Mesdames et Messieurs, Brian Mulroney, de Matthew Rankin, figure parmi les productions canadiennes francophones à surveiller au TIFF 2026. Photo : gracieuseté de l’Office national du film du Canada
Culture

TIFF 2026 : la francophonie canadienne à l’affiche

Mesdames et Messieurs, Brian Mulroney, de Matthew Rankin, figure parmi les productions canadiennes francophones à surveiller au TIFF 2026. Photo : gracieuseté de l’Office national du film du Canada

TORONTO – Plusieurs productions canadiennes en français figurent parmi les œuvres à surveiller au 51e Festival international du film de Toronto (TIFF), qui se déroulera du 10 au 20 septembre. Alors que la programmation du festival atteint 293 titres, le TIFF présente cette année 17 œuvres dans lesquelles le français constitue la langue principale et dix autres où il apparaît comme langue secondaire ou tertiaire.

Thriller psychologique, polar maritime, documentaire sur la fin de vie ou portrait d’une légende de la Formule 1 : la francophonie canadienne se présente sous des formes particulièrement variées.

Voici notre sélection de films qui font entendre les voix du Canada francophone, accompagnée de quelques propositions venues du reste de la francophonie.

L’Autre  : entre maladie et perte de repères

Avec L’Autre, Alexandre Franchi signe son premier long métrage en français après The Wild Hunt (2009) et Happy Face (2018).

« Tu ne m’avais pas dit qu’il était aussi beau. Ce n’est pas parce que ce gars est arabe que c’est un criminel », lance l’un des personnages dans la bande-annonce, donnant le ton de ce thriller psychologique teinté d’humour noir et d’horreur.

Présenté en première mondiale, le film entraîne le public dans l’univers instable de Stan, un publicitaire et romancier en herbe qui se remet d’une opération liée à un cancer des os. Immobilisé dans une chambre d’hôpital et sous l’effet des médicaments, il perd peu à peu ses repères.

Affiche du film. Crédit : maison4tiers

« Ce séjour est devenu une descente aux enfers, un délire traumatique. L’Autre est né de ce cri d’angoisse », confie le réalisateur dans le dossier de presse du film.
Alexandre Franchi s’est inspiré de sa propre expérience du cancer pour réaliser ce troisième long métrage. « Ce film est mon rituel cathartique pour transformer cette expérience viscérale en cinéma. »

Alice  : redonner sa place à une pionnière du cinéma

La série franco-canadienne Alice  : pionnière du cinéma, de Virginie Verrier et Guillaume Lonergan, sera présentée en première mondiale dans la section Primetime du TIFF.

Les six épisodes retracent le parcours d’Alice Guy, incarnée par Bérénice Bejo. Cette pionnière a bravé les conventions du début du XXe siècle pour devenir la première réalisatrice de l’histoire du cinéma, mais sa contribution au septième art a longtemps été occultée.

Alice Guy est incarnée par Bérénice Bejo. Photo : Caroline Dubois – Wildbunch – France Télévisions

Portée par le français et l’anglais, cette minisérie raconte « l’ascension et la chute d’une femme libre, trahie par une époque incapable de tolérer son succès », selon son communiqué de présentation.

Brian Mulroney, un « p’tit gars de Baie-Comeau » devenu premier ministre

Le documentaire Mesdames et Messieurs, Brian Mulroney, réalisé par Matthew Rankin à l’Office national du film du Canada, sera présenté en première mondiale dans la section Midnight Madness.

Le cinéaste originaire de Winnipeg revisite l’ascension du « p’tit gars de Baie-Comeau », devenu le 18e premier ministre du Canada.

« Un être au charme incomparable, parfaitement bilingue, qui, au lendemain du référendum de 1980, promet l’impossible : réconcilier le pays en scellant à jamais son unité », lit-on dans le communiqué de presse du film.

Pour construire cette incursion de 105 minutes dans l’esprit de l’ancien dirigeant, Matthew Rankin a puisé dans quelque 80 000 fragments d’archives.

Il poursuit ainsi le travail formel remarqué dans Une langue universelle, sacrée meilleure découverte canadienne au TIFF en 2024.

Villeneuve : une légende québécoise à toute vitesse

Doté d’un budget de 15,8 millions de dollars, Villeneuve : L’ascension d’une légende, de Yan Lanouette Turgeon, sera présenté en première mondiale lors du gala de clôture, le 19 septembre.

Rémi Goulet interprète Gilles Villeneuve, depuis sa jeunesse modeste à Saint-Jean-sur-Richelieu jusqu’à son ascension en Formule 1.

L’acteur Rémi Goulet joue Gilles Villeneuve. Photo : Les films Opale

Le film revient sur une carrière aussi spectaculaire que brève, marquée par six victoires et treize podiums avant la mort du pilote en 1982. Derrière les courses, il met également en lumière sa discipline, son goût du risque et le soutien de ses proches.

Un meurtre au large du Nord

Habitué du TIFF, Rodrigue Jean revient au festival, où son troisième long métrage de fiction, Lost Song, avait remporté le prix du meilleur film canadien en 2008.

Cette année, il présente Labrador – Autopsie du silence, un polar maritime qui dépasse les limites du film d’enquête.

Le film arrive à Toronto après avoir remporté trois prix au Festival de Tribeca : meilleur long métrage narratif international, meilleure direction photo et meilleure interprétation.

Tourné en français, en anglais et en inuktitut, Labrador – Autopsie du silence porte à l’écran une réalité nordique et multilingue rarement placée au centre du cinéma canadien.

Denis Côté présente son 17e long métrage

Figure incontournable du cinéma d’auteur québécois, Denis Côté, originaire du Nouveau-Brunswick, revient au TIFF avec Violence du corps de l’autre, son 17e long métrage.

Denis Côté revient au TIFF avec Violence du corps de l’autre. Photo : h264distribution

Présentée dans la section Wavelengths, cette œuvre entièrement francophone poursuit l’exploration de personnages en marge de la société, chère au cinéaste. Elle aborde le suicide assisté et notre rapport à la mort.

« Il s’agit d’une œuvre de corps et de sang, pleine d’incertitudes et de flottements. Elle est empreinte de délinquance et d’une grande liberté de ton et de forme », affirme Denis Côté dans un communiqué.

Haïti et le Canada réunis dans Marie Madeleine

La présence canadienne se déploie également par les coproductions. Réunissant la France, Haïti, la Belgique, le Canada et le Luxembourg, Marie Madeleine propose une relecture caribéenne et contemporaine de la figure biblique.

La réalisatrice et actrice haïtienne Géssica Généus incarne une travailleuse du sexe indépendante vivant à Jacmel. Sa rencontre avec Joseph, fils réservé d’un pasteur évangélique, ouvre de nouvelles possibilités, jusqu’à ce que leurs univers entrent en collision.

Porté par le français et le créole haïtien, le film fait de Jacmel un personnage à part entière et célèbre la danse, la poésie, la musique et la sexualité comme moyens de reconquérir sa liberté.

D’autres films francophones à surveiller

La programmation comprend aussi plusieurs productions et coproductions venues de France, de Belgique et d’ailleurs :

Coward, de Lukas Dhont;

Le Faux Soir, de Michaël R. Roskam;

Forty Love, de Pierre-Ange Carlotti;

MILO, de Nicole Garcia;

Les Misérables, de Fred Cavayé;

The Beloved, de Rodrigo Sorogoyen.

Sans dominer la programmation, le français se fait ainsi entendre dans des œuvres aux genres, aux accents et aux origines multiples. Les productions canadiennes lui donnent toutefois une présence distinctive au TIFF cette année.