Taxi ou covoiturage, le futur train du Nord ramène le débat
La bagarre reprend entre l’industrie du taxi et les tenants d’une plus grande variété de transports locaux. Cette fois, cette nouvelle joute se déroule dans le cadre de l’arrivée très prochaine du nouveau train qui parcourra le Nord ontarien depuis Toronto.
Les déplacements locaux dans les municipalités – que ce soit en taxi ou par des entreprises de covoiturage reliées à des plateformes numériques – sont une sorte de jungle inextricable. Le gouvernement ontarien a donc décidé de mettre de l’ordre dans tout cela et a mis sur pied un projet pilote qui démarrera dès que le train s’élancera enfin sur ses rails.
Le projet pilote dit de « covoiturage du Nord » (Northern Rideshare Pilot) entrera donc en vigueur ce printemps ou en début d’été. Il sera ensuite en phase expérimentale pour un an.
Cette initiative oblige les Uber de ce monde à se plier à une réglementation homogène et sécuritaire qui permettra à tous les usagers qui sortiront du train, dans les 16 villes desservies par le Northlander, d’avoir accès à des moyens de transport locaux accessibles et fiables, peu importe l’envergure du patelin où l’on descend.
Les grands oubliés
Mais l’industrie du taxi, déjà ébranlée par l’arrivée massive d’alternatives aux transports terrestres locaux, crie de nouveau à l’injustice.
Marc-André Way, le président de l’Association canadienne du taxi (ACT) à Ottawa est ulcéré par la situation et la façon dont les chauffeurs de taxi en feront encore les frais.
« Ce qui est très décevant, c’est que dans le corridor Nord, y a déjà, dans plusieurs de ces municipalités, de petites compagnies de taxi qui opèrent depuis des années, de génération en génération, qui offrent un service à l’année longue, qui offrent un service durant les périodes assez difficiles ou plutôt mortes, et qui sont toujours présentes dans leurs communautés. »
Le président de cette association qui représente près de 50 000 chauffeurs de taxi au Canada, estime que le gouvernement de l’Ontario les ignore.
« C’est quand même un projet qui a été annoncé, je vous dirais, d’une façon cachottière (…) un peu sous le radar. »

Daniel Larivière est chauffeur de taxi à Timmins, depuis 47 ans. Il a commencé à accueillir ses premiers clients en 1979. Il trouve injuste que des chauffeurs de taxi qui dépensent pour pouvoir exercer leur métier – en permis, assurances et autres – se fassent damer le pion par des conducteurs non professionnels.
« Eux autres n’ont pas besoin de dépenser de l’argent, comme nous, pour être protégés. On a tout ce qu’il faut pour être légal. Nous autres, on a besoin de licences à toutes les années pour lesquelles on paye. On a de gros montants d’assurances à payer. Ce n’est pas correct. »
Un accueil parfois enthousiaste, parfois mitigé
La pittoresque petite ville de Bracebridge, au cœur de Muskoka, sera l’un des 16 arrêts du futur train nordique. La chambre de commerce locale appuie sans réserve le projet pilote de covoiturage.
Sur son site Web, la chambre de commerce estime même qu’ « une concurrence accrue encouragera également les services de taxi existants à innover et à améliorer leur offre afin de rester compétitifs dans ce nouveau paysage. »
La ville de Timmins a une approche plus nuancée quant à ce projet pilote et aspire à une réglementation hybride qui tienne aussi compte des entreprises locales. La mairesse de la ville nous a cependant refusé une entrevue à ce sujet.
À North Bay, le débat est aussi bien réel car la ville compte déjà des compagnies de taxis bien implantées et une réglementation stricte en matière de transport local. Les opposants au projet parlent carrément de concurrence déloyale subventionnée. Deux des trois conseillers municipaux de la ville, joints par ONFR, n’ont pas répondu à notre invitation; le troisième nous a renvoyé au ministère des Transports.
Quoi qu’il en soit, il faudra d’abord que le Northlander, le nouveau train nordique, s’élance sur ses rails pour que le nouvel écosystème économique qu’il génère s’adapte et prenne sa place.