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Propos de Denise Bombardier : « Elle a pris pour de l’agressivité ce qui était de la fermeté »

Temps de lecture : 4 minutes

Denise Bombardier était de nouveau l’une des personnes les plus ciblées sur les médias sociaux ce lundi. ONFR+ a choisi de rencontrer trois des intervenantes du documentaire Denise au pays des Francos, produit par la firme Manito Média. Malgré les échanges lors du tournage, leurs positions sur la romancière et journaliste ne varient guère.

Caroline Gélineault était devant son téléviseur, dimanche soir, pour Tout le monde en parle (TLMEP). La Franco-Ontarienne originaire de Geraldton, dans le nord de l’Ontario, représentait les Franco-Ontariens dans le documentaire dont on peut voir des extraits au cours de l’émission. On la voit converser avec la romancière en compagnie de deux autres francophones.

Lors de la diffusion de ces extraits sur le plateau, Mme Bombardier avait pointé du doigt la qualité du français de Caroline Gélineault. « Elle a été agressive depuis le début… Si elle ne doute pas, et si elle croit que la langue qu’elle doit parler, c’est la langue dans laquelle elle m’a parlé, et bien, c’est bien dommage pour elle, il n’y a pas d’avenir pour elle, qu’elle passe tout de suite à l’anglais. »

Vérification des faits, Caroline Gélineault, ancienne présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), s’exprime très bien en français. Elle est par ailleurs titulaire d’un baccalauréat en linguistique.

« J’ai été attaquée publiquement, et je me donne le droit de répliquer », laisse entendre Caroline Gélineault, consciente toutefois que le tapage autour de Denise Bombardier « nourrit la polémique ».

Pourquoi alors le mot « agressive » prononcée à son égard ? « Elle s’est peut-être sentie heurtée par mes propos, mais je ne me laisse pas marcher sur les pieds. J’étais arrivée préparée lors de cette rencontre avec elle, je connais mes enjeux. Elle a pris pour de l’agressivité ce qui était de la fermeté. C’est un qualificatif souvent employé pour les femmes qui s’affirment. »

Si elle ne regrette pas l’expérience du tournage, Caroline Gélinault aurait aimé un exercice moins centré autour de Denise Bombardier. « C’était son tournage, elle prenait beaucoup de place dans les discours, et il n’y avait pas d’animateur pour mener la discussion (…) Le documentaire ne mentionne pas le passage où l’on affirme que nous sommes d’accord pour nous exprimer dans un français plus soutenu. »

« Je l’ai sentie sur la défensive »

Chloé Freynet-Gagné apparaît aussi dans le documentaire. Il y a quelques semaines, cette Franco-Manitobaine a rencontré Denise Bombardier. Pour les besoins du tournage, la romancière est d’abord allée boire un café avec Chloé Freynet-Gagné. Dans la deuxième partie de journée, elle s’est rendue chez les parents de la jeune femme dont les quatre enfants sont élevés en français.

« Au début, je n’étais pas certaine d’accepter le documentaire », confie l’étudiante en droit, qui fut l’une des premières à lancer une invitation à Mme Bombardier après ses propos pessimistes à l’égard des francophones tenus à TLMEP, le 21 octobre 2018. « J’étais blessée, mais on n’arrange rien si l’on discute avec des gens avec qui nous sommes d’accord. »

Quelle impression garde-t-elle de sa rencontre avec Mme Bombardier ? « C’était la première fois que je parlais avec quelqu’un de ma réalité, et que je n’étais pas d’accord avec ce qu’elle disait. J’ai eu l’impression qu’elle n’était pas prête à comprendre notre réalité. Je l’ai sentie toujours sur la défensive. »

Denise Bombardier rencontrant la famille de Chloé Freynet-Gagné. Capture écran issue du documentaire diffusé sur Radio-Canada.

Lors de l’émission diffusée dimanche soir, l’ancienne journaliste n’a effectivement pas modifié d’un iota son analyse sur la situation des francophones en milieu minoritaire. Qualifiant de « jovialiste » le constat d’une partie des francophones sur l’état du français, Mme Bombardier a entre autres cité le chiffre de 16 865 Manitobains dont le français est « la langue la plus souvent parlée à la maison ».

Chloé Freynet-Gagné préfère plutôt retenir les plus de 40 000 personnes dont le français est la langue maternelle, et les plus de 100 000 possédant, selon Statistique Canada, une « connaissance des langues officielles ».

« discussions franches et convivales » mais…

Autre intervenante du documentaire : la politologue du Collège militaire royal à Kingston, Stéphanie Chouinard. On la voit au cours du long reportage d’une cinquantaine de minutes s’entretenir avec Mme Bombardier dans un train en direction de Toronto, puis lors de quelques séquences dans la Ville reine.

La politologue Stéphanie Chouinard. Capture écran issue du documentaire diffusé sur Radio-Canada

L’émission diffusée hier soir l’a en tous cas déçue. « « Durant le tournage, j’ai senti qu’on avait eu des discussions assez franches et conviviales. Je voyais qu’elle était réceptive à nos défis, et je sentais clairement une amoureuse de la langue française. Je voyais en elle une alliée. Quand on a parlé des statistiques, j’ai tenté de lui expliquer qu’en termes de chiffres réels, nos communautés étaient en croissance, mais en croissance moins rapide que les communautés majoritaires, ce qui faisait qu’en pourcentage, nous rétrécissions. Finalement, elle n’en a pas fait grand cas. »

Pour Stéphanie Chouinard, la plus grosse déception de la soirée, ce sont les critiques sur la qualité de la langue des jeunes francophones. « J’inviterais Denise Bombardier à prendre un café avec certains jeunes de 18 à 20 ans à Montréal. Le français des jeunes en contexte minoritaire ressemble à celui des jeunes au même âge qui habitent au Québec. Ce qu’elle décrit sur la qualité de la langue est plus un clash générationnel. »

Tourner la page

Ces trois intervenantes sont unanimes sur un point. Il faut maintenant tourner la page sur ce tollé autour de Denise Bombardier. « Je ne veux pas en faire une étude de cas », affirme Stéphanie Chouinard.

« Il faut se concentrer sur les vrais enjeux, l’insécurité linguistique, des investissements en culture, la protection des services en français, ou encore l’Université de l’Ontario français », conclut Caroline Gélineault.

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