Recevoir des soins dans sa langue est associé à un risque de décès moins élevé chez les francophones hors Québec et les allophones, selon une nouvelle étude canadienne. Photo : Canva
Société

Soins en français : un risque de décès inférieur de 11 % chez les francophones hors Québec

Recevoir des soins dans sa langue est associé à un risque de décès moins élevé chez les francophones hors Québec et les allophones, selon une nouvelle étude canadienne. Photo : Canva

OTTAWA – Les francophones vivant hors Québec qui communiquent en français avec leur médecin habituel présentent un risque de décès, toutes causes confondues, inférieur de 11 % comparé à celui des francophones soignés en anglais, révèle une nouvelle étude canadienne. Chez les allophones, recevoir des soins dans leur langue est associé à une réduction de 27 % de ce risque.

« Notre étude visait à déterminer l’effet de la concordance linguistique entre les patients et les médecins sur la survie à long terme », explique le Dr Michael Reaume, de l’Université d’Ottawa, qui a dirigé la recherche.

La concordance linguistique désigne une situation dans laquelle le patient et son médecin communiquent dans la langue principalement parlée à la maison par le patient.

L’étude, qui repose sur l’analyse des données de plus de 50 000 participants canadiens, suivis pendant une période allant jusqu’à 15 ans, montre que cette concordance est associée à un risque moins élevé de décès, aussi bien chez les francophones vivant à l’extérieur du Québec que chez les allophones (personnes parlant principalement une langue autre que le français, l’anglais ou une langue autochtone).

Une réduction plus importante chez les allophones

Recevoir des soins dans sa langue était associé à un risque de décès inférieur de 27 % chez les allophones, contre 11 % chez les francophones hors Québec.

Les auteurs avancent deux explications à cette large différence. Premièrement, les francophones maîtriseraient généralement mieux l’anglais que les allophones. 

« Nous pensons que les répondants allophones recevant des soins linguistiquement discordants ont pu être confrontés à des barrières linguistiques plus importantes que les répondants francophones se trouvant dans la même situation », écrivent ceux-ci, précisant que parmi les participants allophones à l’étude, 88,1 % avaient immigré au Canada.

L’auteur principal de l’étude, Michael Reaume, a récemment terminé sa résidence en néphrologie à l’Université d’Ottawa et effectue désormais des recherches postdoctorales à l’Université du Manitoba. Photo : gracieuseté

Deuxièmement, certains francophones classés parmi les patients recevant des soins linguistiquement discordants pourraient, en réalité, préférer être soignés en anglais, même s’ils parlent principalement français à la maison.

« Nous pensons qu’une telle erreur de classification, qui aurait pour effet d’atténuer l’association mesurée, pourrait être plus fréquente chez les répondants francophones que chez les répondants allophones en raison de leur meilleure maîtrise de l’anglais », expliquent les chercheurs.

Un francophone sur trois soigné dans une autre langue

L’étude relève par ailleurs que les francophones étaient les plus susceptibles d’avoir un médecin de famille : 90,7 % d’entre eux en avaient un, comparativement à 85,5 % des allophones et à 77,1 % des anglophones du Québec.

Parmi les francophones ayant un médecin, 67,7 % communiquaient avec lui en français. Près d’un francophone sur trois recevait donc ses soins dans une autre langue.

L’étude repose sur les données de 50 375 participants à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, recueillies entre 2003 et 2014 et couplées aux registres de mortalité jusqu’à la fin de 2017.

L’échantillon comprenait 16 100 francophones vivant à l’extérieur du Québec, 7185 anglophones du Québec, 1970 personnes parlant une langue autochtone et 25 120 allophones.

Plus de la moitié des francophones étudiés, soit 52,1 %, vivaient au Nouveau-Brunswick, tandis que 34,8 % résidaient en Ontario. Près de la moitié, soit 45,1 %, habitaient en milieu rural.

Les allophones étaient principalement établis en Ontario, à 45,9 %, ou dans les provinces de l’Ouest, à 37,8 %. Ils vivaient très majoritairement en milieu urbain, à 92,6 %.

Des données encore actuelles?

Malgré l’ancienneté des données, Michael Reaume estime que les résultats reflètent toujours la réalité.

« La manière dont nous offrons les soins au Canada a peu changé, même si davantage de consultations se déroulent maintenant de façon virtuelle. Cela pourrait améliorer l’accès aux soins dans une langue minoritaire », avance-t-il.

Le médecin, qui exerce au Manitoba, souligne que les consultations virtuelles lui permettent de traiter des patients francophones vivant loin de sa clinique.

Si l’intelligence artificielle peut éventuellement faciliter l’interprétation instantanée, elle n’est pas encore suffisamment fiable dans toutes les langues, prévient-il.

« L’intelligence artificielle fonctionne actuellement assez bien pour les langues les plus courantes, comme l’anglais, l’espagnol et le français. Cependant, les études montrent que ces outils ne sont pas encore suffisamment fiables pour être utilisés dans un contexte clinique lorsqu’il s’agit de langues moins courantes. »

Identifier la langue des patients et des médecins

Pour réduire les disparités, le chercheur propose d’abord de mieux identifier la langue dans laquelle les patients préfèrent recevoir leurs soins.

Au Manitoba, par exemple, la langue officielle de préférence est maintenant indiquée sur la carte d’assurance maladie. Cette information peut servir à jumeler les patients souhaitant être soignés en français avec des médecins francophones.

« Les gouvernements et les systèmes de santé pourraient aller plus loin. Cette collecte ne devrait pas se limiter aux deux langues officielles », plaide le Dr Reaume.

Le chercheur recommande également de recueillir systématiquement les renseignements sur les langues parlées par les professionnels de la santé. Ces données demeurent incomplètes dans les registres des ordres professionnels.

Enfin, les établissements de santé devraient garantir l’accès à des services professionnels d’interprétation et encourager leur utilisation.

« Nous savons que ces services favorisent une meilleure interprétation, une meilleure compréhension et une réduction des événements indésirables. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour accroître leur utilisation. »

Pour Michael Reaume, les stratégies adoptées afin d’améliorer l’accès aux soins en français semblent produire des résultats, sans avoir complètement éliminé les inégalités.

« Les stratégies mises en place pour les francophones hors Québec semblent fonctionner, mais il reste encore du chemin à parcourir pour éliminer complètement ces disparités », conclut-il.

Un accès faible chez les Autochtones

La situation est beaucoup plus préoccupante chez les personnes parlant une langue autochtone. Seulement 27,4 % d’entre elles avaient un médecin habituel.

Parmi celles qui en avaient un, 6,5 % communiquaient avec ce médecin dans leur langue autochtone. À l’échelle de l’ensemble des répondants parlant une langue autochtone, cette proportion tombait à moins de 2 %.