Recensement : bien plus qu’un simple questionnaire pour la francophonie canadienne
Vous avez probablement tous reçu ce feuillet beige dans votre boîte aux lettres, vous invitant à remplir le questionnaire du Recensement de 2026. Si certains n’y voient qu’un simple questionnaire formel, les données recueillies auprès des Canadiens sont, en réalité, d’une importance capitale pour les conseils scolaires, les chercheurs et les organismes de la francophonie canadienne.
Les informations du recensement permettent non seulement de planifier adéquatement les services, mais aussi de brosser un portrait précis de la situation du français à travers le pays.
« C’est ce qui nous permet de garantir notre droit à l’éducation en langue française », résume Andrée Newell, la directrice générale de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF).
« Concrètement, cela permet de dénombrer les ayants droit partout au pays, ce qui nous permet ensuite de bâtir nos argumentaires et nos plaidoyers pour garantir un accès équitable à l’école de langue française », ajoute la dirigeante de l’organisme, représentant plus de 700 établissements.
En se basant sur les données de ce recensement, les conseils scolaires sont en mesure de prendre des décisions éclairées concernant la construction d’écoles dans des villes ou secteurs spécifiques, avance Andrée Newell.
Le Recensement : c’est quoi?
Selon Statistique Canada : le Recensement dresse un portrait de la population et du secteur agricole du Canada. Les renseignements fournis sont utilisés pour produire des statistiques sur lesquelles les collectivités, les entreprises et les gouvernements s’appuient pour prendre des décisions éclairées, planifier des services et élaborer des programmes liés à l’emploi, aux écoles, au transport en commun, aux hôpitaux et plus encore.
Les réponses permettent de comptabiliser le nombre de francophones, mais aussi d’en connaître davantage sur l’impact de l’immigration sur la francophonie ou encore de comptabiliser les enfants admissibles à l’éducation en français. Pour les chercheurs, cela permet de mesurer la vitalité du français, comme lors du dernier recensement qui a montré une baisse marquée du français partout à travers le Canada.
« Nous n’avons pas les ressources pour faire ce que Statistique Canada fait à l’échelle canadienne. On ne pourrait jamais réunir ces ressources. Il nous manquerait un gros morceau pour comprendre les dynamiques linguistiques de nos communautés francophones en situation minoritaire », souligne Éric Forgues, le directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques.
Au cours des années suivantes, l’institut diffuse les données du Recensement, ainsi que des analyses et des recherches qui en découlent. Par exemple, à la suite du Recensement de 2021, plus d’une trentaine de recherches et publications ont été effectuées par l’institut, portant autant sur l’immigration, le français dans le milieu du travail que l’éducation.
« Nous faisons des analyses pour compléter ce que Statistique Canada a fait », explique Éric Forgues.
« Sans ces données, il serait très difficile de suivre l’évolution de la situation linguistique à travers les communautés sur le long terme et dans l’ensemble du Canada, car on peut aller à des niveaux géographiques et locaux très précis, comme les villes ou les villages », souligne l’ancien chercheur.
Bien répondre au questionnaire
Plusieurs organisations francophones, comme les conseils scolaires mènent présentement des campagnes de sensibilisation invitant les gens à répondre aux questions de la manière la plus précise possible.
« Souvent, chez les francophones, parce que plusieurs parlent aussi l’anglais, ils vont penser qu’ils peuvent répondre qu’ils sont bilingues. Mais cela ne donne pas un portrait juste de la situation actuelle », rappelle la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Liane Roy.

Depuis 2021, de nouvelles données sont apparues dans la forme longue du formulaire pour, notamment, comptabiliser les ayants droit, soit les enfants admissibles à une éducation en français à l’extérieur du Québec.
Par exemple, en Ontario, les données de Statistique Canada ont permis de révéler que 41 % des ayants droit ne pouvaient se tourner vers l’école en français, car il manquait de place. Dans la francophonie canadienne, on parle de près de 600 000 enfants, soit environ 35 %, qui pourraient fréquenter une école en français ou d’immersion.
« On peut passer très rapidement sur les questions concernant le bilinguisme ou la langue maternelle sans y réfléchir, et cela a des impacts sur notre capacité à dénombrer les besoins réels », présente Mme Newell.
« En 2021, il y a eu une confirmation de ce que l’on sait déjà : la question de l’accès a un impact sur la capacité à attirer les ayants droit. C’est un bassin important d’ayants droit qui ne sont pas rejoints par nos infrastructures actuelles », confirme Mme Newell.
Conformément à la loi, chaque ménage a l’obligation de remplir le questionnaire du Recensement de la population de 2026, rappelle Statistique Canada.
« Si on veut des écoles, des services à la petite enfance ou des centres de la petite enfance, il est important d’avoir des chiffres les plus justes possibles pour être capable de demander ces services », insiste Liane Roy.