Yellowknife : une école francophone perd près de 40 élèves au profit du réseau anglophone
Une école francophone de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, a perdu près de 40 élèves en un été au profit du système éducatif de langue anglaise.
« C’est un choc. Je suis pratiquement traumatisé et très inquiet », réagit au bout du fil le directeur général de la Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest (CSFTNO), François Rouleau.
L’école Allain-Saint-Cyr, l’une des deux écoles de la commission scolaire, qui accueille des élèves dès la prématernelle, a subi une baisse inattendue de ses effectifs à la rentrée. Plus précisément, l’établissement du Grand Nord est passé de 227 à 182 élèves en l’espace d’un seul été.
François Rouleau, qui a travaillé dans le milieu de l’éducation francophone pendant près de 30 ans en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard, dit n’avoir jamais vu cela au cours de sa carrière, soulignant aussi qu’il s’agit du plus grand nombre de départs d’un seul coup pour la CSFTNO.
« Je n’ai jamais vu une telle vague de départs. En Nouvelle-Écosse, la rétention du secondaire pouvait fluctuer, mais les pertes se comptaient à hauteur de 5 à 7 élèves tout au plus, pas 40 d’un coup. »
Bien que quelques-uns de ces 40 élèves aient quitté le territoire, la majorité s’est dirigée vers l’école d’immersion voisine de l’établissement Allain-Saint-Cyr. Face à l’ampleur de la situation, la commission scolaire a demandé aux parents de remplir un sondage afin d’en comprendre les motifs. Parmi les raisons invoquées par la trentaine de familles ayant répondu figurent le manque d’infrastructures, le manque d’espace pour les élèves du secondaire ainsi que l’accès à plus grande diversité de cours et d’activités parascolaires.

Par exemple, les élèves francophones du secondaire doivent côtoyer les plus jeunes en raison du manque d’espace. Le directeur général convient qu’il est difficile pour le réseau francophone de rivaliser avec le réseau anglophone en raison d’un financement moindre.
« Le réseau anglophone dispose d’infrastructures plus récentes, comme une magnifique école construite il y a environ cinq ans qui offre un programme d’immersion. De plus, les commissions anglophones sont responsables de leurs infrastructures, tandis que pour nous, c’est le ministère des Infrastructures qui gère notre bâtiment », cite-t-il en exemple.
Ce qui ressort des témoignages des parents n’est aucunement la qualité du travail accompli par le personnel ou par les enseignants, qui doivent parfois enseigner à deux niveaux en même temps, avance M. Rouleau. Il souligne d’ailleurs qu’une quinzaine de familles ont mentionné qu’elles recommanderaient tout de même l’école francophone à leurs proches.
« Ce n’est donc pas une question de qualité de l’éducation; nos élèves réussissent très bien aux évaluations de littératie et de numératie », remarque François Rouleau.
« Cela dit, il faut reconnaître que la capacité limitée de nos infrastructures et de nos finances constitue un frein majeur. La CSFTNO enregistre des déficits année après année. Nous n’avons pas le financement adéquat pour répondre à l’ensemble des besoins », convient le dirigeant scolaire.
Cette dynamique s’inscrit à l’opposé de la tendance observée ces dernières années, période pendant laquelle les effectifs de l’établissement étaient en hausse constante, atteignant même un sommet historique.
« Ce qui est particulièrement triste, c’est que nous avions une masse critique d’élèves qui arrivaient en 6e année (environ 34 ou 35 élèves). Nous avons perdu plus de la moitié de cette classe d’un coup. C’est dommage, car cette masse critique est essentielle pour pouvoir offrir un éventail de cours plus vaste au secondaire. »
Crainte pour l’année prochaine
Si la CSFTNO espère toujours retrouver quelques-uns de ces élèves d’ici les prochaines semaines, le directeur général s’inquiète de l’impact financier pour la prochaine année, le budget étant calculé en fonction des effectifs inscrits au 30 septembre.
« Nous avons conservé notre personnel compte tenu du contexte, mais nous nous inquiétons beaucoup pour l’année prochaine, car nous avons vraiment une excellente équipe et de très bonnes personnes », souligne François Rouleau.

Ce dernier craint aussi l’impact sur le développement du français chez ces jeunes qui quittent le réseau francophone pour celui de la langue de Shakespeare.
« À cet âge, les jeunes sont très influençables. Ils se retrouvent dans un environnement anglophone où ils ressentiront le besoin de s’exprimer en anglais pour s’intégrer », s’inquiète M. Rouleau.