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Retard d’apprentissage à prévoir pour les élèves franco-ontariens ?

Temps de lecture : 4 minutes

La décision du gouvernement progressiste-conservateur de ne pas rouvrir les écoles a été plutôt bien accueillie par les parents. Mais cette absence en classe, de plus de trois mois, pourrait-elle nuire à l’apprentissage des enfants ? L’optimisme demeure, sous certaines réserves, notamment en matière d’acquisition du français.

« Pour ma fille de 3e année ou pour mon fils de 9e année, je ne m’inquiète pas trop, même si pour mon fils, l’apprentissage des sciences à distance, ce n’est pas la même chose que d’être supervisé en laboratoire », témoigne Marie-Hélène Blais.

En revanche, cette mère d’Ottawa se montre plus préoccupée pour son garçon de 7e année.

« Il a tellement de cours ! C’est difficile à gérer, à distance, pour un enfant de 12 ans. Il a des matières, comme les mathématiques ou les sciences, où il serait important qu’il puisse poser des questions. Mais même si le professeur offre cette possibilité par Hangout, certains élèves sont gênés et parfois, ils ne savent même pas qu’ils n’ont pas compris ! En personne, un professeur peut plus facilement voir qui a compris ou non. »

Mme Blais salue toutefois la disponibilité des professeurs avec qui elle communique.

« Mais si je n’étais pas impliquée, beaucoup de choses passeraient au travers », souligne-t-elle.

Manque de directives

Une autre mère de famille, qui préfère garder l’anonymat, se montre confiante pour sa fille de 8e année.

« Mais ça aurait été différent si elle avait été en 12e année », glisse-t-elle.

Dans son entourage, tous les parents ne partagent pas cet état d’esprit.

« Beaucoup regrettent de ne pas savoir quelles sont les compétences que nos enfants devraient avoir acquises à la fin de l’année scolaire. C’est vrai que ça aurait été plus facile à suivre, si on nous avait donné un plan de cours comme dans les universités. Certains professeurs le font, mais pas tous. »

Des élèves devant des écrans d’ordinateur. Archives ONFR+

Plusieurs parents pointent du doigt le manque d’homogénéité dans l’apprentissage à la maison.

« La qualité varie selon les professeurs. Il y en a certains dont on n’entend jamais parler, d’autres qui sont présents, écrivent, font des suivis… On se serait attendu à ce qu’il y ait un certain standard. Heureusement qu’on était quasiment à la fin de l’année scolaire ! »

Un avis que partage Mme Blais.

« Les professeurs sont un peu laissés à eux-mêmes. Ça manque de directives claires de la province et des conseils scolaires. »

Un retard rattrapable

Même si les deux mères interrogées par ONFR+ s’attendent à un certain retard dans l’apprentissage de leurs enfants, elles ne doutent pas que celui-ci sera rapidement rattrapé en septembre.

Professeure à la Faculté d’Éducation de l’Université d’Ottawa, Nathalie Bélanger se fait rassurante, mais elle rappelle que toutes les situations ne sont pas les mêmes.

« Tous les élèves ne sont pas égaux face à l’école à distance. On observe des différences selon les régions, les écoles et les enseignants. Le suivi n’est pas toujours le même. Sans oublier que tous les élèves n’ont pas le même accès à l’équipement et à une connexion internet de qualité, bien que l’Ontario ait essayé de remédier à ce problème. Et puis, tous les parents n’ont pas la même disponibilité pour aider leurs enfants. »

Dans certains pays, la fermeture des écoles a été perçue comme un risque de creusement des inégalités. Pour Mme Bélanger, l’important est surtout que cette situation ne s’éternise pas.

« Il y aura un travail de rattrapage à faire en septembre. Les professeurs vont avoir des tâches plus lourdes, notamment pour évaluer les acquis de chaque élève afin de recommencer leur apprentissage à partir de là. »

Un risque pour le français

En Ontario, comme dans toutes provinces où le français est minoritaire, cette situation pourrait également entraîner un risque quant à l’apprentissage du français, compte tenu du rôle joué par l’école.

Directrice de l’École d’orthophonie de l’Université Laurentienne, Chantal Mayer-Crittenden a signé une tribune sur le site internet The Conversation dans laquelle elle aborde cette question.

« Je peux parler de mon expérience personnelle. J’ai trois enfants, de 5e, 7e et 9e année. Le montant de temps auquel ils sont exposés au français a diminué. Ils communiquent avec leurs amis et consomment l’internet et la télévision davantage en anglais. À l’école, on les encourage à utiliser le français », illustre-t-elle à ONFR+.

S’appuyant sur une étude de 2011 d’Elin Thordardottir, de l’Université McGill, Mme Mayer-Crittenden explique que « les enfants bilingues doivent être exposés à une langue au moins 40 % de leur temps, afin de la comprendre aussi bien qu’un enfant natif monolingue », et qu’il faut même compter « 60 % d’exposition pour que leur vocabulaire expressif soit comparable ».

« Dans le Nord-Est de l’Ontario, la grande majorité des élèves dans les classes de maternelle des écoles de langue française sont de foyers anglophones », précise Mme Mayer-Crittenden. « J’ai travaillé avec un conseil scolaire, à l’automne, pour franciser les enfants. On a constaté qu’après seulement les deux semaines du congé des fêtes, ça a pris du temps pour les ramener. Avec l’été, ce sera six mois d’immersion en anglais. Il y aura sûrement un impact. »

La professeure de l’Université Laurentienne assure toutefois les parents que ce n’est pas une fatalité.

« Il y a bien sûr des sources d’information en français, des émissions à la télé, des livres, des baladodiffusions… Ça permet d’augmenter l’écoute, mais c’est passif. Il faut donc aussi leur trouver des occasions ludiques de parler, comme des jeux, des vidéoconférences organisées avec des amis ou de la famille francophones… C’est sûr que c’est plus facile avec les plus jeunes, mais pour les adolescents, on peut les conscientiser autrement, en parlant des avantages du bilinguisme pour leur carrière. Les parents aussi doivent montrer l’exemple. »

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