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Pourquoi les auteurs francophones aiment le Salon du livre de l’Outaouais

Temps de lecture : 4 minutes

GATINEAU – C’est le grand rendez-vous littéraire de l’année pour les francophones de la région d’Ottawa. Depuis hier, ils sont une trentaine d’auteurs de maisons d’édition en contexte minoritaire présents dans les différentes allées du Palais des congrès de Gatineau.

Une affluence moyenne pour la première journée d’activités, ce jeudi. La tempête de neige a eu raison de la motivation des visiteurs. L’auteur Jean Boisjoli, lui, est bien là. Impossible de faire autrement d’ailleurs puisque c’est lui qui est désigné, cette année, représentant de l’Ontario français pour le Salon.

« C’est un rôle d’ambassadeur de l’Ontario français », explique l’écrivain lauréat du prestigieux Prix Trillium dans la catégorie de langue française, en 2017, pour son roman La mesure du temps. « Mes tâches sont avant tout la visibilité. Durant les quatre jours du salon, je fais une tournée des résidences de personnes âgées et aussi des entrevues. »

Jean Boisjoli est un habitué des salons. Outre son rôle de porte-parole, ce Salon du livre de l’Outaouais (SLO) 2020 sera l’occasion pour lui de faire connaître son dernier roman, Moi Sam. Elle Janis, sorti en août 2019 aux Éditions David. Principal outil pour présenter les ouvrages : les traditionnelles séances de dédicaces avec le public, une heure, voire deux, chronomètre en main.

« Le Salon du livre de l’Outaouais est mon préféré. Il y a un dynamisme, une énergie, une véritable possibilité d’échanger avec les autres auteurs et de faire des découvertes littéraires. »

L’auteur Jean Boisjoli. Gracieuseté

« On est en famille »

Non loin de là, à quelques piles de livres, Véronique Sylvain en est à son premier SLO… à titre d’auteure. Depuis de longues années, elle vient déjà comme responsable de la promotion et de la communication pour les Éditions David. Un travail qui implique plusieurs semaines de préparation.

La sortie de son premier recueil de poésie, Premier quart, aux Éditions Prise de parole, l’année dernière, offre à Véronique Sylvain une double casquette plutôt inédite pour cette édition 2020.

« On est vraiment dans le rush, c’est difficile à gérer, mais c’est un bon stress ! J’arrive maintenant mieux à me mettre à la place des auteurs, à comprendre leur nervosité lors des séances de dédicaces. »

Si le recueil de Véronique Sylvain explore en partie le Nord de l’Ontario, c’est ici dans la région d’Ottawa qu’elle se sent le plus à l’aise pour présenter son livre.

« Par rapport au Salon du livre de Montréal, ici, c’est vraiment à taille humaine. J’arrive plus à y prendre ma place et on est en famille avec Sonia-Sophie Courdeau ou encore David Ménard [tous deux poètes]. »

L’auteure Véronique Sylvain. Crédit image : Sébastien Pierroz

« À grandeur d’homme »

Poète lui aussi, José Claer n’en est pas à son premier salon.

« Je suis venu beaucoup de fois. J’y vais généralement tous les deux ans. J’ai commencé en 2001 », confie l’écrivain trans originaire de Mont-Laurier.

Si José Claer attendait particulièrement cette première journée d’activités au Palais des congrès de Gatineau, c’est d’abord parce que son recueil, Mordre jusqu’au sang dans le rouge à lèvres, aux Éditions L’Interligne, est le plus trash et abouti de son œuvre.

« Un coming out artistique », dit-il.

Mais d’autres raisons expliquent son impatience.

« Cette rencontre avec le lecteur, c’est pouvoir être dans la même parenthèse de chair, de salive, de postillon. Il y a de la communion au-delà de la communication. On parle d’un carpe diem. Montréal est, par exemple, un trop grand salon pour moi, avec des stars de la télévision, du monde vraiment très urbain. Ici, à Gatineau, on reste à grandeur d’homme. »

Le Salon du livre de l’Outaouais n’est pourtant pas l’unique point d’intérêt pour les écrivains venant d’une maison d’édition en contexte minoritaire. Les salons de Hearst et de Sudbury, lesquels se déroulent en alternance chaque année, offrent une bonne visibilité. Idem pour le Salon du livre de Toronto, en décembre.

« Je suis déjà allé au Salon de Toronto », illustre José Claer dans sa langue des vers. « On avançait sur la pointe des mots, on ne voulait pas déranger tellement que c’était intime. »

Christian Quesnel connaît lui aussi les séances de dédicaces. Loin des rebondissements des romans ou des rimes de la poésie, son monde à lui, c’est surtout la bande-dessinée.

« Je viens ici chercher la rencontre avec le lecteur. On travaille de façon souvent solitaire, moi sur ma table à dessin », explique le bédéiste. « Je suis né à Hull. Donc le Salon du livre de l’Outaouais, c’est aussi le salon du livre de ma jeunesse où j’ai lancé plein d’œuvres. Je trouve qu’il y a un bon équilibre entre les auteurs d’Europe, du Québec, de l’Ontario français et de l’Acadie ! »

Et de conclure : « Durant le Salon, le lecteur nous offre, lui, une nouvelle lecture de ce que l’on fait. »

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