Statue Champlain controversée à Orillia : plusieurs options sur la table
ORILLIA – L’avenir de la statue de Samuel de Champlain, dont le retrait puis la réinstallation ont créé une polémique majeure, n’a pas encore été déterminé. Quatre options sont étudiées par la mairie, dont son rétablissement, son entreposage à long terme ou encore son transfert. Une douzaine de municipalités, principalement au Québec, ont témoigné de l’intérêt pour son acquisition, a confirmé à ONFR le maire d’Orillia, Don McIsaac. Décryptage de ce dossier épineux, avec la position du député fédéral de Simcoe-Nord, Adam Chambers, et du Conseil de la Première Nation des Chippewas de Rama.
Le parc Couchiching Beach Orillia n’arbore plus son monument à l’effigie de Samuel de Champlain, ce symbole fondateur de la francophonie canadienne. La statue est temporairement entreposée depuis le 10 juin dernier.
Son maire, Don McIsaac, nous confirme que, pour le moment, aucune décision n’a été prise concernant la disposition finale de la statue, qui devra faire l’objet d’une décision du conseil municipal.
Quatre options seront à l’examen, détaille-t-il, soit réinstaller la statue sous sa forme originale, réinstaller la statue sous une forme repensée, l’entreposer de façon indéterminée jusqu’à ce qu’une décision soit prise dans le futur, ou opter pour une relocalisation.
« Au cours des derniers jours, j’ai reçu une douzaine de propositions de la part de communautés intéressées souhaitant relocaliser et acquérir la statue, la plupart provenant du Québec », nous a-t-il appris.
Pour celui-ci, c’est la preuve d’un lien fort que beaucoup de gens ressentent à son égard : « Je reconnais la signification profonde de ce monument pour plusieurs, en particulier au sein de la communauté francophone, et j’apprécie la passion exprimée par les résidents et les organisations quant à son avenir. »
S’il considère personnellement qu’il serait pertinent de trouver un moyen de réintégrer la statue, il précise que toute décision finale reviendra au conseil à la suite de discussions plus approfondies et que « toutes les options et les points de vue de la communauté seront soigneusement étudiés ».
Raconter l’histoire oui, « mais de manière juste »
Tandis que la députée provinciale de Simcoe-Nord, Jill Dunlop – dont dépend Orillia – n’a pas souhaité commenter un sujet « de juridiction municipale », son pendant fédéral, Adam Chambers, lui, n’a pas hésité à prendre la parole à notre micro.
La problématique initiale, raconte le député Chambers, c’est la perception de subordination dans laquelle les quatre personnages autochtones sont représentés face à un religieux (un frère récollet de l’ordre des Franciscains), brandissant la croix, le tout surmonté de Champlain sur un large piédestal.
Une perception partagée par de nombreux citoyens depuis le début des discussions en 2021.

M. Chambers estime toutefois « malheureux que Champlain doive porter le fardeau de transgressions qui ont eu lieu après lui et qui ne reflètent pas qui il était », rappelant que l’explorateur demeure une figure marquante de notre histoire.
Le député trace d’ailleurs un parallèle avec le monument de Penetanguishene, où Champlain et le chef autochtone sont représentés sur un pied d’égalité, ce qui ne lui a pas valu d’attention négative.

