ontarien.
Comme l’ont démontré différents sondages récents de l’Institut Environics effectués dans le cadre du projet Confederation of Tomorrow, les Ontariens et les Ontariennes n’ont pas, à première vue, la graine d’indépendantistes. En effet, ils sont les Canadiens avec l’identité provinciale la plus faible. Ils sont, de plus, les moins susceptibles de considérer que leur province n’est pas traitée avec le respect qu’elle mérite, qu’elle n’a pas suffisamment d’influence sur les décisions nationales importantes ou encore qu’elle ne reçoit pas sa juste part.
Le gouvernement Ford aurait pourtant intérêt, à la lumière de la situation financière de l’Ontario, à encourager les résidents de la province à manifester un certain mécontentement face à Ottawa.
La faute du fédéral
Un rapport récent du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario peint un portrait plutôt noir de la situation financière et budgétaire de la province. En effet, comme le rapportait Sandra Padovani sur ONFR, le rapport révèle que l’Ontario est la province canadienne avec la valeur financière nette par habitant la plus négative au Canada. Cet indicateur, qui mesure la différence entre les actifs financiers et les dettes, démontre que la province a une dette d’environ 20 000 $ par habitant, plus que le double de la valeur de la moyenne du reste du Canada de 8973 $.
Face à cette situation, la Fédération canadienne des contribuables a exhorté le premier ministre Ford à sabrer dans les dépenses. Il s’agit cependant d’un mauvais diagnostic quant à la source des problèmes financiers de la province. En effet, le même rapport du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario
démontre que les dépenses totales par habitant de la province sont les plus faibles au Canada. La source du problème ne se trouve pas non plus du côté de la taxation des individus et des entreprises. Le rapport indique que les revenus fiscaux par habitant étaient au-delà de la moyenne du reste du Canada, que ce
soit en termes de dollars par habitant ou encore en proportion du PIB. La situation précaire de la province s’explique plutôt, dans une perspective comparée, par deux principaux facteurs.
Le premier est la faiblesse des revenus provenant des ressources naturelles. L’Ontario n’a pas le privilège d’avoir des réserves de pétrole comme l’Alberta. Si cette dernière peut compter sur des revenus non fiscaux de 7558 $ par habitant, l’Ontario est la province qui génère le moins de ce type de revenu au Canada avec à peine 1329 $ par habitant. On peut donc comprendre le gouvernement provincial de mettre autant d’espoir dans le développement du Cercle du feu dans le nord de la province, une région riche en minéraux critiques.
Le second facteur peut se résumer au titre de la chanson du duo humoristique Bowser & Blue : c’est la faute du fédéral! Si le duo avait composé cette chanson pour se moquer gentiment de la tendance des Québécois à blâmer le gouvernement fédéral pour un ensemble de problèmes, il n’en demeure pas moins que lorsqu’il s’agit de la situation financière difficile de l’Ontario, le gouvernement fédéral a sans doute une part de responsabilité.
En effet, l’Ontario est la province qui reçoit par habitant le plus bas montant de transferts fédéraux de l’ensemble des provinces canadiennes, et ce, même si sa capacité fiscale (excluant les ressources naturelles) est plus faible que celle de l’Alberta et de la Colombie-Britannique et que sa capacité fiscale liée aux ressources naturelles est plus faible que celle de l’ensemble des provinces à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse.
L’équité pour l’Ontario, Prise 2
Il serait donc peut-être temps que le gouvernement Ford mobilise la population ontarienne face à Ottawa. Comme je l’indiquais dans une chronique précédente, les Ontariens n’ont pas le même réflexe de méfiance envers le gouvernement fédéral que les Québécois et les Albertains. Cela ne veut cependant pas dire pour autant que la population ontarienne ne peut pas être mobilisée pour améliorer la place de la province dans la fédération. Il y a, à cet effet, un précédent récent. Dans les années 2000, le gouvernement provincial de Dalton McGuinty avait adopté une campagne intitulée « L’équité pour l’Ontario ». Il avait également contribué à la création du Centre Mowat, qui avait pour mission, entre autres, de produire de la recherche sur la place de l’Ontario dans la fédération canadienne (par souci de transparence, je note que j’ai été membre du comité éditorial du centre).
Ces actions avaient eu deux conséquences importantes. Premièrement, elles avaient eu un impact significatif au sein de l’opinion publique. La proportion d’Ontariens et d’Ontariennes indiquant que la province n’était pas respectée ou qu’elle ne recevait pas sa juste part des transferts fédéraux avait considérablement augmenté dans les années 2000. Deuxièmement, elles avaient contribué à mettre de la pression sur les gouvernements libéraux et conservateurs qui avaient apporté certaines réformes, certes insuffisantes, afin de satisfaire aux revendications du gouvernement ontarien.
Alors que la situation fiscale de la province ne cesse d’empirer, le temps est opportun d’amorcer une campagne visant l’équité pour l’Ontario, version 2.0. Et le temps, pour le premier ministre Ford, de mettre sa casquette de Capitaine Ontario.
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.