Le vice-président de la section locale 713 du SEFPO affirme que le gouvernement de Doug Ford joue à un jeu de dupes en ce qui concerne le personnel de gestion d'incendie. Photo : Canva
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« Il n’y a plus rien. Tout est brûlé » : un pompier forestier raconte la réalité du terrain

Le vice-président de la section locale 713 du SEFPO affirme que le gouvernement de Doug Ford joue à un jeu de dupes en ce qui concerne le personnel de gestion d'incendie. Photo : Canva

THUNDER BAY – Pour Mark Bélanger, pompier forestier depuis 38 ans, les feux de forêt atteignent un niveau sans précédent. Vice-président de la section 713 du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO) qui représente le personnel des Services d’urgence, d’aviation et de lutte contre les feux de forêt (SUALFF) du ministère des Richesses naturelles, il rapporte un manque de moyens criant sur le terrain et demande des comptes au gouvernement ontarien dans sa gestion des feux de forêt.

Avec 38 ans d’expérience en tant que pompier forestier, Mark Bélanger a connu nombre de saisons de feux de forêt. Lui qui en a éteint dans presque toutes les provinces, confie n’avoir jamais assisté à une saison d’une telle ampleur. « C’est le feu le plus large de l’histoire de l’Ontario, il n’y a pas de comparaison », dit-il, en parlant de THU_FIRE_36, un brasier qui a brûlé plus de 315 000 hectares. « C’est une année extrême », ajoute-t-il.

En poste à Thunder Bay comme technicien en gestion de feux spécialisé en sécurité, il passe ses journées au cœur de la forêt. La veille, alors qu’il prépare un camion pour le livrer à une équipe, il jette un coup d’œil sur le bord de la route et y constate un paysage apocalyptique : « Des maisons, des camps, et des trailers où il n’y a plus rien. Tout est brûlé. C’est une pile d’aluminium fondu ».

Pour lui, tout cela aurait pu être évité si la province s’était préparé en avance. Il appelle au gouvernement à « cesser le jeu de dupes » avec le personnel de première ligne et les Ontariens affectés par les feux.

Avec 38 ans d’expérience en tant que pompier forestier, Mark Bélanger est le vice-président de la section locale 713 du SEFPO. Il travaille actuellement à Thunder Bay en tant que technicien en gestion des feux, en charge de la sécurité de l’équipe. Photo : gracieuseté de Mark Bélanger.

Des données gouvernementales contestées par le syndicat

« Il gonfle le nombre de personnes qui travaillent » affirme-il. Alors que le premier ministre assure à la presse que 8900 pompiers forestiers combattent activement les brasiers, le technicien en gestion des feux dit, lui, que le nombre total de pompiers ne dépasse pas la barre des 600.

Le représentant syndical du local 713 de la SEFPO dispute aussi les déclarations de Doug Ford sur le matériel disponible. Selon lui, le premier ministre se serait targué d’avoir fourni plus de 90 bombardiers pour éteindre les feux. « C’est absolument faux », s’indigne-t-il. « Dans son calcul, chaque avion ou hélicoptère qui peut transporter de l’eau est un bombardier ».

Or, le pompier précise qu’un bombardier d’eau est un aéronef spécialisé, conçu avec des caractéristiques techniques bien distinctes.

Il dénonce la lenteur du gouvernement provincial à renouveler sa flotte d’avions bombardiers d’eau. Le constructeur De Havilland Canada a pourtant développé une toute nouvelle gamme, le Canadair DHC-515. « Tous les pays d’Europe connaissaient la qualité de ces appareils et ont commandé le premier lot. L’Ontario, lui, a tardé à agir », déplore-t-il.

Vue aérienne du brasier THU_FIRE_36 le 21 juillet dernier à Thunder Bay. Ce feu a brûlé plus de 320 000 hectares. Photo : Services d’urgence, d’aviation et de lutte contre les feux de forêt (SUALFF) de l’Ontario

La province se voit ainsi devancée par d’autres pays européens qui ont pu s’en procurer avant. Si la province a depuis passé le pas, ses bombardiers ne seront disponibles qu’en 2035.

De plus, cette acquisition ne répond pas aux critères opérationnels pour faire face aux feux : « Il faut neuf bombardiers. Quatre à l’Ouest, quatre à l’Est, et un en réserve, détaille M. Bélanger. Ford en a seulement acheté six ».

Actuellement, dans la province, deux bombardiers ne volent pas. En effet le représentant local accuse la province de ne pas avoir commandé certaines parties des engins en avance pour cette saison des feux, les rendant pour l’heure inutilisables.

Un problème de rétention du personnel d’expérience

Les pompiers forestiers et le personnel de gestion d’incendies auraient tendance à quitter leurs fonctions après quelques années, faute de rémunération suffisante; « Ils ont des familles, des factures », rappelle le vice-président de la section locale.

Ce dernier précise qu’avec un taux horaire de moins de 25 dollars par heure, les salaires actuels ne permettent pas d’envisager une carrière à long terme dans le secteur.

Selon lui, le personnel est en constante rotation, avec de jeunes étudiants novices venus prendre de l’expérience avant de partir. « Quand j’ai commencé, c’était commun de trouver une équipe avec 100 ans d’expérience cumulée, 20 par personne. Là, un chef d’équipe peut avoir six ans, le deuxième cinq ans, et le reste sont tous des nouveaux ».

À cause de cet écart, le gouvernement fait appel à des professionnels d’autres industries, affirme M. Bélanger. Ce dernier nous informe que, cette année, le gouvernement Ford a embauché un expert du secteur minier pour mener le protocole de formation des pompiers forestiers.

« Ils embauchent des personnes de l’extérieur qui viennent nous dire quels sont les standards de l’industrie et ce qu’on doit savoir, affirme le représentant syndical. Les seules personnes qui éteignent les feux dans la province de l’Ontario, c’est nous. Il n’y a personne d’autre. Nous sommes l’industrie. »

Alors qu’il continue à dévouer des heures sur le terrain et constate l’impact en temps réel de certaines décisions provinciales, il considère normal que les personnes qui aient tout perdu et dont la sécurité est en jeu puissent demander des comptes au gouvernement.