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Services de garde : une mesure provinciale jugée inadaptée aux Franco-Ontariens

TORONTO – Mesure phare du budget du gouvernement Ford, le crédit d’impôt pour l’accès aux services de garde d’enfants et l’allégement des dépenses ne répond pas aux besoins des Franco-Ontariens, dénonce la Commission nationale des parents francophones (CNPF), qui craint un risque d’assimilation.

« En tant que parent, un tel crédit d’impôt m’arrange, mais quand on est francophone, c’est différent, car les services de garde en français sont moins nombreux et qu’il est parfois plus cher d’y mettre ses enfants », témoigne Louis Kdouh, parent ontarien également président de la CNPF.

Dans son dernier budget, le ministre des Finances, Vic Fedeli, se targuait d’offrir « l’un des crédits d’impôt pour frais de garde les plus souples jamais offerts en Ontario ».

La mesure, dont le coût annuel est estimé à 390 millions de dollars, doit permettre de reverser chaque année aux familles ontariennes jusqu’à 6 000 $ par enfant de moins de sept ans, jusqu’à 3 750 $ par enfant de sept à 16 ans et jusqu’à 8 250 $ par enfant ayant un handicap grave.

« Les services de garde agréés coûtent en moyenne de 12 000 à 18 000 $ par an », estime la directrice générale de l’Association francophone à l’éducation des services à l’enfance de l’Ontario (AFESEO), Martine St-Onge. « Cela veut dire qu’on va favoriser les services de garde non agréés, moins chers, mais où la qualité est moindre. Les parents vont devoir choisir en fonction de leur porte-monnaie et vont devoir avancer l’argent. »

Risque d’assimilation

Et pour les francophones assure Mme St-Onge, cela risque d’avoir des conséquences très néfastes.

« On risque de perdre des ayants droit qui vont se retrouver dans les services de garde anglophones, beaucoup plus accessibles. Comme on sait que ce sont les services de garde qui préparent l’enfant à aller à l’école, s’ils commencent en anglais, ils iront ensuite dans une école anglophone. »

Et ce, avec les risques que cela suppose pour l’avenir de la communauté franco-ontarienne, souligne M. Kdouh.

« Un crédit d’impôt n’a pas de langue ! Les parents francophones qui reçoivent un crédit d’impôt n’ont pas de meilleures options pour avoir accès à une garderie francophone. Les parents seront contraints de choisir la garderie anglophone, faute de places pour les services en français, ce qui amène les jeunes francophones à totalement s’assimiler. »

Fermeture à venir ?

Pour les services de garde en français, accueillir moins d’enfants serait également dévastateur, explique la directrice générale de l’AFESEO qui regroupe quelque 275 services de garde, en milieu familial, dans les écoles ou les organismes sans but lucratif.

« C’est déjà difficile d’être viable à pleine capacité, alors si on perd des élèves, il risque d’y avoir des fermetures. De plus, les prix risquent d’augmenter. »

Pour elle, le maintien du système actuel qui voit les municipalités gérer directement les fonds de la province et déterminer les subventions auxquelles les parents ont droit selon leurs revenus est une bien meilleure solution.

« Déjà, ça évite aux parents d’avancer les sous. Et puis, des sommes sont prévues pour améliorer le fonctionnement des services de garde agréés et le développement professionnel des employés. On ne sait pas ce que ces sommes vont devenir avec le nouveau système. »

Le gouvernement explique vouloir « donner aux parents la liberté de choisir le service de garde le plus approprié pour leurs enfants », rappelant les longues listes d’attente pour beaucoup d’entre eux.

Mais pour la CNPF, la solution au développement et à la qualité des services de garde pour les francophones passe plutôt par un investissement important et direct en petite enfance.

« Ce qui manque, ce sont des places et c’est là qu’il faut investir ! Avec ce nouveau système, on ne sait même pas si l’argent que verse le fédéral à l’Ontario pour la petite enfance ne servira pas plutôt à financer le crédit d’impôt au lieu de créer des places en services de garde. »

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