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Rolande Faucher, un destin lié au MIFO

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

OTTAWA – L’infatigable Rolande Faucher, 77 ans, possède l’un des CV les plus impressionnants de la francophonie. Bien qu’elle avoue compter ses déplacements, elle sera bien de sortie, ce samedi soir. Au Gala de la Francophonie à Ottawa, il sera surtout question du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO), avec le 40e anniversaire du centre. Un bâtiment que l’activiste connaît bien à titre d’ancienne présidente du MIFO et de témoin de son édification. Retour avec elle sur les grandes étapes du début de ce pilier d’Orléans… et de la francophonie ontarienne.

« Le MIFO aujourd’hui, ce sont des services dans les domaines artistiques, culturels et communautaires et des spectacles francophones au Centre des Arts Shenkman… Vous souvenez-vous de sa création, il y a 40 ans ?

J’ai raté la mise sur pied, car ma famille et moi habitions en France à cette époque et sommes rentrés en 1980. En mars, peu après mon retour, j’ai eu un appel pour me dire que je devais me joindre au conseil d’administration du MIFO. Très tôt après mon arrivée, nous avons décidé de faire une planification stratégique, on s’est retrouvé en retraite fermée à Cornwall. On voulait décrire qui nous étions, comment nous étions là, comment on était un groupe d’action…

Pourquoi cette création était-elle nécessaire ?

En 1968, lorsque j’ai déménagé à Orléans, j’avais vécu longtemps à Kapuskasing. Il y avait alors à Orléans 90 % de francophones, et 2 000 habitants. Le développement domiciliaire de nouveaux quartiers se faisait, mais c’était massivement des nouveaux venus anglophones. On savait que ça allait changer à tout jamais la figure du village francophone d’Orléans. Par ailleurs, une école francophone venait d’ouvrir en 1972. On remarquait aussi de plus en plus que les marchands écrivaient Orléans sans accent. Tout cela a allumé une mèche.

C’était donc le moment propice pour sa la création ?

Dans les années 70, la vie de la paroisse importait moins que dans les années 50. Je me disais que ça prenait un lieu. Les organismes, c’est bien, mais c’est encore mieux quand ils s’affichent et se donnent des lieux d’activités et de rencontres. C’était une mode de créer des centres culturels dans les activités francophones.

Donc, vous revenez en 1980, mais le MIFO n’est alors qu’un centre, sans bâtiment et sans activités. Que se passe t-il ?

Il fallait avoir un lieu pour nous. Ayant le titre de mouvement, on pouvait avoir un centre culturel. On est allé cogner à la porte des politiciens. Les travaux du centre ont commencé à l’automne 84 pour une ouverture en septembre 85. La Ville de Gloucester avait dit que si on trouvait 180 000 $, ils allaient mettre la somme. Finalement, on a trouvé 1 million de dollars grâce à notre levée de fonds. Le fédéral a donné l’équivalent de trois quarts dans le projet de construction. Lors du lancement du centre, il n’y avait qu’un employé. Après dix ans, il y avait une douzaine d’employés.

On parle aujourd’hui d’environ 350 employés. Auriez-vous pensé que le projet aurait été si loin ?

Jamais ! Je regardais les modèles visités à Timmins, Hearst, Kapuskasing. Je ne connaissais rien dans la construction, mais j’ai été responsable de la construction ! Chaque semaine, je devais participer à la réunion de la construction sur le terrain.

Est-ce que vous profitez encore des activités du MIFO ?

Je vais voir des spectacles, des humoristes, dans la programmation en français du Centre Shenkman. C’est la plus belle salle dans la région après les salles du Centre national des Arts d’Ottawa (CNA) !

Vous avez occupé beaucoup de fonctions. Peut-on dire que vous êtes multi-facettes ?

La salle principale du Centre des Arts Shenkman. Gracieuseté : MIFO

Ma théorie de sociologue, c’est qu’il faut occuper les lieux, car après c’est très difficile de nous faire disparaître. On ne peut pas maintenant perdre l’école Garneau, la Nouvelle Scène ou l’Hôpital Montfort. Les lieux sont très importants pour les francophones en milieu minoritaire. Il faut se donner nos propres moyens d’activités et de services.

Parmi ces facettes, vous avez été présidente de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) de 1988 à 1990, à un moment où l’organisme militait ardemment pour la création d’une université franco-ontarienne. Le projet est même passé prêt d’aboutir. Comment jugez-vous l’absence d’une université trente ans après ?

