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Réjeanne Bélisle-Massie

Réjeanne Bélisle-Massie : le bénévolat dans le sang

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+] 

TEMISKAMING SHORES – Il n’est pas facile d’énumérer tous les organismes auxquels Réjeanne Bélisle-Massie a donné de son temps. Actuellement présidente du Centre culturel ARTEM et trésorière de la Galerie d’art du Temiskaming, l’enseignante à la retraite s’est aussi impliquée dans le Festival des folies francophones, le marché de Noël et l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) du Temiskaming. Tout ce travail lui a valu l’insigne de « chevalier » de l’Ordre de la Pléiade en 2019. Rencontre avec une bénévole passionnée.

« Comment s’est développée cette passion pour l’engagement communautaire ?

Mon père, Rhéal Belisle, était un politicien. Le service à la communauté a toujours été très important pour lui. Mes parents nous ont élevés comme ça : lorsque tu es bien, tu te demandes ce que tu peux faire pour améliorer le sort des autres. Lorsque tu as reçu beaucoup, tu es appelé à donner beaucoup. C’est tout naturel.

Mes sœurs et mes frères se sont toujours impliqués dans leur communauté, eux aussi. C’est dans nos gènes.

J’ai aussi vécu une période très difficile de ma vie durant les années 1980. C’est là que je me suis dit qu’il n’y aura plus personne qui m’empêchera de faire tout ce que je souhaite accomplir. Depuis ce temps-là, quand je veux faire quelque chose, je fonce !

Vous n’avez pas grandi à Temiskaming Shores. Comment vous êtes-vous retrouvée dans cette communauté ?

J’ai quitté Blezard Valley pour faire mes études secondaires à Ottawa. À ce moment-là, il n’y avait pas d’école secondaire francophone à Blezard Valley. Il y avait les Sœurs Grises de la Croix. Mes sœurs aînées y sont allées parce que, bien évidemment, les religieuses étaient en mode de recrutement. Elles pensaient bien avoir des nouvelles recrues parmi notre famille, mais malheureusement pour elles, ça n’a pas porté fruit.

Elles offraient juste une neuvième et dixième année en français. Mais même là, nos examens étaient en anglais. Donc, je suis partie à Ottawa à 14 ans pour continuer mes études. J’ai fait partie de la première cohorte de la faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa. C’est là qu’il y avait des gens qui étaient descendus pour recruter des enseignants. J’ai pris un contrat d’un an ici et je ne suis jamais repartie.

Avez-vous trouvé ça difficile de quitter la maison si jeune ?

Mes grandes sœurs ont quitté la maison à 12 ans, vous savez ! À cette époque-là, on vieillissait vite.

À 14 ans, c’est sûr que je m’ennuyais de ma famille au début. Mais je me suis fait rapidement des amis. J’ai beaucoup aimé ça, en fait. C’était la grande ville et on faisait des sorties. Mais ne vous inquiétez pas, les religieuses nous surveillaient. (Rires) Ensuite, je retournais à la maison à Noël.

Depuis votre arrivée à Haileybury en 1971, quels changements avez-vous remarqués dans la communauté ?

Depuis les années 70, les francophones ont commencé à prendre leur place ici. Quand je suis arrivée, c’était le pays de l’APEC : the Alliance for the preservation of English Canada. Dans les magasins, personne ne parlait français. Si tu leur parlais en français, on te répondait : « speak English ».

La majorité des francophones de la région vivait à Haileybury, donc on le sentait moins là. Le conseil municipal de Haileybury était aussi très réceptif aux francophones. Mais à New Liskeard, c’était pas mal orange.

Je me souviens, nous étions un groupe d’enseignantes et nous allions magasiner à Englehart où il y avait un très beau magasin de vêtements de femme. Mais là, le conseil municipal d’Englehart avait passé une motion qui appuyait l’APEC. Donc, on a boycotté tous les magasins de la ville. Ça a dû leur ouvrir les yeux, parce que la ville a retiré la motion quelques années par après.

Ensuite, ce qui a aidé dans les années 80, c’est que la région a été désignée sous la Loi 8. Là, on avait le droit à des services en français.

Vous avez été présidente de l’ACFO du Temiskaming dans les années 1990. Quelles initiatives avez-vous mises de l’avant pour contribuer à la visibilité des francophones de la région ?

Un jour, un propriétaire de librairie nous a signalé qu’il n’avait pas grand-chose pour les jeunes francophones dans la région.

Donc, on s’est mis ensemble, Jean-Claude Carrière et moi, pour penser à ce que l’on pourrait faire. On a pondu le projet du Festival des folies francophones.

