Soccer : Batisse et Bertaud, deux Français déjà dans le rythme au Forge FC
HAMILTON – Avec les renforts de Dimitry Bertaud et d’Antoine Batisse cette saison, le Forge FC affirme un peu plus sa dimension francophone. Deux recrues françaises, deux parcours solides, mais surtout un même point de convergence : s’inscrire rapidement dans un projet structuré, exigeant et habitué aux grands rendez-vous, tant sur la scène nationale que continentale.
Pour Dimitry Bertaud, le choix du Forge FC s’est imposé dans un contexte très précis. Libre depuis le 1ᵉʳ juillet 2025, à l’issue de son contrat avec Montpellier, le club de sa ville de naissance, le gardien international congolais cherchait avant tout à retrouver le terrain dans un rôle de numéro 1.
« Il me fallait un projet, et le Forge, ça a été le club qui a su faire la proposition, mettre le papier sur la table et que ça soit fait rapidement », explique-t-il.
Son objectif est clair : « me montrer à nouveau, rejouer, et retrouver un club », dans une année marquée par le barrage qualificatif de la sélection congolaise prévu en mars, avec en perspective la Coupe du monde 2026 en cas de qualification de la République démocratique du Congo (RDC).
Du côté d’Antoine Batisse, l’arrivée au Canada s’inscrit dans une réflexion engagée depuis plusieurs années.
« Ça fait déjà plusieurs saisons que je voulais traverser l’Atlantique et connaître ce championnat », confie le défenseur central.
Longtemps freiné par le décalage des calendriers, le projet a finalement pu se concrétiser cet hiver. « Cette saison, j’ai réussi à me libérer de mon club en Serbie pour venir au Forge. Et quand tu te renseignes sur le club, les infrastructures, le staff, le stade, ça donne vraiment envie. »
Une découverte du niveau, loin des clichés
Avant leur arrivée, ni l’un ni l’autre ne prétendaient connaître finement la Première Ligue canadienne. Le gardien l’admet sans détour : « Je vais être honnête, je ne connaissais rien du tout. Je n’avais jamais regardé un match. »
Les premières semaines d’entraînement ont tout de suite marqué le Montpelliérain positivement.
« Je suis très agréablement surpris du niveau de l’équipe. Il y a des joueurs qui peuvent jouer en Europe sans problème. Ils sont calmes avec le ballon, ils ont envie de jouer, ils ne se cachent pas », affirme sans détour Dimitry Bertaud.

Même constat pour le défenseur natif de Versailles, lui aussi surpris par la qualité collective du groupe.
« On m’avait vendu la CPL comme un nouveau championnat sans trop de niveau. Franchement, j’ai été agréablement surpris. Tout le monde a envie de jouer au ballon, peu importe l’âge », souligne-t-il, évoquant aussi bien des cadres confirmés, comme Kyle Bekker, que de très jeunes joueurs déjà à l’aise techniquement.
Une méthode exigeante et humaine
Sur le banc, Bobby Smirniotis, l’entraîneur en chef emblématique du club, n’a pas tardé à marquer les esprits. Dès les premières semaines, Dimitry Bertaud a été frappé par la rigueur du travail quotidien, la place accordée à l’analyse vidéo et l’attention portée aux détails.
Un fonctionnement exigeant, mais jamais déshumanisé. « C’est une très belle personne, un meneur d’hommes, qui prend le temps de parler à ses joueurs », souligne le gardien, sensible à cette proximité malgré les standards élevés du club.
Antoine Batisse va lui aussi dans le même sens. Habitué aux exigences du football européen, le défenseur central apprécie ce souci permanent du détail, qu’il estime déterminant dans la performance collective. Avec l’expérience, explique-t-il, ce sont précisément ces ajustements répétés et cette rigueur quotidienne qui permettent de franchir un cap et de maintenir un haut niveau d’exigence sur la durée.
Communiquer et s’adapter
Au sein de l’effectif, la présence de plusieurs francophones facilite naturellement certains échanges, notamment dans l’axe défensif. Mais sur le terrain, les deux joueurs sont clairs : l’anglais reste la langue commune. Le Versaillais l’explique sans détour, soulignant l’importance d’une communication unifiée pour l’ensemble du groupe.