Dans le projet qui doit et qui va se réaliser un jour, c’est normal. Si on regarde la minorité anglaise au Québec qui a accès à trois universités dont McGill, ça fait une différence dans la communauté. Il y aura aussi probablement des clients anglophones dans nos universités de langue française. Je suis certaine que ce projet va se réaliser un jour. Je suis énormément triste de voir ce que le premier ministre Doug Ford a fait, mais il ne sera pas là éternellement.

Pourquoi le projet a échoué au début des années 90 ? On sait que le néo-démocrate Bob Rae, qui avait promis de construire l’université durant la campagne électorale de 1990, avait fait marche arrière une fois au pouvoir.

Il y avait un besoin unanime, surtout qu’on venait d’avoir la création de La Cité en 1990, puis du Collège Boréal en 1995. C’est la logique qui le dit. Pauvre M. Rae, il a été surpris d’être élu ! Il avait aussi dit qu’il allait donner la gestion scolaire aux francophones, ce qu’il n’a pas fait. Il n’avait pas un gouvernement très fort et des ministres sur lesquels il pouvait compter… Il a été premier ministre à un moment où la situation financière de la province était assez pauvre.

Rolande Faucher en 1993. Source : Université d’Ottawa, CRCCF.

Vous lui avez pardonné ?

Je lui pardonne, car la volonté était là.

Vous avez été présidente du Conseil de l’éducation et de la formation franco-ontarienne au temps de Bob Rae justement, puis membre du comité aviseur de la libérale Madeleine Meilleur. Est-ce que l’on peut vous catégoriser dans un parti politique ?

J’ai voté autant libéral, que pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) ou que les verts. Certains disent que je suis libérale, d’autres néo-démocrate, d’autres disent que je suis vert. Je n’ai pas de préférence. Ce qui compte pour moi, ce sont les intentions de la personne qui se présente. Je dois dire cependant que j’ai vraiment voté libéral plus souvent que NPD.

Vous lancer en politique, cela ne nous a jamais tenté ?

(Embarrassée). J’aime plus faire de l’implication communautaire !

Comment se déroule votre vie aujourd’hui ?

Je suis une arrière-grand-mère depuis un an. J’ai trois enfants, et sept petits-enfants. Deux de mes enfants sont dans la région. La vie familiale est très importante pour moi. Évidemment, je participe très souvent aux représentations de l’Orchestre du CNA. Je choisis beaucoup où je me rends, à quel événement, quel spectacle. J’ai décidé de ne plus siéger sur un comité quelconque. Je préfère encourager les jeunes.

Est-ce qu’il y a un manque de jeunes dans la francophonie ?

Je n’oserais jamais dire cela publiquement, car quelqu’un comme Trèva Cousineau reste engagée et le fait très bien, mais je sens une implication des jeunes tout de même. Diego Elizondo est un bon exemple de cela, c’est un ancien de l’école Gisèle-Lalonde. L’année de la parution de la biographie que j’avais écrite sur Jean-Robert Gauthier, il est venu acheter le livre. C’est un produit de notre système scolaire, de notre milieu, il a du front tout le tour de la tête ! Il a osé se présenter pour être conseiller municipal à Orléans !

Comment avez-vous vécu la crise linguistique débutée en novembre ?

Très durement ! Je me suis enroulée dans un grand drapeau franco-ontarien le 1er décembre. La seule chose qui m’a fait plaisir, c’est la manière dont les Franco-Ontariens ont réagi avec l’appui des Québécois et des Acadiens. L’autre grand plaisir, plus personnel, c’est la présence aux manifestations de mes deux familles d’enfants, à Rockland et l’autre à Cumberland, tous mes petits-enfants, leurs conjoints et le bébé de dix mois étaient là. Ça m’a fait très chaud au cœur ! Dans la foule, ce n’était pas que des têtes blanches comme la mienne qui dominaient, mais aussi des familles avec des jeunes enfants !

Doug Ford nous rend service, car il fait que les enfants comprennent très tôt la revendication et le sentiment de solidarité.  Ça a été extraordinaire ! On ne veut pas lâcher !

En terminant, on se doute donc que vous serez présente au Gala ce soir qui mettra en avant le MIFO ? 

Oui ! Et je suis impressionnée par le nombre d’organismes présents pour cette célébration. Il y a un resserrement au sein de la francophonie. Comme au temps de Montfort, ça a fait surgir une solidarité ! »

 


LES DATES-CLÉS DE ROLANDE FAUCHER :

1941 : Naissance à Ottawa

1968 : Arrivée à Orléans

1985 : Responsable de la construction du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO)

1988 : Présidente de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO), en fonction jusqu’en 1990.

1993 : Présidente du Conseil de l’éducation et de la formation franco-ontarienne

2005 : Prend sa retraite

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada

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