Reconnaissant que « les Premières Nations ont été victimes de racisme » lorsque cette polémique a été exposée dans les médias locaux, M. Chambers y voit plutôt l’occasion de revoir la conversation globale et de mettre en valeur les leaders autochtones.
« Mon espoir a toujours été que les parties trouvent un moyen de raconter l’histoire de manière juste. Réinstaller la statue, oui, mais avec l’apport de nos voisins autochtones et des membres de la communauté. Nous devons être prêts à raconter des histoires, même si elles ne nous sont pas flatteuses », soutient-il.
À l’instar du maire, le député fédéral confirme lui aussi avoir reçu des appels de collègues du Québec intéressés par un rapatriement de la structure en bronze.
Enlevée, remise, retirée…
Initialement déboulonnée en 2017 par Parcs Canada pour restauration, la statue de Samuel de Champlain est restée à l’abri des regards pendant plusieurs années. Dès 2018, un premier groupe de travail s’est penché sur l’avenir du monument. Cet effort commun avait alors abouti à un rapport suggérant de réinstaller le bronze sans les figures autochtones d’origine, en y ajoutant des panneaux explicatifs mis à jour.
Le dossier, qui a traîné en longueur, a franchi une étape locale majeure à l’automne 2025 lorsque Parcs Canada a cédé la propriété du monument à la Ville d’Orillia. Un nouveau groupe de travail municipal s’est alors constitué en octobre 2025 pour sceller son avenir. Cette démarche de 17 réunions a toutefois été marquée par de vives tensions politiques, menant au départ de deux conseillers municipaux du comité avant la production du rapport final.
« Au moment de produire le rapport final, les conseillers Durnford et Lauer ont quitté le groupe, me laissant seul. J’ai terminé le rapport, mais ils ont tous deux révisé l’ébauche finale », a précisé le maire d’Orillia, Don McIsaac.
Le document suggérait cette fois de réinstaller le monument de façon repensée : Samuel de Champlain descendu de son piédestal, au même niveau que les figures autochtones, regroupées ensemble, ainsi que le retrait du religieux.
Le 21 mai 2026, la statue est réapparue de manière inattendue sur son socle de béton au parc Couchiching Beach, sans piédestal ni autres figures, visible pendant à peine quelques heures, avant d’être enveloppée et clôturée le jour même.

Le monument a finalement fait l’objet d’une session extraordinaire du conseil municipal qualifiée de particulièrement houleuse.
Le 29 mai, les élus ont voté à 6 contre 3 pour le retrait complet des structures, menant à leur déplacement vers un autre lieu d’entreposage secret le 10 juin dernier.
Un problème de fond au-delà de la statue de Champlain
Via une communication officielle qui nous a été envoyée, attribuée au chef Ted Williams et au conseil de la Première Nation des Chippewas de Rama, ceux-ci dénoncent le fait que la statue ait été ramenée au parc le 21 mai sans qu’ils en soient informés. Selon leurs dires, même les services municipaux d’Orillia (parcs, urbanisme) ont été pris de court.
« Bien que le monument soit désormais retiré du parc, les événements entourant son retour et son retrait subséquent ont mis en lumière des préoccupations majeures concernant le processus, la communication et la relation entre la Ville d’Orillia et la Première Nation de Rama. »
La Première Nation pointe du doigt la Ville d’Orillia, estimant que le travail de réconciliation repose trop souvent sur leurs seules épaules, mais ajoute que le « travail émotionnel de guérison coloniale et raciale relève également de la responsabilité personnelle de chaque citoyen ».
Rama cible directement le média local Orillia Matters comme moteur de la débâcle qui a suivi pour son manque de modération dans des commentaires qu’elle juge « inappropriés, inacceptables et ne servant qu’à inviter au conflit, perpétuant le racisme et la haine. Des commentaires similaires circulant sur les médias sociaux ont également été profondément préjudiciables pour les membres de notre communauté et ont contribué à la division et à l’hostilité entourant ce dossier. »
Si le Chef et le conseil reconnaissent et comprennent la colère et la blessure que de nombreux membres de leur communauté ont ressenties tout au long de ce processus, ceux-ci prennent officiellement leurs distances face aux actes de vandalisme commis sur la propriété.
Il y est également précisé que la communauté ne souhaite pas rouvrir ces discussions ni revivre les expériences qui les accompagnaient, ajoutant que la réconciliation exige une transparence et un engagement sincère envers un dialogue respectueux, « en particulier lorsque les décisions ont un impact direct sur les communautés autochtones ».
« Alors que ce dossier suit son cours, la Première Nation de Rama s’attend à un engagement significatif, à une communication ouverte et au respect des relations et des processus établis. Nous demeurons engagés à œuvrer en vue d’une relation fondée sur le respect mutuel, l’honnêteté et la réconciliation en action », conclut le conseil.