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Pvtistes, étudiants étrangers, statut temporaire… que faire ?

Temps de lecture : 5 minutes

TORONTO – Des étudiants étrangers, des jeunes ayant un visa vacances/travail (PVT) et d’autres ressortissants de différents pays vivent des moments de grande angoisse. Face à l’incertitude, certains décident de retourner à la maison, d’autres attendent les consignes officielles. Le consul de France à Toronto, Tudor Alexis, partage des pistes de réponses pour les aider à prendre une décision. Mais attention : chaque cas est unique, insiste-t-il.

« Le problème des Pvtistes est avant tout économique. Ils ont un droit de séjour, mais ont-ils les moyens pour tenir la distance sans être employé ? La question qu’ils doivent se poser  : est-ce que pendant trois semaines, un mois ou deux mois, vous vous jugez en état de tenir la distance ? C’est au cas par cas », dit-il.

« Si un Pvtiste est logé chez son oncle ou en couple avec une Canadienne et qu’il a les moyens de manger, il est dans une situation autre qu’un Pvtiste qui n’a pas de ressources », ajoute-t-il.

Il note que plusieurs Pvtistes travaillaient dans le domaine de la restauration, durement frappé par la crise actuelle, ce qui peut les placer en situation précaire.

Français en PVT dans l’incertitude « Depuis lundi, le travail nous a demandé de ne plus venir et de rester chez-nous pour du télé-travail. Mais les serveurs informatiques ne le permettent pas encore. C’est le chômage partiel et je n’ai pas travaillé assez longtemps pour toucher de l’aide des gouvernements. De la France non plus. Au prix de la vie ici, je ne peux tenir qu’un mois et demi. Pour l’instant je ne considère pas un retour en France, mais je crains que la situation devienne pire et que je ne puisse pas tenir compagnie à ma famille » – Florent Perret

« Retourner en France, c’est aussi se dire que vous avez le confort de la famille et que vous avez droit à des aides financières du gouvernement, dès lors que vous êtes résident en France. A-t-on droit au chômage ici ou en France ? Il faut considérer tout cela », affirme Tudor Alexis.

Les étudiants étrangers placés dans une situation inconfortable

Plusieurs étudiants étrangers se trouvent dans une situation très inconfortable. La majorité des écoles secondaires, collèges et universités n’ont annoncé que deux semaines de pause. En théorie, ces étudiants devraient donc demeurer ici. Mais si l’interruption se prolonge ou que le semestre est mis sur la glace, il est loin d’être sûr qu’il y aura alors suffisamment de vols pour retourner chez eux.   

Belge étudiante au secondaire à Fonthill « L’école est fermée jusqu’au 5 avril, ensuite on ne sait pas. Mais déjà le bal des finissants était annulé et toutes les autres activités. L’organisation qui m’accueille me suggérait de rester, mais pas l’organisation responsable de mon échange en Belgique. J’ai finalement décidé de retourner en Belgique, mardi. Rester dans une autre famille dans ce contexte n’était pas optimal. Je ne reverrai pas mes amis. Ce n’est pas la fin que j’espérais au Canada, mais je reviendrai » – Fanny Étienne

« La situation s’évalue au cas par cas. Certaines universités ont décidé de conserver les résidences universitaires ouvertes et d’offrir plus de chambre aux étrangers, suite au départ des étudiants canadiens dans leurs familles. Il faut comprendre que certains n’ont pas énormément d’argent et ne peuvent pas quitter le Canada, pour ensuite devoir revenir si les universités décident finalement de rouvrir », souligne M. Alexis.

Étudiante martiniquaise au Collège Boréal à Toronto « En apprenant la fermeture du Collège, je ne me sentais plus du tout en sécurité à Toronto, car je vis toute seule et s’il m’arrivait quelque chose, je n’aurai eu aucune personne à qui me référer. Je suis de retour en Martinique. Mais ça m’embêterait que les cours reprennent et que je sois toujours coincée sur mon île. J’espère pouvoir achever mon semestre avec succès » -Cécile Careto

« J’ai géré des crises au Liban et ailleurs dans le monde, habituellement en période de crise, nous avons une consigne uniforme. Mais dans le cas d’une crise sanitaire, je ne peux pas dire si la crise va s’aggraver et où elle va s’aggraver. Certains peuvent préférer le confinement allégé ici à celui de la France plus sévère ces jours-ci », souligne Tudor Alexis.

Bloqués à l’étranger

Vendredi midi, au moment de réaliser cette entrevue, le consul de France était particulièrement préoccupé par le sort d’un groupe.

« Le statut qui m’inquiète, ce sont les gens qui ont un permis temporaire, qui se trouvent à l’étranger et tentent de revenir au Canada. Ils n’ont pas le permis de résident. Ils sont en période de transition », disait-il.

Plusieurs sont bloqués à l’étranger et le gouvernement canadien semblait ne plus vouloir les accepter au pays. Les autorités canadiennes ont cependant entendu ses préoccupations et annoncé différentes exemptions à ce sujet, vendredi soir.

« Ces exemptions en matière de voyage visent les travailleurs agricoles saisonniers, les travailleurs du secteur du poisson et des fruits de mer, les aides familiaux et tous les autres travailleurs étrangers temporaires. Les exemptions relatives aux déplacements s’appliquent également aux étudiants étrangers qui avaient un permis d’études valide, ou qui avaient vu leur demande approuvée quand les restrictions de voyage sont entrées en vigueur le 18 mars », a indiqué Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Les demandeurs de résidence permanente qui avaient été approuvés pour la résidence permanente avant que les restrictions de voyage aient été annoncées le 16 mars, mais qui ne s’étaient pas encore rendus au Canada sont aussi dispensés des restrictions.

Mais attention : « Les personnes touchées par ces exemptions ne devraient pas essayer de se rendre au Canada immédiatement. Nous en ferons l’annonce quand les exemptions seront en place, ce qui devrait être au début de la semaine prochaine. »

Française-Canadienne vivant à Toronto prise au Maroc « Tous les vols internationaux ont été annulés. Et d’après l’ambassade, il n’y aura plus de vols après le 22 mars. On craignait de ne pas pouvoir rentrer pendant des mois. Je suis avec une amie et son enfant. Plusieurs Canadiens sont prisonniers à Casablanca. Heureusement, nous sommes dans le vol affrété par le Canada pour revenir. Mais plusieurs n’ont pas eu la chance de se procurer un billet » – Angélique Bernabe

Certains étrangers attendaient aussi leurs documents officialisant leur statut au pays. Avec les bouleversements actuels, ils sont plongés dans l’incertitude.

« La France a prolongé l’ensemble des titres de séjour. Nous travaillons avec le Canada pour que la même chose soit faite ici », affirme M. Alexis.

Une ressource d’entraide

Pour aider les Français en difficulté dans le monde, le site www.sosuntoit.fr a été lancé cette semaine.

« C’est une initiative faite par le ministère des Affaires étrangères de la France en liaison avec d’autres associations pour faire jouer la solidarité entre les établissements français et les Français. Cela permet d’aider des compatriotes en difficulté. »

Le consulat de France à Toronto tente par tous les moyens de demeurer ouvert pour répondre aux questions de gens inquiets.

« Je veux éviter de devoir fermer en raison du manque de personnel valide capable de travailler », affirme le consul, qui a modifié les horaires de travail pour que moins d’employés se croisent.

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