« Sur le terrain, quand il faut se balancer des mots rapides, c’est mieux qu’on se le fasse en anglais, pour que tout le monde comprenne », insiste-t-il, précisant que le français reste utile pour affiner certains réglages en dehors du jeu ou lors des temps morts, sans perturber la fluidité collective.
L’adaptation passe aussi par le climat. Les premiers matchs disputés dans le froid ont marqué le gardien de but, particulièrement exposé dans ces conditions en raison de son poste statique.
« Vaseline sur le visage, gants en latex sous les gants, couvertures de survie autour des orteils… j’ai tout essayé », raconte-t-il.
Le portier se souvient également d’un épisode marquant à l’entraînement : « Deux jours avant le match, je prends une frappe en pleine tête. Il faisait moins quinze, moins vingt… j’avais la joue gonflée, l’œil bleu. » Un véritable moment de bienvenue au Canada, rapidement relativisé, la saison de Première Ligue canadienne se déroulant majoritairement durant les mois d’été.
Le grand bain de la CONCACAF
L’intégration des deux Français s’est faite sans période de transition, le Forge étant engagé dès le début du mois de février en Coupe des champions de la CONCACAF face au club mexicain des Tigres UANL, une référence continentale. Malgré une élimination au terme de la double confrontation (0-0 puis 4-1), cette entrée en matière s’est révélée aussi exigeante que formatrice pour un groupe encore en phase de préparation.
Pour Dimitry Bertaud, ces rencontres ont servi de repères immédiats. « Ça m’a fait du bien de jouer des matchs de ce niveau-là. J’en avais déjà joués dans ma carrière, donc je savais à quoi m’attendre », explique le gardien, tout en reconnaissant l’écart physique avec une équipe mexicaine déjà en pleine saison.
Antoine Batisse retient lui aussi l’intensité de cette première confrontation continentale. « C’est une expérience énorme », résume le défenseur central, marqué autant par le niveau que par les duels proposés. Il évoque notamment le fait de se retrouver face à André-Pierre Gignac. « Jouer contre Gignac, c’est quand même quelqu’un chez nous. Ce n’est pas rien. C’était ouf », confie-t-il.

Malgré l’élimination, le scénario de la double confrontation laisse des enseignements positifs. « Le match aller à 0-0 nous permet d’y croire. Et quand on revient à 2-1 au retour, tu te dis pourquoi pas… Le score est un peu lourd, mais je pense qu’on a montré de belles choses », poursuit-il.
Plus que le résultat, Batisse souligne surtout le respect affiché par l’adversaire : « Le fait qu’ils nous aient pris au sérieux, ça m’a vraiment fait plaisir. »
Premiers repères hors terrain
En dehors du terrain, le temps a d’abord manqué. Entre la préparation de début de saison et le stage au Mexique, Antoine Batisse est resté entièrement concentré sur le sportif lors de ses premières semaines au Canada, au point de demeurer provisoirement à l’hôtel sans encore avoir eu le temps de se pencher sur sa recherche de logement. « Depuis que je suis arrivé, j’étais vraiment focus sur ces deux matchs », explique le défenseur central, évoquant un quotidien rythmé par l’entraînement, les déplacements et le stage.
À l’issue de la double confrontation en CONCACAF, une semaine de relâche lui a permis de souffler. Batisse a alors choisi de rentrer brièvement en France afin de retrouver sa famille, avant de revenir au Canada pour se pencher plus concrètement sur son installation et entamer ses démarches de logement, en vue de faire venir ensuite sa femme et ses enfants.
De son côté, Dimitry Bertaud a vu l’arrivée récente de sa femme et de son fils, ce qui lui a permis, pendant la semaine de pause, de commencer à découvrir son nouvel environnement. « Ma femme et mon fils sont arrivés vendredi dernier. On commence à regarder un peu, à se promener, on est allé aux chutes du Niagara récemment », confie-t-il, profitant de ces premiers moments pour explorer les environs.