Sans financement, le Réseau du patrimoine franco-ontarien devra mettre son équipe à pied
OTTAWA – Le Réseau du patrimoine franco-ontarien (RPFO) se retrouve dans une impasse financière marquée par un second retard de financement de la part du ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme. Âgé de plus de 50 ans, l’organisme patrimonial devra mettre à pied son personnel d’ici la fin du mois d’octobre si le paiement n’est pas effectué, ce qui menacerait la tenue des activités prévues.
Depuis ce printemps, le RPFO attend un versement de 64 000 dollars pour l’année d’imposition 2026-2027. Ce n’est pas la première fois que l’organisme se retrouve dans cette situation. L’hiver dernier, le réseau recevait son financement six semaines après la fin de l’année financière, lui qui avait l’habitude de le recevoir en début d’exercice. Ce retard mettait le RPFO sous une forte tension budgétaire.
« En juin, nous étions déjà en attente des modalités du programme. Nous sommes maintenant en septembre et nous n’avons toujours pas de confirmation du financement ni de date de versement », s’alarme la directrice générale du réseau, Jacynthe Dupont.
« Si le financement n’arrive pas à temps, nous devrons mettre toute notre équipe à pied à la fin octobre ». Il y a deux semaines, le RPFO a dû réduire la charge horaire de son équipe, passant de trois employés à temps plein à seulement deux, le troisième ayant été converti à temps partiel. Le RPFO est un organisme provincial à but non lucratif qui favorise la transmission de l’histoire et de la culture franco-ontarienne.
Incertitude et attente
Pendant une dizaine d’années, l’organisme reçoit ce paiement par l’entremise du ministère du Tourisme, de la Culture et des Jeux. L’an dernier, un changement a entraîné la passation de ce financement au ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme, explique la directrice. La directrice affirme que le ministère du Tourisme, de la Culture et des Jeux n’était pas au courant de ce changement.
Depuis, aucun versement n’a été fait à temps, confie-t-elle, ajoutant que ces changements sans préavis ont eu des répercussions « désastreuses » sur la trésorerie de l’organisme. En plein exercice, le RPFO attend toujours les détails du programme. « Le ministère nous a récemment indiqué que le programme sera lancé cet automne, avec des changements. C’est encourageant, mais nous devons continuer à payer nos dépenses pendant cette attente ».
Sollicité par ONFR, le ministère des Affaires civiques et du Multiculturalisme confirme que le programme de subvention est effectivement planifié pour cet automne, tout en précisant que les détails du financement seront communiqués une fois les décisions finalisées.
Dos au mur, l’organisme a peu d’options en main. Pour poursuivre ses activités sans ce financement, le RPFO devra repousser des dépenses importantes et davantage se reposer sur des partenaires et des donateurs. De plus, la directrice parle d’un recours temporaire au crédit, une alternative qu’elle souhaite éviter.
« Ces solutions ne peuvent pas remplacer durablement une subvention de fonctionnement. Un emprunt doit être remboursé, et nos autres subventions sont souvent réservées à des projets ou à des emplois précis ».
Un héritage en péril
Sans ce financement dont une grande partie sert à payer le salaire de la directrice, les priorités de l’année 2026-2027 liées à la préservation du patrimoine franco-ontarien ne pourront être concrétisées par le RPFO. Mme Dupont rappelle que ce montant demeure inchangé depuis 20 ans, rendant difficile la couverture des dépenses de fonctionnement et de rémunération.
« Nous apprécions ce soutien, qui est essentiel à notre mission, mais son pouvoir d’achat s’est érodé au fil des années. Ce modèle devient difficilement viable dans les réalités économiques d’aujourd’hui », dit-elle, appelant à une prise en considération de la hausse du coût de la vie dans l’octroi du financement.
Alors que l’avenir de l’organisme pourrait basculer dans un mois, elle informe que cette impasse financière représente bien plus qu’un simple délai administratif : c’est une fragilisation graduelle des acquis de la communauté. « Lorsqu’un organisme établi depuis près de 50 ans est menacé de disparition, ce sont les acquis de toute une communauté qui sont en jeu ».
Ce retard met notamment en péril la parution du Chaînon, le dernier magazine imprimé de l’Ontario français diffusé à un lectorat francophone de la province, une perte qui « effacerait une partie de ce que des générations de francophones ont bâti pour faire vivre leur histoire et leur identité ».