On a décidé qu’on était pour faire ça en plein centre-ville, à l’extérieur. On voulait être, comme on dit en anglais, « In your face ». Donc, on a demandé à la ville de fermer une rue. Ça a aidé à éveiller des gens à la présence francophone dans la région.

Ensuite, on avait des activités dans chaque municipalité francophone : Cobalt, Haileybury, Belle Vallée, Earlton et New Liskeard. Une exposition d’art, un brunch communautaire, un rallye d’auto.

Pour le rallye, il fallait avoir un aîné et un enfant, pour des points boni. Il y avait des questions sur l’histoire de la municipalité, dont seuls les aînés connaissaient les réponses. Les gens devaient se rendre dans chacune des communautés pour identifier quelque chose.

Après l’ACFO, vous vous êtes associée au Centre culturel ARTEM, qui vient de recevoir une subvention du Programme d’appui à la francophonie ontarienne. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

Le Centre culturel ARTEM a la mission de mettre en valeur les arts et la culture francophone dans la région. On a aussi une composante touristique.

Le projet « Francophones à l’avant-scène » permettra de créer un espace social et accessible où seront célébrées la diversité et la culture francophones.

Je suis aussi trésorière à la Galerie d’art du Temiskaming, qui lance un studio ouvert. C’est un endroit où les artistes peuvent créer et laisser leur équipement. C’est aussi un endroit où on donnera des ateliers. Quand on a commencé à en parler, je me suis dit que ça allait tout se passer en anglais.

Depuis que je suis à la Galerie, je pousse pour avoir plus de services en français. Donc la subvention, c’est pour qu’ARTEM puisse se servir de l’espace pour offrir des ateliers en français.

Beaucoup du travail avait déjà été fait. Le Café Meteor, avant de fermer ses portes, avait entrepris des démarches pour voir si les membres de la communauté étaient intéressés d’avoir certains ateliers. Les propriétaires, Nicole Guertin et Jocelyn Blais avaient fait tout un sondage auprès de sa clientèle. Je ne pouvais pas laisser ça mourir, donc je l’ai récupéré et je l’ai inclus dans notre demande.

En 2018, Tourisme Ontario a recommandé le village de Noël de Temiskaming Shores dans sa liste des neufs meilleurs marchés de Noël en province. Crédit : Réjeanne Bélisle-Massie.

D’où vous est venue l’idée de mettre sur pied un marché de Noël à Temiskaming Shores ?

Tout a commencé lorsqu’une membre du conseil d’administration est allée à la Baie-St-Paul. Elle a vu leur marché de Noël avec les petites maisonnettes. Elle nous racontait que c’était dommage qu’il n’y ait pas quelque chose du genre ici. Ça m’a tricoté un peu.

Lorsque j’en ai parlé avec mon amie Nicole Guertin, elle m’a dit que si je me lançais dans ça, elle allait m’aider.

On a commencé à travailler sur ça en 2012. Puisqu’on savait que le 400e de la présence francophone en Ontario était en 2015. On a donc choisi la Nouvelle-France comme thème. En tout, on a réussi à aller chercher près de 500 000 $ en subventions.

La première année, c’était le baptême par le feu. On a eu de la neige, de la pluie, des vents, du verglas et même un feu. Un malfaiteur qui a décidé de s’en prendre à quelqu’un et six logis ont été détruits. En plus, on a eu un froid intense et c’est là qu’on s’est aperçu qu’il fallait isoler les maisonnettes. Elles étaient chauffées, mais pas isolées.

En tout, on a eu environ 5 000 personnes cette année-là. On a remporté le titre du « Meilleur nouveau festival hivernal » avec un budget de moins de 500 000 $. Ensuite, Tourisme Ontario nous a inclus dans sa liste d’activités hivernales. Donc cette année, on a déjà eu plus de 10 000 visiteurs.

C’est vraiment un village joyeux au centre-ville. On y entend toujours les cris et les rires des enfants qui s’amusent. C’est ça qui fait sa beauté : la musique, l’entrain et la joie de vivre qui règnent partout dans le village. »


LES DATES-CLÉS DE RÉJEANNE BELISLE-MASSIE

1949 : Naissance à Blezard Valley

1964 : Déménagement à Ottawa

1971 : Début de sa carrière d’enseignante à Haileybury

1992 : Fondation du Centre d’éducation pour adultes

1994 : Élue présidente de l’ACFO du Temiskaming

2019 : Admise à l’Ordre de la pléiade pour son travail communautaire

Chaque fin de semaine, #ONfr rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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