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Rendre le français de base obligatoire dès la 1ère année?

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TORONTO – Rendre les cours de français de base obligatoires dans toutes les écoles élémentaires ontariennes dès la première année? L’idée vient d’un citoyen qui l’a soumise lors des consultations prébudgétaires. Le gouvernement ontarien a pris la balle au bond et invite les citoyens à décider s’ils veulent que cette proposition voie le jour dans le cadre du prochain budget provincial. 

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Il faut rendre le français obligatoire en première année. À l’heure actuelle, de nombreux conseils scolaires ne commencent à l’enseigner qu’en 4e année, ce qui est trop tard, car les enfants ont plus de facilité pour apprendre les langues plus jeunes. Cette mesure devrait être implantée à l’échelle de la province», a écrit un citoyen à l’occasion du processus de consultation du gouvernement à quelques mois du dépôt du budget de la province.

Des nombreuses suggestions reçues par la province, treize ont été sélectionnées et soumises au vote des citoyens. Celle sur les cours de français de base dès la première année de l’élémentaire est du lot. «Tous les élèves profiteraient d’une vision du monde plus large et d’une meilleure mémoire. Ils seraient aussi mieux outillés pour faire face au monde multiculturel», affirme le citoyen à l’origine de la proposition et dont l’identité n’est pas connue. Il propose qu’un projet pilote soit mis de l’avant pour permettre l’implantation du français de base à l’échelle de la province dès la première année de l’élémentaire. Les citoyens peuvent voter jusqu’au 26 janvier prochain en visitant le site internet https://talks.ontario.ca/fr/vote .

Les citoyens sont invités à voter pour l’une des treize propositions citoyennes.
Au moins l’une d’elles verra le jour dans le cadre du budget. Crédit image: site internet du gouvernement ontarien

Sans se prononcer spécifiquement sur le réalisme de la proposition citoyenne, le ministère de l’Éducation vante l’apprentissage du français chez les jeunes.


«Apprendre une deuxième langue ne fait pas seulement solidifier la capacité des étudiants à résoudre des problèmes, de résonner et d’avoir une pensée créative, mais aussi de comprendre et d’apprécier une autre culture.» – Ministère de l’Éducation


«Il ne serait pas nécessaire de mener un projet pilote sur les cours de français de base, considérant que plusieurs écoles offrent déjà cette formation», affirme une porte-parole du ministère, Heather Irwin.

Rappelons qu’en Ontario, il existe trois chemins pour l’apprentissage du français dans les écoles anglophones. D’abord le programme de français de base, obligatoire dans la province à partir de la quatrième année de l’élémentaire. Ensuite, il y a deux programmes facultatifs, soit celui du français intensif, puis l’immersion. Selon le résultat du vote, le gouvernement pourrait décider d’accorder une enveloppe budgétaire lors du budget dévoilé au printemps pour permettre la naissance de cette initiative.

 

Canadian Parents for French apporte des nuances

L’organisme Canadian Parents for French (CPF) milite pour que le français soit davantage enseigné aux jeunes canadiens. Cependant, sa directrice générale, Nicole Thibault, faisait preuve d’un enthousiasme modéré, lorsqu’interpellée par #ONfr au sujet de la proposition soumise au vote par le gouvernement.


«Le plus tôt le français est enseigné, c’est le mieux. Cependant, il y a des programmes qui sont meilleurs que d’autres. On favorise l’immersion pour tous. Le programme de français de base proposé dans le cadre de ce vote peut avoir des retombées limitées. Dans plusieurs écoles, ce programme est uniquement constitué de trois séances de français de 20 minutes par semaine.» – Nicole Thibault


Au contraire, à Ottawa, les écoles offrent cinq séances de français de 40 minutes sous le parapluie du programme de français de base, dit-elle, ce qui prouve les grandes différences qui existent en fonction du conseil scolaire étudié.

Nicole Thibault, de l’organisme Canadian Parents for French. Crédit image: gracieuseté

Selon Nicole Thibault, l’apprentissage quotidien du français est la meilleure façon de maîtriser éventuellement la langue. L’immersion et le français à la prématernelle sont aussi des solutions à privilégier, dit-elle.

Elle partage une autre crainte: que les ressources actuellement déployées pour des programmes en français de qualité soient redirigées vers ce programme de français obligatoire. «On ne veut pas qu’un conseil scolaire laisse tomber son programme d’immersion pour offrir un programme de français de base», souligne-t-elle.

Mme Thibault affirme néanmoins que chaque programme a ses bénéfices. Et que l’apprentissage des bases du français d’un bout à l’autre de l’Ontario dès la première année permettrait de sensibiliser plus tôt les jeunes à l’existence des Franco-Ontariens, ainsi qu’à leur culture.

Si le projet voit le jour, cela mettra aussi de la pression sur le système d’éducation qui peine déjà à recruter des professeurs de français, affirme Mme Thibault.

À ce sujet, le ministère de l’Éducation affirme qu’il fait tout ce qu’il peut pour accroître le nombre de professeurs en mesure d’enseigner le français dans la province, notamment en menant des campagnes de recrutement et en investissant des sommes pour atteindre cet objectif.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.