Raphaël Attalin : « Les jeunes ont leur mot à dire en politique »
[ENTREVUE EXPRESS]
QUI :
Raphaël Attalin, 18 ans, Franco-Manitobain, participe pour une deuxième fois au Parlement jeunesse pancanadien. Il étudie en administration publique et en science politique à l’Université d’Ottawa.
LE CONTEXTE :
La 13e édition du Parlement jeunesse pancanadien se tient à Ottawa du 7 au 11 janvier 2026 et réunit des jeunes francophones de partout au pays autour d’une simulation parlementaire.
L’ENJEUX :
Le Parlement jeunesse pancanadien met en lumière l’intérêt des jeunes pour la politique, leur engagement citoyen et la vitalité de la francophonie.
« Ce n’est pas votre première participation au Parlement Jeunesse. Qu’est-ce que ça représente pour vous?
Pour moi, ça représente un mouvement d’engagement civique porté par la jeunesse francophone. Ça nous donne l’opportunité de nous rencontrer entre jeunes francophones investis dans le civisme au Canada.
J’ai participé à plusieurs éditions du Parlement Jeunesse franco manitobain, ce qui m’a permis de rencontrer beaucoup de jeunes francophones au Manitoba, une communauté très soudée. Mais ici, au Parlement Jeunesse franco-canadien, ça m’a aidé à élargir mes horizons et ma vision de la francophonie canadienne. C’est ça, la beauté de cet événement, je dirais.

Pensez-vous que les jeunes s’intéressent à la politique?
Je trouve que c’est souvent un mythe de dire que les jeunes sont moins intéressés par la politique que les personnes plus âgées. Certes, on peut dire qu’ils sont parfois moins touchés directement, mais ils sont très concernés, notamment par les enjeux liés à l’éducation.
Ici, les participants au Parlement Jeunesse ont au moins 14 ans. La plupart ont 16, 18 ou même 20 ans. Ils vont entrer sur le marché du travail, dans le système d’éducation, et ils seront donc affectés par les décisions politiques. Ce genre d’événements est une bonne manière de les initier à la politique et de susciter leur intérêt, s’ils ne le sont pas déjà.
La participation massive au Parlement Jeunesse, notamment avec beaucoup de nouvelles personnes, montre que les jeunes sont prêts à s’investir et à traverser le pays pour être engagés, à la fois par civisme, mais aussi pour la protection de leur francophonie, et ce dès un jeune âge.
Cette année, vous occupez le rôle de ministre de la « classification citoyenne ». Pouvez-vous nous expliquer votre projet?
Même si on est dans un environnement plus ou moins politique, on ne veut pas que ce soit sérieux ou intimidant. C’est plutôt du théâtre, en quelque sorte.
J’ai donc rédigé un projet de loi assez farfelu qui s’appelle la classification citoyenne. Il s’agit d’un éco-score qu’on attribuerait aux citoyens du Canada selon leurs actions envers l’environnement. Plus le score est élevé, plus les personnes feraient partie d’une classe sociale plus haute; plus il est bas, plus elles seraient associées à une classe sociale plus basse. Je trouve que c’est assez créatif, et c’est pour ça que je l’ai écrit.
C’est ce projet de loi que je défends en ce moment. Lors du Parlement Jeunesse, on aborde des sujets variés comme l’écologie, l’avenir de la francophonie, l’inclusion ou encore l’éducation. Ça permet aux jeunes de réfléchir de manière créative à ces enjeux. Je trouve que ça stimule intellectuellement le groupe.
Par ailleurs, les jeunes ne veulent pas seulement participer. Ils souhaitent aussi s’engager à améliorer les prochaines éditions et à assurer la pérennité des projets, notamment en se présentant comme ministres, députés ou leaders de la chambre, afin d’avoir plus de responsabilités et d’organiser la prochaine session.

D’où vient votre intérêt pour la politique?
Parce que la politique touche la vie de tout le monde. Souvent, je trouve que les choses ne sont pas faites correctement. Si tu es mécontent de ce qui se passe autour de toi, que ce soit en matière d’écologie ou d’éducation, c’est à toi de lever la voix.
Des événements comme le Parlement Jeunesse démontrent que les jeunes, même s’ils ne sont pas encore engagés dans la politique institutionnelle, commencent à bâtir une culture et à faire entendre leur voix.
Et sur la francophonie, quelle est votre vision?
Je suis immigrant. Je suis arrivé au Canada à l’âge de 5 ans et j’ai grandi au Manitoba. C’est la communauté francophone qui m’a accueilli et qui m’a donné un véritable sentiment d’appartenance.
Pour moi, la francophonie canadienne hors Québec est très pertinente, parce qu’elle crée un sentiment de communauté pour beaucoup de gens. C’est une composante essentielle de l’identité canadienne. Pour qu’elle survive et prospère, elle doit être stimulée par des événements culturels et par le dynamisme des francophones. C’est aussi simple que ça.
Avez-vous un regard critique sur la politique et sur la place de la francophonie?
Oui, sans trop entrer dans des considérations partisanes. Je souhaite que les gouvernements fédéral et provinciaux gardent à l’esprit l’importance de la francophonie à l’extérieur du Québec. Je comprends que le Québec doive protéger sa langue, mais il ne faut pas oublier les francophones hors Québec.
Je souhaite aussi que le gouvernement québécois reconnaisse pleinement l’existence des francophones à l’extérieur de la province, afin que le Canada puisse demeurer réellement bilingue. »